ACTE II , SCÈNE IV. T
LADY BEDFORT
Non, raais, depuis notre retour, je l'ai fait chereher sans cesse, et j'ai cruellement appris que tous ses amis sont morts, que lui-même a depuis quinze ans disparu de l'Ecosse... Or, mon enfant^ s'il a quitl^XAnglelerre, c'était pour venir auprès de nous ; s'il n'y est pas arrivé , c'est qu'entre nous et l'Angleterre il y avait des mers à traverser; c'est que souvent les bâtiments font naufrage , [Pleurant.) et que les malheureux naufragés n'ont pas de pierres lumulaires...
HENRI
Vous le pleurez encore, et vous voulez que me» j'oublie!... Que je souffre!...
LADY BEBFOViT: , précipitamment.
Non, mon enfant, non.
HENRI
Mais alors, pourquoi me parlez-vous ainsi?
LADY BEDFORT
Parce que je suis menacée, lord Henri.
HENRI
Et de quoi donc , ma mère ?
LADY BEDFORT
D'un divorce.
HENRI
D'un divorce !
Oui, dans lequel lord Bedfort rendrait publique une partie de notre secret , et dévoilerait que ton père n'était pas mon époux, car, tu le sais, à l'heure de notre mariage, il n'est point revenu.
HENRI
Et lord Bedfort a osé vous dire !... mais il n^oserait accomplir sa menace, lui qiii ne brille que parce qu'il est votre époux. Lord Bedfort ! fils de pères
ruinés par la débauche, et qui a j e ne sais comment fait revivre les restes d'une fortune engloutie.... Mais, ces restes ne suffiraient pas à payer aujourd'hui la moitié de ses dettes... un divorce le ruinerait, lui qui n'aqu'une seule passion... l'orgueil !... Oh ! ne tremblez pas ma mère ; mais , pour éviter les tourments d'une lutte , ayez l'air d'approuver toutes ses actions ; dites-lui que je me suis révolté contre vous-même ÎTTenri s'étant révolté contre sa mère , lord Bedfort le croira difficilement , mais soutenez-le , montrons-nous comme de grands ennemis en sa présence, et dans le secret je vous ferai voir Marie si bonne , si intéressante , celui qui lui a servi de père... vieillard aveugle... si généreux, si noble et si malheureux!... Oh ! consentez, ma mère, consentez... et si lord Bedfort parle encore de divorce... alors, ce ne sera pas vous , ce sera moi qui Ten défierai.
LADY BEDFORT
Toi?
HENRI
Mais, avec sagesse et prudence. Oh! consentez, ma mère !
LADY BEDFORT , SOUViant,
Tu veux donc*que je passe pour ton ennemie ?
Je vous en supplie. Et maintenant séparons-nous; allez vous plaindre à lord Bedfort.
LADY BEDFORT
Oui, je me retire ; mais avant de connnencer nos —^hostilités... personne ne nous regarde; viens au moins m'embrasser.
HENRI , lut sautant au cou.
Oui, ma mère, ce sera notre déclaration de guerre. {Il accompagne sa mère; elle sort par lagau-