‹ Le sonneur de Saint-Paul [microforme]Chapitre 1 sur 60 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

YORICK, Puis HENRI, Pu?s JOHN.

YoricK (descendant la colline, et marchant droit à la porte de John ; il frappe deux coups).—Que vaisje apprendre? Rien de plus affreux qne mon incertitude, que mes soupçons. D'ailleurs, John

à qui je vais me confier est un ami sage, fidèle... Mais il ne vient pas... Au fait John m'a recom:mandé de frapper toujours à cette fenêtre, et non à cette porte... (77 frappe à la fenêtre et écoute.) On vient ! (Za porte s'ouvre, Henri paraît.)

HENRI.—Yorick ! si tôt !..

Vorick.—Oui, si tôt... Vorick, arrivé de Gallo-. way seulement cette nuit.

HENRI.—Et déjà près de nous... Mon père se repentira d’être sorti dès le point du jour.

Vorick (avec inquiétude). —I1 est absent ?

HENRI.—Il est allé chasser et ne tardera pas à revenir. (Z'apercevant au fond.) Mais, le voici.

JOHN (véfu en chasseur écossais, fusil sous le bras, paraît au fond, il reconnaît Yorick et descend rapidement vers lui).—Yorick, je te croyais encore sur la route de Galloway.

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VoRICk.—Je suis arrivé cette nuit.

JoHN.—Contre l'habitude de tous les muletiers, tu ne te fais pas attendre, toi... Et que dit-on de neuf? tu dois savoir bien des nouvelles ?

Yorick.—Comme tous les muletiers, quand ils sont de retour.

JOHN.—Qu'as-tu appris ?

YoRick.—D'abord à maudire tous les nobles.

JOHN (avec précipitation) —Et pourquoi donc ?

Yorick.—L'évêque de Juxon, le confesseur du malheureux Charles Stuart, vient de faire des révélations.

JoHN.—Lesquelles ?

Yorick.—Lorsqu'il montait sur l’échafaud, à la gauche du roi, le roi lui a dit : “ Mon père, ce sont les nobles qui m'ont conduit jusqu’à l’échafaud ; car deux d’entre eux, auxquels j'avais secrètement confié une cassette de cent mille guinées, pour me faire un passage et m'acheter des défenseurs en Ecosse, m'ont traîtreusement livré à Hamptoncourt, afin de rester possesseurs de mon or.”

JOHN.—Si cela est vrai, cela est infâme ! et l’évêque at-il demandé au roi le nom de ces deux nobles ?

YoriCk.—‘* Je ne les nommerai pas, a répondu le roi Charles, j'aurai bientôt besoin de la clémence d'un Dieu qui nous jugera tous.” Puis il s’agenouilla pour prier, et le prêtre n’en put savoir davantage. Mais si Dieu veut que ces deux nobles soient encore en Angleterre, ils ne jouiront pas longtemps de l'or qu'ils ont si lâchement volé.

JOHN.—Comment cela ?

YORICK.— J'ai appris aussi qu’une tentative d’assassinat vient d’avoir lieu contre le général Crom-

Îs.

well, que l’on en accuse quelques restes de familles nobles échappées à la proscription. Le parlement vient de diriger des espions dans toute l'étendue de la Grande-Bretagne, afin de découvrir la trace de tout noble qui s’y cache.

JOHN (avec indienation).—Et sans doute de les emmener à Londres, où l’on instruira leur procès ?

Yorick.—Ainsi que celui de tous ceux qui leur prêteront ou leur auront prêté secours.

HENRI.—Grand Dieu !

JOHN (courant à lut).—Du calme !

YoRICK.—Qu’avez-vous donc, Henri ?

HENRI.—Cela est bien injuste ; les nobles seuls sont les coupables... mais ceux qui les secourent?.….

YoricKk.—Le sont aussi; mais les nobles qui combattaient pour le roi et qui l'ont trahi, vendu, oh ! point de pitié pour eux ! et celui qui cache un serpent mérite bien d’être un peu mordu, n’estce pas, John? Mais, au fait, de quoi vais-je donc m'occuper ? ce n’est pas cela qui m'amène... (Bas ét s'approchant de John.) Dis donc, je voudrais bien être seul avec toi.

JoHn.-—Seul !

YoRICKk.—Oui, je voudrais te faire une confidence.

JOHN (#as).—TJ'aurais peut-être besoin de t'en faire une. (77 Jui fait un signe d'intelligence. A Henri, après s'être approché de lui.) Tu parais souffrir, Henri ?

HENRI (Ÿas).—TJe tremble pour nous.

JOHN (éas).—Aie confiance, enfant. (Æaut.) L'air est froid, ce matin, Henri, rentre au logis et fais bon feu dans l’âtre.

(Æenri sort.)

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