‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 26 sur 211 · IT · texte numérisé non relu

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Les mêmes ^ excepté LESLIE et la suite. LE COMTE , regardant sortir Leslie, Voilà un gaillard que je ferai chasser de la garde e'cossaise à la première occasion.

BRESSILLE.

Il n'entend pas le service ?

LE COMTE

Au contraire... le drôle ne s'avise-t-il pas d'en conter à ma nièce... heureusement que je veille sur elle avec un soin tout particulier!., un petit aventurier qui n'a que sa plu me de coq à son bonnet... et qui ose pre'tendre à l'alliance du comte deDammartin, gouverneur du prince et de la Saintonge... sieur de Courbée, seigneur d'Avallon , maîtrequeux, ayant beuclie en cour!.. Pâques-Dieu! il répousera comme je danse... d'autant que je la desline à un mien cousin pour qui je vais demander une charge... parce qu'à la cour il faut toujours demander , ça entretient la main !.. {S'étendant dans son fauteuil, ) Or ça, messieurs, cejourd'hui 27 juin quatorze cent septante-quatre est un grand jour!., non parce qu'au 27 juin les jours sont naturellement assez grands par eux-mêmes , mais parce que c'est celui où le jeune duc passe des mains des femmes dans les nôtres, etquitte les jupes pour le haut-de-chausses !..

MOSTEWAC.

AîR : Vaudeville de la Somnariihule.

il était temps! d'un honteux esclavage Le jeune prince a dû sortir, enfin !

BUESSILLE.

ïl fallait bien, après le premier âge.

Qu'il s'affranchît du pouvoir féminin !... De ce pouvoir qui ramollit nos àraes ..

LE COMTE, souriant.

Qu'on doit pourtant traiter avec égard , Car, on ne sort des mains des femmes...

Que pour y revenir plus tard !

Chacun de nous y rentre un peu plus tard! {bis):

Or ça, messieurs , je veux que l'éducation que vous lui donnerez me fasse le plus grand honneur! j'assisterai à toutes les leçons.

MONTEJVAc, à part.

. Ca ne lui sera pas inutile à lui-même I

Vous, Montenac, son précepteur civil, vous lui apprendrez le latin, la théolojyie !.. Vous, chevalier de Bressiile, son précepteur militaire...

BRESSILLE.

Je lui enseignerai à manier ia lance , l'épée...

LE COMTE

Et à tuer son homme du premier coup... c'est sur vous qu'il étudiera. {Baissant la uoix.) Du reste, messieurs, la plus grande discrétion sur ses hautes destinées!..

BRESTLLE.

Mais pourquoi le roi ne veut-il donc pas qu'il sache qu'il est appelé à lui succéder?..

LE COMTE

Ah! pourquoi!, .d'abord!., il espère tonjours nous livrer un dauphin de sa façon!., ensuite, ça pourrait donner des idées au petit bonhomme... il voudrait mettre la main à la pâte!... l'important pour nous c'est de plaire au roi, et de ne pas déplaire àl'enfant..

TOUS DEUX

C'est évident !..

LE COMTE

Parce que, d'un côté , notre gracieux Louis XI est un bon père de famille, un homme charmant... mais qui a une ioule d'inventions à lui , des cages , des petites trapes, qui n ont rien par elles-mêmes de fort récréatif!., de l'autre ce petit bonhomme de prince, peut arriver !. dam!., non pas que je veuille insinuer que notre bon roi soit sur le point rie... oh! Dieu! notre bien-aimé Louis XI, {ai'cc force) il est impérissable... comme sa gloire... {Plus bas,) Mais, Bieu

peut nous faire la grâce.,, peut lui faire la grâce de l'appeler à lui, (l*un moment à l'autre. et alors , \q royal enfant... {Se reprenant)... hein ! Qu'est-ce que je dis donc , moi? royal enfant!., il n'en faudrait pas davantage pour me jeter dans la trape I ..

SGEHS T.

Les mêmes, ANNETTE , quia écouté à la porte depuis quelque

temps.

ANNETTE, accourant.

Mon oncle , mon oncle , l'avez- vous vu?

LE COMTE

Qui?

ANNETTE

Le prince.

LE COMTE

Nous attendons son réveil , ma bonne... il doit passer dans mes mains, et...

ANNETTE

Eh bien , il a passé derrière vous! il s'est sauvé!., il court les champs î

LE COMTE

Pas possible... je n'ai pas aperçu...

BRESSiLLE , i'ii'ement.

Je crois bien! vous renvoyez la seule sentinelle qui pouvait nous avertir...

Au fait... c'est une bêtise!., je réponds de l'enfant!., me voilà compromis!

ANNETTE

S'il s'égarait...

BRESILLE.

S'il lui arrivait quelque chose?..

MONTENAC.

Si le roi, dans sa promenade avec Tristan, le rencontrait tout seul!

LE COMTE , troublé.

