ACTE I , SCÈNE IL
LUDLOW
Il y avait plus d'un mois que je n'étais sorti de cette joyeuse maison dont tu es venu m'arracher ce matin.
BEDFORT
Joyeuse maison de jeu où tu te ruineras.
LUDLOW
C'est déjà fait.
BEDFORT
Malheureux !
LUDLOW, avec indifférence.
Veux-tu me dire comment il se fait que nous sommes tous deux intéressés à...
BEDFORT , r interrompant.
Tiens , parmi les ordonnances de Charles II , il y en a une qui te concerne.
LUDLOW
Le roi d'Angleterre est bien bon de songer à moi.
BEDFORT
Peut-être... lis.
(Ului donne une gazette.) LUDLOW , lisant, « Maintenant que le roi Charles II vient de guéce rir les blessures de l'Angleterre souffrante, après « un interrègne de dix-sept ans , il promet out)li « et pardon à tous ceux qui , égarés et entraînés lar le torrent révolutionnaire , ont abondonné cause de son royal père... mais il veut le chà- « timent de ceux qui, comblés de ses bienfaits, « l'ont trahi dans son infortune. Il vient donc d'é- <( tablir un tribunal pour juger les traîtres. Récom- « pense est promise à ceux qui livreront Axtell, « Hulet , Harisson , et enfin deux nobles inconnus « qui ont perdu le roi pour s'emparer de ses épara gnes. » {Parlant,) Voilà ce qui me concerne , ou
« pa (( la
plukM ce qui nous concerne tous deux; et cela prouve que l'on nous cherche, mais on ne nous a pas trouvés.
BEDFORT
Et si Ton nous trouvait ?
LUDLOW
Nous serions pendus... Mais à quel signe?
BEDFORT
Et cette lettre que tu m'écrivis... cette lettre interceptée?
LUDLOW
N'as-tu pas tué celui qui l'avait lue?
Oh ! celui-là !... j'avais à peine eu le temps d'entrevoir de loin son costume , que , sans cherchera connaître son visage , je le frappai d'une balle d'arquebuse. Deux jours après, je t'avais rejoint à Exeter, et bientôt, ayant renversé tous les obstacles, nous étions en route pour l'Amérique ; depuis notre retour ici , j'ai fait chercher dans le fond* ""tte l'Ecosse ; on m'en a rapporté les extraits mortuaires de Sara et de Yorick son père ; ainsi , de ce côté-là , je n'ai rien à redouter... mais cette lettre ?
LUDLOW
Elle est sans doute anéantie... depuis dix-huit ans.
BEDFORT
Tu as , Ludlow , une sainte confiance qui m'étonne.
LUDLOW
Et toi, mylord, une frayeur qui me surprend... Mais , après tout, c'est bien concevable : tandis que je mangeais ma fortune en Amérique, toi, tu travaillais à augmenter la tienne , et tout te réussissait. La fille de lord Richmond, ladyClary, venait