‹ Le sonneur de Saint-Paul, drame en quatre actes précédé d'un prologueChapitre 41 sur 106 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

MARIE ^ pleurant.

Pauvre John !

LE JEUNE HOMME

Souffriez-vous alors violemment dans la tête?

JOHN

Non.

LE JEUNE HOMME

Et depuis ?

JOHN

Jamais ; le cœur seul a souffert.

LE JEUNE HOMME

Eûtes-vous quelque retour à la vue , plus tard , ■^quand vous fûtes plus heureux?

JOHN

Quand je fus plus heureux, dites-vous? plus heureux ! Il n'y avait pas un an que j'étais aveugle quand Yorick, mon seul ami, mon soutien, mourut et me laissa seul avec mes souvenirs, la misère et et mon infirmité.

LE JEUNE HOMME

Et vous avez pu vivre après tant de malheurs?

N'est-ce pas, qu'il m'a fallu bien du courage? Oh ! c'est qu'il m'a semblé que Dieu me parlait alors ; car lorsque je sentais sous mes doigts la tête froide et calme, de mon ami qu'on allait ensevelir, j'eus envie de ce calme , et comme je songeais que la mort pouvait me le donner aussi , j'entendis un enfant pleurer dans son berceau : c'était ma bonne Marie , dont le grand-père venait de suivre la mère ; je la pris alors tristement dans mes bras, et ses larmes cessèrent ; elle appuya sa jeune tête sur mon épaule et s'endormit profondément. Alors , il me sembla que la pauvre orpheline me demandait protection et que c'était un ange que Dieu m'en-

voyait pour me dire : Le suicide est un crime , tu ne dois pas mourir. Et le lendemain , me souvenant d'un bon prêtre que j'avais connu à Londres, je comptai sur sa charité , pris Marie sur mes bras et me mis en route à la garde de Dieu.

LE JEUNE HOMME

Et comment vous fut-il possible de faire ce voyage ?

JOHN

Les muletiers m'ont pris dans leurs voitures ; les passans m'ont tendu la main. Hélas ! à voir un j^iiro fecmmc aveugle , le front cicatrisé et portant dans ses bras un enfant de deux ans à peine, qui n'en aurait eupitié ? Enfin, je vins jusqu'à Londres, où le bon prêtre m'a fait sonneur de Téglise de Saint-Paul , et m'a donné cette petite maison , où j'ai vécu depuis , près de ma bonne Marie ; pauvre confidente de mes douleurs , qui m'a pardonné de lui avoir fait une jeunesse aussi triste, et qui me pardonnera aussi de l'attrister aujourd'hui par mes pleurs : n'est-ce pas, ma bonne Marie?

MARIE , se jetant dans ses bras.

Oh ! mon père î mon bon père î

LE JEUNE HOMME , « part.

Et c'est là l'homme que lord Henri veut tromper ^sans doute, la jeune fille qu'il veut séduire ! Mais on le dit loyal ; peut-être l'aime-t-il sincèrement et la nouvelle de son mariage avec la fille de lord Weston n'est-elle pas de son aveu ? [Avec espoir.) S'il en était ainsi...

JOHN

Enfin , monsieur , pour tout vous dire , sitôt que Marie put commencer à lire, je m'agenouillai près d'elle pour lui faire épeler la lettre que j'avais conservée, et rinuocente enfant en assemblant des

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