‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 11 sur 211 · SCÈNE ÏX« LE CARDINAL, GUIMBARDINI · texte numérisé non relu

SCÈNE ÏX« LE CARDINAL, GUIMBARDINI

GUIMBAllDiNl , à part.

Il me fait des signes . . . décidément c'est bien elle . „ . Arrivera ce quil pourra! je ne puis pas digérer un pareil affront. .. Mari d'un soprano J c'est déshonorant! je vais déclarer que c'est ma femme.

LE CARDINAL

Eh bien ! signor , que me voulez-vous:'

GUIMBARDINI, avec mystère.

Pardon, éminence. . . Nous sommes seuls?

LE CARDINAL

Vous le voyez.

GUIMBARDINI , regardant la porte.

Personne ne peut nous entendre.

LE CARDINAL

Eh bon Dieu! que de précautions!

GUIMBARDINI.

C'est qu'effectivement on ne peut en trop prendre poor une chose aussi délicate. ( Baissant la voix,) Vous connaissez parfaitement ce jeune soprano?

C'est-à-dire , je le connais. . . je sais qu'il s'est fait entendre hier avec un grand succès. . . et qu'il doit avoir àa talent; car on lui offre un traitement de dix mille écus.

GUIMBAilDINL

Hein ! . . . dix mille écus ! . . . comme soprano î . . .

LE CARDINAL

Comme soprano... Je crois qu'il doit signer aujourd'hui.

GTJÎMBARDINI, Santa Maria!*., quelle fortune pour le ménage!... nous n'aurons jamais été si riches. . . quelle bélise j'allais faire î

LE CARDINAL

Eh bien î qu'aviez-vous à me dire ?

GUIMBARDINI.

Moi , monseigneur?. . . rien.

LE CARDINAL

Comment?

GUIMBARDINI.

Rien absolument. . , si ce n'est qu on vous a dit l'exacte vérité sur ce jeune virtuose. . . personne plus que lui ne mérite la protection et les bienfaits de votre éminence. . c'est un grand et magnifique soprano.

LE CARDINAL

Vrai?

GUIMBARDINI.

C'est à-dire que c'est le premier soprano de l'Italie - .. je dirai même. . . le plus extraordinaire»

Vous l'avez donc entendu?

GUIMBARDINI.

Plus de cent fois ... A Velletri , on ne parlait que d'elle.

LE CARDINAL

D'elle !

GUIMBARDINI , se reprenant.

De sa voix. . oui, monseigneur. . et je puis vous certifier . = .

LE CARDINAL

C'est bien . . . Mais ce n'est pas cela que vous vouliez m'apprendre.

GUIMBARDINI , embarrassé.

Ah ! je m'en vais vous dire ..... et ça vous expliquera son trouble et le mien car vous avez dû vous apercevoir qu'en nous reconnaissant , nous avons eu un moment de . . . Voilà ce que c'est , monseigneur. . . il devait jouer dans un opéra de moi, il Matrimonio interrotto^ le

Mariage interrompu... un ouvrage sur lequel je comptais... et il s'est en allé ... 11 est parti le jour de la première représentation.

LE CARDINAL C'était désagréable pour vous.

GUIMBARDINI.

Très-désagréable. . . Alors il croit peut-être que je lui en veux ... il se trompe , mon Bieu ! . . . entre artistes , il faut se passer tant de choses . . .

LE CARDINAL , impatienté. Tout cela est fort bien . . . mais ça ne m'apprend pas ce que vous me vouliez.

GUIMBARDINI.

Ce que je voulais à monseigneur. . . si fait. . . c'est tout simple . . . c'est que votre éminence daigne nous raccommoder. . . qu'elle daigne lui dire que tout ce qu'il a fait est bien fait. . . que ça me convient, que ça m'arrange. . . que je ne suis pas fâché. . . au contraire , je suis conteiat que ce jeûné homme ait un traitement de dis mille écus. . . et que tout ce que je demande , c'est que désormais nous vivions en bonne intelligence.

LE CARDINAL, souriant.

Et qu'il reprenne votre opéra.

GUIMEARDINL

Le Mariage interrompu l . . . Mais je compte bien qu'il y aura une reprise... surtout si monseigneur . . . daigne m'attacher à sa maison.

LE CARDINAL

Oh! cela c'est différent !... d'après l'échantillon que vous nous avez donné . . . Vous n'avez pas pu seulement achever ce morceau . . .

GUIMBARDINI.

Cela tient à la fatalité qui ne me permet jamais de rien achever. . . mais je m'en rapporte au soprano lui-même. LE CARDINAL, avec bonhomie.

Nous verrons. . . nous verrons. . . si effectivement il répond de vous, et que cela convienne à mon neveu et à madame Gertrude . . .

GUIMBARDINL Vivat.' me voilà en pied.

LE PRINCE , en dehors.

îlh non ! non. . . ce sera très-bien.

GUIMBARDINL Chut ! c'est le prince ... cet aimable protecteur des arts.

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