J'en perdrai l'esprit. Tâchons de le retrouver.,. Allons^ allons... venez tous!., ma nièce, le plus grand silence.

TOUS

Air : Contredanse du Siège de Corinlhe.

{Avec adresse, avec prudence , i Visitons tout Fontainebleau...

Notre espiègle sera, je pense, Dans le parc ou dans le château.

LE COMTE, avec dépit.

Joli début! quand, d'une main habile, Je viens l'instruire et former sa raison !

Peine inutile ,

Maître docile, C'est moi , morbleu ! qui reçois la leçon.

Avec adresse, avec prudence ,

Visi^^'^^ tout Fontainebleau:

tez '

Notre espiègle, sera, je pense,

Dans le parc ou dans le château.

(Ils sortent avec empressement et de dilîérens cotés.)

ANNE T TE , seule, et a^'ancont un fauteuil.

Là I comme ça , au moins, ça ne nous regarde plus... c'est leur affaire!.. Mais, je vous le demande, ce petit prince... où a-t-il été courir? s'il avait dix-huit ans... je ne dis pas... on se douterait tout de suite...

LE DUC , se montrant sur la fenêtre de gauche. Bonjour , Annette.

AWNNETTE , effrayée ^ et le i^oyant qui rentre. Dieu me pardonne !.. c'est lui î il va se tuer!

ANNETTE , LE DUC D'ORLÉANS sautant de la fenêtre.

LE DUC , souriant.

Air : Avoir une belle toilette (G risette mariée).

Calme-toi, ma petite Annette, Le ciel veillait sur ton enfant !

Tu le vois , sa bonté secrète M'a sauvé de tout accident...

Par cette fenêtre discrète J'ai fait un voyage charmant.

La nuit sans corde et sans échelle, Et me glissant, je ne sais où...

Le long du mur, j'ai cru, ma belle, Bien souvent me casser le cou. . .

ANNETTE, tremblante et parlant. " '\

Coin ment?

LE DUC, lui prenant la main.

Calme-toi, ma petite Annette, Le ciel veillait, etc.

Puis à chaque ronde nouvelle, Aux qui 'và e? restant muet , J'ai vu plus d'une sentinelle Sur moi diriger son mousquet...

ANNETTE , se recriant.

O ciel !

LE DUC , l'embrassant.

Calme-toi , ma petite Annette, Le ciel veillait sur ton enfant 5 Tu le vois, sa bonté secrète M'a sauvé de tout accident l Par cette (enètre discrète J'ai fait un voyage charmant.

ANNETTE, d'iui ton de reproche.

C'est joli, monsieur! ou vous cherche partout!

LE DUC , riant.

Vraiment !..

ANNETTE , à la fenêtre de droite.

Voyez votre gouverneur... je vais le rappeler.

LE DUC

Non, non ; laisse/-lui prendre l'air , ça lui fera du bien. [Regardant.) Oh! comme il court mal! ça ne peut pas faire un bon gouverneur, ça!..

Enfin, d'où venez-vous?

LEDUC, mystérieusement.

D'un rendez-vous .secret î

ANNETTE

Ah! l'horreur!.. Qui a pu vous donner de pareilles idées, monsieur?

LE DUC, avec malice.

Une jeune per.sonne qui , pendant que je faisais semblant de dormir, eu accordait un , hier, à un petit archer!,.

ANKETTE, COllfuse.

Comment!, . {A part.) Ces aiaudits enfans , ça entend tout î

LE DUC , cTuTi air protecteur.

Il ne faut pas rougir, Annette, il est gentil, ton archer... tu as bon goiit ! [A^fec aplombs) Tel que tu me vois , j'ai été passer la nuit près de ma femme.

AINKETTE.

Madame Jeanne de France? la fille du roi?

LE DUC , grattement.

Agée de sept ans et demi! {Gafment. ) Nous avons ri.... nous avons fait des cliâteaux de cartes pendant que la vieille abbesse ronflait dans un coin !.. nous avons mangé des poupelins des confitures...

AKKETTE.

Et vous ne m'avez rien rapporté?

Si fait î un drageoir plein de pastilles.

AWWETTE , le prenante Merci , îiionseigneu)'.

LE DUC

Nous nons sommes amusés !.. ah I

Air : O lords heureux du Gange!

Nous contions des histoires !

ankette.

Vous contiez des histoires !

LE DUC

De spectres, de voleurs !

ANNETTR,

De spectres, de voleurs !

LE DUC

Des histoires bien noires!

ANNETTE

Des histoires bien noires l

LE DUC

Ça nous faisait des peurs !

ANNETTE

Ça vous faisait des peurs !

ENSEMBLE

Ah ! quelle nuit charmante, D'un si doux souvenir j L'image séduisante Est encore un plaisir.

r J DEUXIÈME COUPLET,

LE DUC

Puis il fallait voir comme...

AKNETTE.

Puis il fallaif, voir comme...

LE »uc.

