‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 208 sur 211 · JOSÉPHINE, ANATOLE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE, ANATOLE

JOSÉPHINE, avec transport.

Enfin, nous sommes libres!

ANATOLE, de même.

Et le ciel est là haut !

JOSÉPHINE

Ne Hous endormons pas.

ANATOLE

Fermons de tous côtés. . . [Ils courent aux portes, d la fenêtre^ oucheni toutes les ouvertures et mettent un schall sous la porte. )

Tiens!. . . il y aie trou de la serrure. . . il n'en faudrait pas davantage. , . As-tu des pains à caclieter?

josÉPHiîîE, effrayée et s^oabiiant.

Mais nous allons étouffer!

ANATOLE

C'est là le bonheur !.. . Le briquet?. . . le soufïlet?. . . du papier?. .

JOSÉPHINE , apportant les divers objets. C'est absolument comme quand on fait une omelette... ( Lai donnant le papier.^) Le programme de notre dernier spectacle.

ANATOLE

Ah ! oui. . . cette mauvaise pièce qui ne prenait pas. . . Souffle donc un peu.

JOSÉPHINE, agenouillée et soufflant.

Et en revenant nous avons reçu une averse. . . cette vie n'est qu'une vallée de larmes. . . Oh ! le mauvais soufflet !. . . fais-moi donc penser à en acheter un autre. . . Ah ! que je suis bêle !

ANATOLE

Qu'est-ce que tu dis ?. .. V'Iù que c'est allumé.

C'est vrai ... c'est allumé. . [Silence; ils se regardent un moment et se relèvent leniemenl.) Eh bien!... qu'est-ce que nous allons faire, à présent?

ANATOLE

Rien. . . Nous n'avons qu'à nous asseoir... et atîendre.

JOSÉPHINE

Donne-moi ta main, mon Anatole. . . Tu trembles?. . .

ANATOLE, ému et allant s'asseoir à quelques pas d'elle. C'est de bonheur. . . [A part.) C'est diôle, le cœurme bat !. , . [RegardantJosrphine.) Ça ne lui fait rien. . . Oh ! les {"èinmes . . quand elles se sont fourré une chose dans la tête. . .

JOSÉPHINE , à part.

C'estunique . . . j'éprouve uneémotion!. . . mais il ne ditrien. . . Ilparaît qu'il y lient.

ANATOLE , à pari.

Elle croirait que j'ai peur.

JOSÉPHINE , à part.

Il dirait que je ne l'aime pas. [Ils s' asseyent tous les deux, Joséphine à droite, Anatole à gauche, le réchaud les sépare. ( Silence. ) Haut ei\ d'une voix languissante.) Dis donc, mon chéri?. . .

ANATOLE, d'un ttir piteux.

Ma poule ?. ..

JOSÉPHINE, de même.

Il me semble que je respire déjà le parfum céleste»

ANATOLE^ à part et effrayé.

C'est ce diable de charbon !... il y a quelque fuineron. i

C'est le commencement de la fin... ah! qu'on est bien !

ANATOLE

Oh! oui... (4 part) je me sens bien mal à mon aise. {Jetant up mp-d'œil sur le fourneau ) oh! comme ça prend !... ( Haut ) ne Icndors pas, Fifine.

I JOSÉPHINE, d'une voix faible.

Non... non...

ANATOLE, les jeux toujours fixés sur le charbon. C'est que ça prend d'une manière effrayante... Que c'est bête ! [Il s'agite sur sa chaise ) et dire qu'il n'y aura pas un voisin asse» haritablepour accourir!...

JOSÉPHINE, se retournant.

Qu'est-ce que tu as donc à te trémousser?... tu ne peux pas lourir tranquillement ?

ANATOLE, d part

i Comment diable en sortir avec honneur... et l'obliger d'ellebême?... [frappé d'une idée) Oh!. je n'ai que ce moyen. (Haut) fh! Fifine...

JOSÉPHINE

Qu'est-ce que c'est ?

ANATOLE

Notre bonheur est bien grand.

JOSÉPHINE

Oh! oui.

ANATOLE

Certainement... mais...

Quoi ?...

ANATOLE

Hein?...

JOSÉPHINE

Tu as dit: mais...

ANATOLE

Oui... mais il faut que ce bonheur soit sans nuages... et j'ai là.. . quelque chose qui m'oppresse.

JOSÉPHINE

C'est la fumée.

ANATOLE, d'aune voix sombre.

Non, c'est le remords.

JOSÉPHINE, se rapprochant vivement.

Le remords !... expliquez-vous, monsieur... je veux savoir...

ANATOLE

] Tu sauras tout, Fifine... Tu te rappelles notre dernière partie à Tivoli?

JOSÉPHINE

Avec Mahina et Gogo?.,.

ANATOLE

Justement, il y avait Gogo. .. avec le petit blond... son cousinj ^ des dimanches...

JOSÉPHINE, avec impatience.

• Après, après ?

ki^iktoLE, cherchant ce qu'il va dire.

Après la coniredause, elle a eu envie de se rafraîchir... e\ comme tu walsais avec le petit blond, je lui ai offert une gro seille framboisée... mais je ne sais pas comment cela s'est fait... a.u lieu d'aller au café, qui est adroite, nous avons donné à gauche... et nous nous sommes trouvés dans une allée sombre ei déserte.. ,

JOSÉPHINE, inquiète.

Ah ! mon Dieu !

