SCÈNE V
ss MÊMES, MADAME MATHIEU, VICTORINE ET VINCENT, qui sert les fmitres.
MATHIEU
Arrivez donc, ma chère... Monsieur Armand, mon nouvel li, qui refuse de déjeuner avec nous!
Une affaire, a
ARMAND
Madame... (// aperçoit Victorine.) 0 ciel I
viCTORiîs'E , à part.
C'est le jeune homme d'hier qui m'a tant regardée.
MATHIEU , bas à sa femme. Voyez-vous le coup de théâtre!
ARMAND , à part.
: Fragment du yalet de chambre.
C'est bien elle, c'est elle-même !
Devais-je croire à ce bonheur ?
VICTORINE, à part.
Je n'y conçois rien, c'est lui-même; Son aspect fait battre mon cœur.
MATHIEU, d y/rmawrf.
Puisqu'on dépit de mes prières Vous refusez de déjeuner , Allez, mon cher, à vos affaires :
Moi, je ne veux pas vous gêner.
ARMAND , bas à Mathieu.
Quoi ! monsieur, c'était votre fdle?
MATHIEU , feignant de ne pas l'entendre. Nous ne retenons plus vos pas.
MADAME MATHIEU
Monsieur ne refusera pas Notre déjeuner de famille.
ARMAND, troublé.
*• Mais je craignais d'être indiscret ;
J'accepte, ("à pari.) Ah î grand Dieu ! qu'ai-je fait f
ENSEMBLE
Oui, c'est elle, c'est elle-même :
t L'espoir vient agiter mon cœur.
Comment cacher mon trouble extrême ?
Comment réparer mon erreur?
VICTORINE, à part.
Je n'y conçois rien, c'est lui-même, Son aspect fait battre mon cœur.
Mais d'où vient donc ce trouble extrême, Est-ce d'espoir ou de frayeur ?
MONSIEUR et MADAME MATHIEU.
Voyez, voyez quel trouble extrême
Vient de s'emparer de son cœur.
Ah! si c'est ma fille qu'il aime, Rien n'égalera mon bonheur.
MATHIEU, à Armand.
Allons, pas de timidité, jeune homme; le temps se passe, et vous savez que nous avons une petite course à faire. .. Placezvous près de ma femme... bien... Toi, Victorine, à côté de moi... C'est cela, (//.s se placent,') Profitons des momens agréables... on ne sait ni qui vit, ni qui meurt. [On sert; moment de silence.)
ARMAND , à part.
Comment réparer ma sottise? Il est impossible qu'il veuille sérieusement se battre... quand mon admiration pour sa fille a élé la seule cause...
MADAME MATHIEU
Monsieur ne mange pas...
MATHIEU , avalant une huître.
Les huîtres sont fraîches pourtant... mais les jeunes gens ont toujours quelque chose qui leur ôte l'appétit.
MADAME MATHIEU
Monsieur n'est pas de Paris?
ARMAND
Non, madame.
MADAME MATHIEU
Monsieur y vient pour affaires sans doute?.. .
Pour se marier, peut-être?
ARMAND
Mais... c'est possible. {Victorine renverse le sucrier .)
MADAME MATHIEU
Prenez donc garde, ma fille; vous êtes aujourd'hui d'u«e maladresse...
ARMAND, regardant Victorine.
Je vous avouerai, cependant, que mon mariage n'est encore que dans ma tête, et que le motif qui m'attire ici est l'embarras d'un de mes amis qui se trouve dans une position fort singulière.
MATHIEU
Ah ! ah ! une étourJerie de jeunesse.
ARMAND
Oui, un amour subit; une jeune personne charmante qu'il a rencontrée, et dont la vue a produit sur lui une impression... Malheureusement un monsieur, qui ne partageait pas son enthousiasme, s'avise de critiquer cette jeune personne; mon ami la défend avec tant de vivacité , qu'il finit par provoquer l'inconnu en duel; et jugez de son désespoir. . . c'était le père de celle qu'il aime.
VlCïORJNE.
Le père î
MADAME MATHIEU
Ah! pour lo coup... c'est trop tort; vous brode^^
MATHIEC.
C'est possible à la rigueur.
ARMAND
Vous sentez que mon ami est prêt à avouer ses torts, qu'il krûle de trouver une occasion de les réparer, [regardant Mathieu.) Il m'a même chargé de confesser qu'il était un fou. .. unextravagant; mais se contentera-t-on de cette déclaration?... cela m'inquiète ►
MADAME MATHIEU
Moi je pense que le père doit être excessivement flalté. . .
VICTORINE
Certainement le père doit être très flatté.. .
MATHIEU
Ta, ta, ta, très fîfilté... moi, ce n'est pas morr opinion, du tout,^ du tout, du tout...
ARMAND
Commentl...
MATHIEU
Je sais bien que les femmes traitent les affaires d'honneur comme des misères, comme leurs chiffons; mais nous autreshommes... ïudieuî... les affaires d'honneur... je n'en ai jamaisarrangé une seule ; (à part.) il e^t vrai que je n'en ai jamais eu..
k'&^ii.^Ji^ déconcerté.
Ainsi, monsieur, vous penses^..
MATHIEU
Qu'à la place du père je serais inflexible; je dirais A votre ami...' Un verre de Chablis, mon cher Armand. (î l verse en continuant.) Je lui dirais : Monsieur, je ne veux pas faire blanc de mon épée... mes preuves sont faites, et ce n'est pas une balle de plus ou de moins qui me rendra plus gras; mais on n'outrage, pas impunément un brave. Il y a eu insulte,, monsieur; quelle qu'en soit la cause, il faut qu'elle soit lavée radicalement; et quand le vin est tiré, il faut le boire ; voilà. A votre santé, mon cher Armand. (// avale son verre de vin, et on se lève.)
ARMAND
Mais, monsieur, si le jeune homme adorait votre ftlle , s'ilessayait de vous fléchir? j
MATHIEU. dj
{'ela ne suffit pas, monsieur.. . s'il essayaitl fl MADAME MATHIEU, btts à SOU mari. ^ Allons, mon ami... en voilà assez, c'est le moment de s'expliquer.
i MATHIEU, has.
I Dy tout, ce n'est pas encore clair; il ne parle pas de maliage.
MADAME MATHIEU, de même.
Mais enfin...
MATHIEU, de même.
II y viendra; ne brusquons pas le dénouement; laissez-moi aire.