‹ Le sonneur de Saint-Paul, drame en quatre actes précédé d'un prologueChapitre 36 sur 106 · ACTE I, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IIL

qui ne sait pas ce que ramour peut amener de douleurs ! mais , tous ceux qui aiment ne sont pas condamnés. Le lieutenant Henri estloyalet sincère... Mon Dieu ! préservez-la.

MARIE, entrant.

Me voici ! Quoi ! vous étiez seul?

JOHN

Qui donc supposais-tu près de moi ?

MARIE

Deux inconnus que j'ai laissés dans cette chambre...

JOHN

Que voulaient-ils?

MARIE

Seulement un abri pendant l'orage.

JOHN

Sans doute ils se sont remis en route depuis que le soleil a reparu.

MARIE

Mon père , Henri doit venir aujourd'hui ?

JOHN

Oui , mon enfant.

MARIE

Et pour le recevoir, je me suis faite bien belle,

JOHN

Je l'avais deviné.

MARIE

Donnez-moi donc vos mains, mon père, et voyez comme je suis bien parée.

JOHN

Voyons , débarrasse-moi de ce livre. [Marie lui prend le livre des mains , le met promptement sur une table et s'agenouille près de lui. John pose les mains sur sa télé.) Des rubans , des fleurs dans tes cheveux ! [Marie lui met les mains sur son col.) Un

Archives de la Vifc de o; uxeiie i^^^chief van de Stad Brussel

collier ! puis à tes bras... (Il lui prend les bras.) des bracelets de velours ! [Lui embrassant le front avec un profond soupir.) Oh ! que tu dois être belle ainsi !

MARIE

Quand vous me verrez , mon père, peut-être serez-vous bien trompé.

JOHN

Quand je te verrai ^ dis-tu ? oh ! oui , dans deux ans, n'est-ce pas, quand tu seras Tèpouse d'Henri et quand vous m'aurez conduit tous deux à Francfort auprès de ce savant Jérôme Albinus , qui ne craint pas de se vanter de rendre la vue aux aveugles?...

MARIE

Non , mon père , mais avant cela... Oh ! j'ai promis le secret , mais , je ne puis me taire.

JOHN, impatient. Eh bien !

MARIE

,. Henri a appris que le fils et l'héritier delà science de ce fameux médecin est maintenant à Londres. Il le fait chercher et veut l'amener près de vous.

JOHN

Pauvres enfants, merci... j'ai déjà trouvé dans votre sollicitude la preuve de votre tendresse pour moi; mais, ne vous bercez pas d'un fol espoir; c'est une chose horrible que la déception ; ne l'appelez pas, mes enfants, et songez que Dieu nedonne qu'une fois la vue comme la vie... toutes les paroles de ces prétendus sa vans ne sont que mensonge et vanité ; et, d'ailleurs, (Pleurant.) depuis quinze ans , n'ai-je pas appris à vivre dans l'obscurité ? à marcher lentement en cherchant mon chemin ? n'ai-je pas fait de ma demeure le tombeau calme

Page 1