SCENE m
LES MÊMES , RIC H EP ANSE , avec un pâté de foie gras sous le bras, une botte d'asperges dans une poche, un Jambon de Reims dans l'autre, etc.
RICHEPANSE, gaiment.
Air -. Accourez tous, venez m entendre ( Phillre ). Pour un gourmet, ville charmante; Que de trésors s'offrent partout !
Vive Paris! sans peine on y ionien te
Les yeux, l'odorat et le goùl.
Comment le cœur pourrait-il se défendre? C'est un faisan de truffes boursoufflé; C'est une alose au regard doux et tendre
Près d'un gigot de présalé.
Pour un gourmet, etc
DEUXIÈME COUPLET
Dans vos amours cherchez-vous l'inconstance :
Lingère et modiste sont là.
Aimez-vous mieux-Ia vertu, l'innocence?
(entre ses dents et à Thérèse. )
Faites un tour à l'Opéra.
{haut,)
Pour un gourmet, ville charmante ; Que de trésors s'offrent à nous!
"Vive Paris! sans peine on y contente Tous les désirs et tous les goûts.
(à Henriette. ) Bonjour, chère amie, bonjour, bobone ; tu ennuyais déjà de ne pas me voir ? pauvre chat... Allons, Théièse, débarrasse-moi; tu vois que je suis chargé comme un..> balheureux.. . [lui donnant tout à mesure.) Le pâté, les aserges; ce jambon, qui est sous mon bras, un petit pot de eurre dans mon gilet, et un fromage raffiné dans mon chaeau. ( // s'essaie avec son mouchoir. )
HENRIETTE
' Èt pour qui donc tout cela , bon Dieu ?
RICHEPANSE
Pour nos amis , pour pendre la crémaillère.
HENRIETTE
Vous avez déjà du monde, comment, à peine installé?
i RICHEPANSE.
j Raison de plus; un dîner ça vous établit solidement! et puis est une manière délicate de fêter Tanniversaire de notre maage... [tendrement.) Hein! bobone , il y a trois ans. . . te souiens-tu ?... Quel beau repas de noce !
HENRIETTE , souriant.
C'est aimable! il paraît que vous ne vous souvenez que de •la.
RICHEPANSE, riant.
Ah! méchante !... jen'ai rien oublié, madame llichepanse,' et 'IIS verrez que l'anniversaire... Ah! ah! ah!... c'est pour plai- "fer, tu sais qiu j'aiiiic à rire. Ah! rà , Thérèse, j'espère que
fi
tu vas t'occuper de notre dîner; je t'aiderai, j'irai goûter le*, fcauces.
Air : Verse, verse le vin de France.
Allons, qu'on ne s'amuse pas ; Je veux un splendide repas.
Ah ! que la table offre d'appas!
D'I'ennui qui doit suivre Elle nous délivre , Honneur au boucher et gloire au boulanger! On dit qu'il faut manger pour vivre ; Quant à moi, je vis pour manger.
DEUXIÈME COUPLET
Quand c'est la diète qu'il m'enjoint,
Au docteur je n'obéis point.
Et craignant que mon embonpoint
Ne perde une livre,
Gaîment je me livre A chaque goguette où l'on vient m'engager. Plus lard je mangerai pour vivre, Aujourd'hui je vis pour manger.
THÉRÈSE
Dieu! que monsieur est drôle, quand il parle cuisine, seft yeux brillent comme des charbons.
RICHEPANSE
Que veux -tu? né au milieu des comestibles, je suis nourri, de mon sujet. ( // se frappe le ventre. ) Sans compter que j'étais de toutes les Sociétés mangeantes, buvantes et chantantes: Momus, les Lapins, les Joyeux... Je faisais les refrains d'^unfr manière effroyable !
Air : Dans la chambre où naquit Molière. J'ai fait plus d'un repas aimable A côté d'un joyeux Favarl j Je me suis vu cent fois à table Près d'un Piron ou d'un Panard.
Mais ne pouvant, comme poète, Au diner fournir ma chanson, J'arrivais avec un dindon...
Et je n'étais pas le plus bêle.
A propos , chère amie , crois-tu que tu te plairas dans la rue du Chemin-Vert?
Mais, oui, la maison paraît commode... un peu gothique; celle cheminée, surtout.
j THÉRÈSE.
I El puis ie quartier est un peu isolé; mais aV^ec les Oninibus...
I RICHEPANSE
Tais-toi donc, Thérèse, je ne te parle pas. (à Henriette.) Ce ^ue j'en aime, c'est qu'ici au moins on ne me relancera pas lussi souvent pour la garde nationale.
i THÉBÈSE,
Ah! monsieur, vous qui parlez toujours de dévouement...
RICHEPANSE
Tais -toi donc, Thérèse, on ne te parle pas. (à sa femme. ) Certainement, j'aime à faire mon service; je me suis montré, nais les maris risquent beaucoup à être trop bons patriotes. Par ixemple, vous ne savez pas un cancan ?.,. Notre ancien bonneier, qui commandait hier la patrouille de nuit, en passant levant sa porte il veut offrir un petit verre à ses hommes , il frappe pendant quarante-cinq minutes, et quand on lui ouvre... 1 s'aperçoit que sa femme est allé prendre l'air, à deux heures lu matin... [Il rit.) Ah! ah ! ah !... soyez donc bonnetier et caporal...
HENRIETTE
Vous riez de cela ?
RICHEPANSE
Pardi! ce pauvre bonnetier! je lui ai conseillé de se faire nint-simonien, puisqu'il a trouvé la femme libre!... Il ne lui nanque plus que de déshériter ses enfans, pour donner sa forline i\ ses fils... en Saint-Simon.
THÉRÈSE
Eh bien ! ça ne sortirait pas de la famille.
RICHEPANSE
Mais du tout, leurs fils ne sont pas leurs enfans... avec la omnmnauté des femmes, comment voulez-vous qu'ils s'y reconnaissent ? Ah ! ah! la communauté des femmes... J'ai envie le me faire saint-simonien, moi.
Air : En gueri'e, ces at^entures.
Les maîtres et les manœuvres Dans le partage ont des droits :
A chacun selon ses œuvres:
C'est très juste, je le crois.
Or, à chacun si l'on donne Suivant sa capacité, Ma part serait assez bonne D'après ma rotondité.
THÉRÈSE
Est-c'que vous croyez que ça prendra, not' maître, c'ie reli-
RICHEPANSE
Tls voudraient bien prendre , mais ils ne peuvent pas ; mai tais-toi donc, Thérèse, qui est-ce qui te parle?... A ta be sogne.
Air du Siège de Corinthe.
Vite à la cave!
Monte, pour ma santé,
De mon vieux Grave Qui me met en gaîté.
Femme, à la gloire, Je veux, sans m'arréter,
Chanter pour boire Et boire pour chanter.
ENSEMBLE
Vite ù la cave, etc.
THÉRÈSE, en sortant.
Vile à la cave!
Montons, pour sa santé,
De ce vieux Grave Qui le met en gaité-
( Elle emporte les provisions. )
SCKNE IV.