En nous donnant la main...

AIVNETTE.

En vous donnant la main...

LE DUC

Nous avons, tout d'un somme...

ANNETTE

Yous avez, tout d'un somme...

LE DUC

Dormi jusqu'au matin l

ANNETTE

Dormi jusqu'au matin l

ENSEMBLE

Ah! quelle nuit charmante!

D'un si doux souvenir j L'image séduisante Est encore un plaisir.

ANNETTE

Par exemple !.. si le roi savait cette équipe'e...

LE DUC y fièrement.

Il n'oserait pas me punir! Vhéritier du trône!

ANNETTE , effrayée.

Comment, on vous a dit...

LE DUC

Non; mais j'ai surpris des regards , entendu des demimots ; et puis ce livre que j'ai escamoté chez la duchesse d'Alençon...

ANIÎETTE.

Quel livre ?

LE DUC , s' asseyant à gauche près de la table et feuilletant.

L'Histoire de France, par un Béne'dictin..,. sur parchemin !.. on dit que c'est là que je trouverai mon grand-père et mes droits au trône... Tiens, tiens! en voilà-t-il une ribambelle de rois !... Clotaire, Dagobert. . Ah! je le connais celui-là... il y a une chanson...

(Il chante entre ses dents.) Le grand saint Eloi Lui dit : O mon roi !

Votre Majesté...

Est tra la la lé.

AN NETTE , riant.

Si c'est là-dedans que vous étudiez l'iiistoire.. .

LE DUC , ini>ement et lisant.

Attends... branche des Valois I Jean ! Charles V.., deux fils... l'ainéf Charles VI... et le second , sous le nom de Louis d* Orléans... C'est lui, c*est mon aïeul! Et si mon cousin Louis XI n'a pas d'héritier mâle, c'est clair. {Se lei^ant. ) Me voilà roi de France !.. Roi de France , Annette !..

ANNETTE

A quoi cela vous servira-t-il ?

LE DUC

Mais d'abord à te marier à ton Écossais.

ANNETTÊ, ^wement.

Il serait possible !.. quoi! mon.seigneur !..

LE DUC

Ah! tu trouves donc que c'est bon à quelque chose? AîSJNfETTE , soupirant.

Vous ne réussirez pas!.. Mon oncle veut que j'épouse un de ses cousins pour qui il doit demander la charge de capi^ pitaine de la Prévôté.

LE DUC

Il ne l'aura pas ! Je vais cabaler contre mon gouverneur, ça m'amusera moi I et puis je ferai avoir une bonne place à Georges.... Sois tranquille , tu l'épouseras.... dussé-je attendre mon couronnement.

ANNETTE, timidement.

Oh ! monseigneur, si ça vous est égal, n'attendez pas!....

LE DUC

Diable! tu es pressée?., eh bien , j'en parlerai aujourd'hui même , à mon conseil.

ANNETTE , étonnée.

Votre conseil?

Oui î tous mes petits camarades... les fils des grands seigneurs... je leur ai fait dire de venir ici à l'heure où le roi tient son conseil, nous en ferons autant de notre côté , nous traiterons des affaires , nous parlerons politique ; nous nous amuserons bien.

ANNETTE

Mais à quoi bon?..

LE DUC

Pour apprendre mon état. {En confidence.) Voîs-tu, je ne suis pas content de mon beau-père; il aurait dû m'ensei-

gner les premiers élémens... à rendre nies sujets heureux ^ à m'en faire aimer, (^^cc malice, ) Il est vrai qu'il aurait eu cle Ja peiise î

AKîNfETTB, bas.

Prenez donc garde, lui qui écoute aux portes.

LE DUC , ai^ec feu.

Au lieu de me faire apprendre le latin , les belles lettres I vrai Dieu I c'est bien de cela qu'il s'agit !

Air : Pour le chercher j' arrive en. Allemagne

De m'illustrer, oui, mon âme est jalouse, D'un noble espoir je sens battre mon cœur j Peut-être un jour le nom de Louis douze,

Sera redit avec honneur .' Qu'a-t-on besoin de latin, de science... Ah ! sur ce trône où nos rois sont placés , Celui qui sait dans notre belle France , Aimer le peuple en sait toujours assez.

ANWETTE.

On vient.

LE DTJC , gaîment.

Ce sont mes amis?

ANNETTE, regardant au fond.

Non j ce sont vos précepteurs!

LE DUC , ai^ec humeur.

Au diable! j'ai bien le temps de prendre des leçons, et mon conseil donc, les affaires de TEtat avant tout!... je vais envoyer promener mes précepteurs ; toi , Annette, fais servir dans ma chambre une jolie collation... parce qu'après le conseil , mes ministres ne seront pas fâchés... Tu sais qu'ils aiment les tartelettes !

ANNEITE.

Mais, monseigneur!...

LE DUC , la poussant.

Je songerai à ton mariage, vas vite.

(Annette sort.)

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