PROLOGUE , SCÈNE II
YORICK
Rien de positif... encore, mais j'ai d'affreux pressentiments ! Oh! que n'ai-je réfléchi plus longtemps ! mais Sara l'aimait tant!... puis William redoutait ces actes du parlement qui appelaient au service les jeunes hommes mariés. Enfin, j'ai peut-être par trop de précipitation permis le malheur de ma fille... Ecoute-moi donc, John , et tache de m'éclairer. Depuis près d'un mois, je voyais dans le jeune ménage un fond de tristesse que Sara me dissimulait mal , quand je fus obligé de partir pour Galloway : je me mis en route le chagrin dans l'âme; bien des craintes et des soupçons me passèrent dans la tête pendant mon voyage; l'inquiétude me ramena plutôt qu'on ne devait m'attendre ; et celte nuit en arrivant chez moi , croyant tout le monde bien endormi, je trouvai Sara seule etdansleslarmes : depuis plusieurs jours, plusieurs nuits, William l'abandonnait ainsi ; et au milieu de tout cela, John..«
JOHN
La misère, n^est-ce pas?
YORICK
Non, pis que cela... l'opulence. William a de For... où le prend-il? il ne travaille point.
Mais sa il^-ÎY-'\xJ ^ji..
\J YORICK
Il dit n'en plus avoir.
JOHN
Ses amis?
YORTCK.
Il n'en nomme aucun... Pourtant, Sara, désespérée , m'a confié que chaque fois que je faisais mon voyage habituel à Galloway, je rapportais sans le
savoir une lettre que quelqu'un glissait adroitement dans la selle d'un de mes mulets, que la lecture de ces lettres , qu'elle remettait secrètement à William , Tabsorbait tout entier, et qu'il en attendait une à mon retour... Je courus aussitôt visiter moimême, et je trouvai celle-ci, que l'on avait bien cachée, cette lettre, qui contient sans doute l'énigme de cet homme ; et comme ni moi ni Sara ne savons lire, je lui ai dit : Fille, prends ta mante et suis-moi ; dépêchons.
JOHN
Puis, vous êtes accourus vers moi.
YORICK
Je t'ai fait ma confidence, ami, et tu sais maintenant quel service j'attends de toi.
JOHN
Donne moi cette lettre, je vais la lire.
(Il prend la lettre et he'site.)
YORICK , reprenant la lettre.
Je comprends ton hésitation... Donne, je serai moi-même coupable d'en avoir brisé le cachet... il s'agit du repos de mon enfant , et de la part d'un père cela justifie tout.
(Il donne la lettre décachetée à John.)
JOHN, ouvrant la lettre et entendant marcher. Mais qui vient?