PROLOGUE, SCÈNE III
YORiCK, à Sara, John lit la lettre et va vous en dire le contenu.
(Il monte la scène avec elle.) JOHN , après avoir parcouru les premières lignes. Grand Dieu! (1/ parcowrf.) Que vois-je? quoi!... Non, jamaisje ne pourrai leur dire... Pauvre Sara!., pauvre Yorick ! [Prenant un papier joint à la let-^ Ire,) Et quel est ce papier '^ un sauf-conduit signé de Cromwell... et demain il partait... Oh ! l'infâme!... l'infâme !...
(Yorick et Sara se sont rapprochés de John.)
YORICK
Eh bien! mon ami?
JOHN , à part.
Que dire? [Haut,) Cette lettre est comme William , obscure et presque incompréhensible ; elle n'est pas même signée.
SARA
Ne lui parle-t-on pas d'un procès ?
JOHN
Oui, précisément, mais sans en désigner la cause.
YORICK
Et que lui dit-on enfin? car il y a de récriture...
JOHN
On lui dit seulement que rien n'est encore décidé, que les débats révolutionnaires retardent toujours les affaires particulières ; voilà tout.
SARA
Vous voyez bien, mon père, qu'il n'y a d'affligeant que son manque de confiance en nous ; oh ! que je suis heureuse !
YORICK
Mais, pourquoi cette lettre sans signature ? cette correspondance mystérieuse, clandestine ?
JOHN
C'est ce que nous tâcherons de découvrir plus
tard ; et pour cela il faut que WilHam ne soupçonne pas nos inquiétudes... Retournez vers lui ; qu'il ne voie en vous ni crainte ni méfiance, et surtout qu'il ne trouve pas cette lettre ouverte. YORicK, s' apprêtant à la déchirer.
Par prudence je vais l'anéantir.
JOHN , précipitamment.
Non, Yorick, non; elle pourra peut-être nous . servir àéclaircirde nouveaux doutes.
y/ YORICK , la mettant dans son pourpoint.
Sois tranquille, elle sera bien cachée.
JOHN
/ Et demain , à la pointe du jour , je serai chez loi... nous causerons encore... Allez... et surtout de la prudence. {A Sara.) Tu m'entends bien, Sara?
(Sara fait un geste approbatif.)
Adieu, John.
JOHN
Adieu; nous nous reverrons.
(Yorick et Sara montentla scène. Yorick s'arrête sur la
route et semble réfléchir.)
JOHN , se croyant seul.
Quel monstre que cet homme, qui les a trompés ! Et demain que dirai-je à Yorick ? il faudra bien qu'il finisse par savoir... D'ici demaip j'y songerai. Rentrons près deClary.
YORICK , redescendant la scène.
J'oubliais, John... tu m'as dit qu'à ton tour tu aurais aussi sans doute une confidence à me faire...
JOHN
P^ Merci, Yorick ; demain ou plus tard je te demanderai peut-être conseil et secours.
YORICK
Quand tu voudras ! à toute heure , en tous lieux, tu me trouveras , John.