MATHIEU, ARMAND
MATHIEU , avec aplomb.
Salut à monsieur Armand.
ARMAND , froidement.
Votre serviteur, monsieur.
MATHIEU
Exact, à la minute... c'est très bien , jeune homme... Nous autres, braves , nous aimons cela.
ARMAND
Vous êtes prêt sans doute ?
MATHIEU
Toujours prêt, jeune homme.. . quand on a blajichi sous le linrnois.
Air : Je loge au quatrième étage.
Mais reposez-vous, je l'exige.
ARMAND
C'est inutile.
MATHIEU
Si, mon cher.
Parlons.
MATHIEU
Vous avez chaud, vous (lis -je, > Et je crains pour vous le grand air.
ARMAND, étonné.
Mais quel singulier caractère !
Pouvais -je croire, en vérité, Que ce serait mon adversaire Qui prendrait soin de ma sanlé ?
MATHIEU , à part.
Ah! diable, il a raison; je le dorlotte comme s'il était déjà mon gendre... Hum! [haut et d'un ton sec.) Monsieur, nous n'avons pas réglé le choix des armes. . . sabre , pistolet ou épée ?
ARMAND
Comme vous voudrez!... si cela vous est indifférent... le pistolet.
MATHIEU
Le pistolet, soit... la dernière fois c'était à Fépée, ça me changera.
ARMAND, à part.
Il paraît que c'est un habitué ; on m'a bien dit que monsieur Blansac... mais, à cette tournure, on ne devinerait mais un tapageur!
MATHIEU
Vous avez un témoin , jeune homme?
ARMAND
Non... étranger dans la capitale...
MATHIEU
Gomment! pas quelque ami, quelque parent?
J'ai bien un cousin , marechal-des-logîs dans les chasseurs à cheval , assez mauvaise tête , et dont Téducation a été fort négligée. Je lui ai écrit, ce matin, mon aventure, pour qu'il pût prévenir ma famille en cas de malheur. Mais si vous le permettez, nous nous passerons de témoins.
MATHIEU
Bien volontiers, je n'y tiens pas plus que vous, '{d paH.) Tour ce qu'ils auraient ù voir...
ARMAND. '
En ce caSj partons vite.
MATHIEU
Un moment... Diable! je ne sors jamais à jenn; mon méd«€iiî me l'a défenclii... Nous allons commencer par déjeuner.
ARMAND
Comment, monsieur?
MATHIEU
Ça vous étonne,.. Un duel entre gens d'honneur n'empêcha ipas les procédés et la côtelette ... au contraire. 1 ARMAND, d part.
\ Quel original!... [haut.) Quoi ! monsieur , déjeuner ensemfble avant d€ nous battre !
MATHIEU
Air : Tenez, moi, je suis un bonhomme. Je sais que ce n'est pas l'usage ; Plus d'un brave que je connais Aime bien mieux, en homme sage, Que le déjçuner vienne après.
Par ce calcul jamais d'alarmes ; Car, dès que Ton a fait servir.
On pose bien vite les armes Pour ne rien laisser refroidir.
loi , monsieur, je déjeune d^abord, et une fois cette affaii^» là coulée à fond, on n'a plus d'arrière-pensée, et l'on setue avec me liberté d'esprit... Vous verrez que vous vous en trouverez lien. (Il appelle.) Yincent , servez.
ARMAND
Non, monsieur, je ne puis accepter; je reviendrai vous irendre dans un instant.
MATHIEU, vivement.
Je ne le souffrirai pas, et dussé-je avoir une seconde affiire!... fustement, voici le déjeuner... et ma femme.,.
ARMAND, frappé.
Votre ff.mme!... Quoi! monsieur, vou? êtes marié!...