JOSÉPHINE, PIERRE GOULARD
GOULARD, enir' ouvrant la porte. \ Pardon, si j^entre sans frapper. . . il n'y a pas de sonnette,
JOSÉPHINE
Un jeune boirime !
G or LARD. !
C'est bien à Mademoiselle Joséphine Leblanc que j'ai Thonneur. . . I
JOSÉPHINE. j
Oui, monsieur. . . c'est à moi que vous avez l'honneur.. . [à part) Tiens! il n'est pas mal.
GOULARD , à part. {(
Elle est parbleu bien gentille... foi de Pierre Goulard, et puisque ^ l'oncle Grimaudse l'est mis en tête... voyons si ça peut aller.
JOSÉPHIN.E
Asseyez-vous donc, monsieur . i^i
GOULAhD , qui a pris une chaise sans s^asseoir, ; Ne faites pas attention.
JOSÉPHINE
Puis-je savoir?. .
GOVLXRj) , souriant.
Ce qui m'amène?,., eh! mon Dieu! c'est pour des petite ' bétises dans ce genre-là. . . ( montrant les fleurs qu'elle tient ) J(j dis des bétises... pournous autres. . . car, sous ces jolis doigts. . . Dieu! est-ce frais et appétissant !. . je parle des doigts, mam'selleJq soèÊPRWE, souriant, à part. ,
Il a de l'esprit.
GOULARD
Nous disons donc que c'est une couronne et un bouquet de ma^ riée qu'il me faut.
JOSÉPHINE
Pour vous?
GOULARD, y^ant.
Ah !.. . c'te farce L * . ça m'irait joliment !. . . pour ma femme,
1 JOSÉPHINE
I Monsieur va se marier?
1 GOTJLATID.
I Oui, c'est une idée. . . qu'on m'a donnée. . . {la regardant) et je 'rois que j'y prends goût.. . aussi, j'arrive de Bercy pour acheter îs bijoux, la corbeille. . . enfin, tout ce qui sert à faire passer !e lari.
3 0SÉPHOE, à part.
Il a d'excellens principes, [haut ) Monsieur, je ne vous connais as, mais je suis sûre qu'une femme sera très heureuse avec ous... des qualités aussi estimables... sans compter tout ce lue vous avez déjà acheté... mais, dans ma position... ( levant isyeuœ au ciel. ) je ne puis plus recevoir de commande.
GOIJLARD.
Ah! c'est juste... quand on est occupé de son propre mariage...
JOSÉPHINE
Quoi! Monsieur, vous savez.^.,.
GOTJLARD.
j Que vous allez épouser Pierre Goulard.,. c'est la nouvelle le tout Bercy.
Est-il possible !
GOULARD
Damî... votre oncle lui a écrit... et ce pauvre garçon est îomme moi... il court les emplettes... meuble son apparte- ;ïient... vous aurez une jolie petite chambre , allez.
JOSÉPHINE, se récriant, ! Ah! rh<trreur!. . . il meuble déjà ma chambre?... sans m'avoir rue... sans m'avoir consultée!...
! GOTJLARD.
i Ça prouve seulement. . .
JOSÉPHINE
Son manque de délicatesse.
GOrLARD.
Mais, mademoiselle. . .
JOSÉPHINE
Ah! VOUS n'avez besoin de m'en rien dire. .. allez, monsieur.. . quand on s'appélle Pierre Goulard ! ... je le vois d'ici , un lourdaud, malbdtij mal tourné, incapable d'apprécier un cœur sensible... Dieu ! Pierre Goulard î... s'appeler madame Goulard ! c'est stupide !
GOÏJLARD, Air : Epoux imprudent, fils rebette.
Franchement votr'colèr' m'étonne,
Je n'y comprends rien pour ma part. , .
Quoi 1 pour un nom!... c'est le hasard qui rdonnc.
Et moi, je trouv' que Pierr' Goulard
Vaut pour le moins Alexandre ou César.
Qu'importe, au fond, comment chacun se nomme? Qu'ce soit Pierr', Paul, qu'il soit vieux ou nouveau, Un nom, mamzelle, est toujours beau, Quand c'est celui d'un honnête homme.
JOSÉPHINE, vivement.
Un honnête homme, monsieur, n'aurait pas accepté ma maii sans consulter mon inclination. . . bien sûr... ce n'est pas ains que TOUS agiriez, vous... ça se voit sur votre figure... Il aurai dû se présenter. ..
GOULàRD.
Peut-être l'a-t-il essayé.
JOSÉPHINE
Alors, je lui aurais dit: monsieur Goulard, vous êtes charmanli aimable, spirituel ( je n'en crois pas un mot, c'est égal ), mai| je ne vous aime ni ne vous aimerai jamais. ..je vous dois cetl( preuve de mon estime.
GOULARD
Comment, mam'selle ?. . .
JOSÉPHINE
Un autre a reçu mes sermens.
GOIILARD.
Vos sermens !
JOSÉPHINE
Faits à la face du ciel, monsieur.. . dans le bois de St-ManJé.. cefut là, pour la première fois, qu'un amour d^homme fit battre ma poitrine de femme. .. deuxième allée à gauche , en face de: coucous!
GOULARD, stupéfait, :
Vous en aimez un autie ? •
JOSÉPHINE
Voilà ce que vous pouvez dire à M. Pierre Goulard.
GOULARD, avec dépit.
Il le saura, mam'selle, il le saura... ( A part) petite masque!.. {d'un air résolu ) mais je serais bien bon de lui céder,
JOSÉPHINE
Que dites-vous ?
GOULARD
Jedis, mam'selle, que Pierre Goularda la parole de votre oncle., et que s'il le veut bien...
JOSÉPHINE
On a des moyens de lui échapper.
GOULARD, s*écliauffant.
C'est ce qu'il faudrait voir !
JOSÉPHINE, de même.
C'est ce qu'on verra.
GOULARD
Mam'selle!. . . [se reprenant) après tout, ça tsc me regarde pas, et j'ai bien l'honneur. . .
JOSÉPHINE
Eh^bien!,.. il s'en ya?... Et cette couronne de mariée , mon- ;;ur?...
GOULARû troublé.
Mais, TOUS m'avez dit... il Wavait semblé... d'ailleurs, main- " tnant... au surplus, je verrai... je reviendrai... part) Je ne iis plus ce que je dis.
i Air : Adieu donc, adieu, madame.
{Avec dépit) Adieu donc, mademoiselle ; ' Puisqu'un autre a votre cœur.
Soyez-lui toujours fidèle, I Et j'envierai son bonheur.
{la regardant) C'est un trésor qu'on lui livre : Qu'il est heureux, celui-là 1 ..
Pour lui seul vous allez vivre. .
JOSÉPHINE, les yeux au ciel.
Je ferai mieux que cela.
ENSEMBLE
GOTJLARD.
Adieu donc, mademoiselle, etc.
JOSÉPHINE
Je serai toujours fidèle Au doux ami de mon cœur; Car, il l'a dit, je suis celle
Qui doit faire son bonheur. {Goulard sort. )