ANATOLE

Accable-moi de reproches, Fifîne, prodigue-moi les noms lei plus désagréables!...

JOSÉPHINE, hors cf elle-même.

Mais qu'est-ce que vous avez donc fait, monsieur?...

ANATOLE

L'obscurité... les contredanses de monsieur Musard. .. le bombes du feu d'artifice, tout ça m'a porté à la tête, et, dans moi coupable délire... j'ai cueilli sur ses lèvres de rose...

JOSÉPHINE, vivement

N'achevez pas... infidèle 1... me tromper !. .. me trahir !.. c'est pour un pareil être que je perdrais ma jeunesse!. ..jamais!. (Elle s' élance vers la fenêtre à droite et brise un des carreaux, à part Ahî je respire!... il était temps.

ANATOLE, asfjirant l'air.

Dieu! que c'est bon! ( Haut, d'un air attristé). Ah! Fifine qu'as-tu fait ?

Taisez-vous, monsfi

Ain : Ah ! ù madame me voyail.

Un mot m'a rendu la raison.

ANATOLE, à part.

Comm* c'est heureux ! {haut) Veux-tu que j'recommence

JOSÉPHINE

^^"ï'^r* - A,, . ■ .-T.IOTAÏIA '

ANATOLE

J'(^n suis pour ma dépense

De désespoir et de' charbon ; ' '

Tout est flambé, désespoir et charbon,

JOSÉPHINE

J'allais pour toi perdre la vie, Et sans regiet j'ia voyais m'échapper : Mais c'est fini, grâce à ta perfidie !. . , ià part^avec joie) Qu'il a bien fait de me tromper !

Encore, sic^élait une jolie personne... maïs une grande perche^ jans grâce, sans tournure...

ANATOLE. '

Aussi, ça n'a été que l'erreur d'uq moment... Si je donnais un peu d'air?... (Il ouvre la fenêtre,) :

Pauvres créatures de femmes!... nous sacrifions tout à ces scélérats d'hommes... nous allons jusqu'au charbon, et là, nous apprenons !... [S' essuyant les yeux). Ahl bien , j'allais faire une jolie inconséquence.

ANATOLE

Et moi donc !... j'en ai la chair de poule.

JOSÉPHINE

Et.. . c'est drôle... de la tête ça m'est descendu dans Festomac.

ANATOLE

Comme moi... je sens des tiraillemens...

josÈpm^E, d'un air dcdaigneuitr • Vous avez faim ?...

ANATOLE

Ça y ressemble comme deux gouUcs d'eau - . el îoi ?

JOSÉPHINE

Ce n'est pas étonnant, je n'ai pas dëjeûné, ,

ANATOLE

As-tu quelque chose ici ?

JOSÉPHINE

Rien du tout.

ANATOLE

Pas les moindres pommes de terre frites ?

JOSÉPHINE

Rien... (Apercevant le panier de Grimaud ). Qu'est ce que je lis donc ? . .. un panier superbe! Eh ! oui, les provisions du mon» jieur de Rosalie.

ANATOLE, prenant le panier, A la Rosalie ?. . confisqué, et à table!

JOSÉPHINE, gaîment.

C'est un bon tour à leur jouer... (Ils se mettent à table , étalent es provisions entre eux et dévorent).

ANATOLE

Oh! quel pâté !, .. et un homard !

JOSÉPHINE

Un homard î... j'en suis toile... tu me donneras îa palîc.

ANATOLE. ■:,

^^.Géa4,i;çux jnqpijAuJ V. j«,S(m'à la sauce à la mou larde Est-ce piquant px)uc luit

ANATOLE. I

Dire que nous laissions tant de bonnes choses après nous!.. JOSÉPHINE, mangeant.

Vilain gourmand.

ÂI7AT0LE, de même, faisant partir une bouteille de Champagne. Ah I ben. .. lant pire !... ahais !... ahais !... paf. ■

JOSÉPHINE

Aia : Ronde des Montagnards (Araédée de Beauplan). Oui, la gaîté Pétille au fond de ce verre,

Et c'vin, j'espère»

Va nous rendre la ssBité.

Rions, Chantons, Plus de peine Soudaine; Ennui, Souci,

Ne peuv'nt m'atteindre ici.

ANATOLE, versant du Champagne.

Ce Champagne est idéal!

JOSÉPHINE, tendant son verre.

Fais donc mousser, je n'aime que ça.

Qu'on est bien là I Cette vie

Est si jolie! , Y a trop d'bonn's choses, oui-dà.

Pour la quitter déjà.

TOUS DEUX

Qu'on est bien là l etc

2» COUPLBT.

ANATOLE, s'animant.

Quels joli» yeux !

JOSÉPHINE

Comm' ton regard devient tendre !

ANATOLE

Laiss'-moi prendre Un baifier pour être heureux.

JOSÉPHINE

Comment? 1 Vraiment ?.. î Je n'sais guère Etr' sévère,

Et j'peux :

Bien mieux " T'en laisser prendre deux.

ANATOLE, l'embrassant.

Et même trois!

TOUS DEUX

Qu'on est bien là ! etc. |

[Onentend un grand bruit au- dehors et Grlmaud qui s"" écrie : Les ma heureux! sauyez-Ies de leur désespoirîLa porte céda sous les couf, redoublés, tout U monde se précipite en scène, en criant : Arrêtez !. lit restent Stupéfaits tn voyant Joséphine $t Anatole à table.)

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