‹ Le sonneur de Saint-Paul, drame en quatre actes précédé d'un prologueChapitre 42 sur 106 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

mots m'apprit que j'avais un fils en Amérique, que l'absence n'avait rien détruit d'un amour aussi pur que le jour , et qu'un père que j'avais outragé m'attendait pour me nommer son gendre. Mais cinq ans s'étaient écoulés depuis l'arrivée de cëtYeTeUre, et je n'avais pu partir. J'envoyai, moi, depuis, plusieurs lettres qui restèrent sans réponse ; jlappris bientôt que des fièvres contagieuses avaient décimé la population dans ce pays où mon fils était venu au monde; j'eus l'horrible crainte que le fils que je n'avais pas ambrasse, que la femme que j'aimais n'en eussent été victimes, et quinze années d'un morne silence sont venues la confirmer tous les jours ; pardonnez-moi , monsieur , tout ce triste récit; maisTDlfs me demandiez tout-à-l'heure si j'avais eu quelque retour à la vue dans un jour de bonheur , et moi je vous demande à mon tour quel jour je fus heureux?

LE JEUNE HOMME

Vous avez cruellement souffert !

Trop, n'est-ce pas, pour jamais pouvoir espérer?

LE JEUNE MOMME.

Non, les chagrins seuls ont fait naître en vos yeux une cataracte qu'un Albinus pourrait détruire peut-être.

JOHN , se levant.

Que dites-vous?

LE JEUNE HOMME

Je le crois ; mais Dieu seul pourrait l'affirmer. [A Marie.) Tenez , jeune fille , reprenez ce livre , et vous le lirez à votre père. Il y verra toutes les heureuses et fatales chances d'une opération que le temps seul rendra certaine ; il verra surtout que la force et la natience du malade sont aussi nécessaires que l'aoressc et la prudence du médecin.

MARIE , prenant le livre , qu'elle va porter dans une bibliothèque au fond.

Nous le lirons le soir à la veillée.

(Elle monte la scène.) JOHN, au jeune homme»

Vous ne serez pas longtemps , n'est-ce pas , sans venir me revoir?

LE JEUNE HOMME

Oh ! je ne pars pas encore ; car j'ai chez vous deux missions à remplir : l'une de secourir le malheur, l'autre de garantir l'honneur de Marie. *^: JOHN , inquiet.

Que voulez-vous dire ?

Que je comprends d'autant mieux les souffrances de celui que la fatalité a^^q^aré d'une femme qu'il aimait, que la fatalité m'^àrrache à cette heure une femme aimée, miss Anna Weston, dont j'ai l'amour , et que Ton veut marier au lieutenant lord Henri.

JONH.

Lord Henri î Henri est noble î

LE JEUNE HOMME

Oui , lord Henri , qui vous a caché son titre , est le fils du gouverneur de la Tour de Londres.

JOHN

DelordBedfort?

LE JEUNE HOMME

Oui; le lieutenant a promis le mariage à Marie, et le lord est promis à la fille du chambellan du roi.

JOHN

Henri m'a trompé !

MARIE , qui est restée près de la fenêtre. Mon père, j'aperçois Henri, il arrive. Ah ! quelle heureuse nouvelle vous allez lui apprendre !

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