COSSÉ
Quel roi nous est promis !
MONTMORENCY
Vos courtisans, j'espère , Par votre exemple instruits , Seront tous vos amis!
LA TBEMOUILLE.
Ils sauront vous défendre Aux jours d'adversité.
MONTMORENCY
Et vous feront entendre Toujours la vérité!...
LE DUC , parlant.
La vérité!..
(Reprenant l'air.)
Sur ma foi, {his^ Je suis plus heureux qu'un roi.
ENSEMBLE
Sur ma foi, {J)is) Je suis plus heureux qu'un roi l
Sur ma foi, {bis) Nous vous traitons mieux qu'un roi.
Les mêmes, ANNETTE , accourant.
AN NETTE , effrayée.
Ah ! mon Dieu !
TOCS , gaîment.
C'est Annette!
LE DUC , de même.
A qui j'ai promis une dot; ainsi, monsieur mon surintendant des finances, survies premiers fonds de notre épargne...
ANNETTE
Il est bien question de cela!., c'est fini, mon mariage est manqué... et vous êtes tous perdus !
TOUS
Comment ?
ANNETTE
Pendant que vous teniez conseil... le roi était là.
TOUS
Le roi ! . .
ANNETTE
Avec son compère Tristan...
MONTMORENCY
Oh! la là !.. moi qui ai blâmé sa politique !..
LA TÏIEMOUÏLLE.
Moi qui ai dit qu'il allait mourir!
Il était furieux ! Par Notre-Dame d'Embrun, s'écriait-il
en s'éloignant , des enfans , conspirer contre moi!... Pâques- Dieu /. . .
LE DUC
Mais qu'est-ce qui peut nous arriver?
MONTMORENCY
DamL.rexil!
LA TRÉMOUILLE
La prison !
CETABANNES^ à voix basse.
Peut-être même...
MONTMORENCY , bas aux autves .
Messieurs , il ne fait pas bon ici... Allons-nous-en. {S 'éloignant.) Sire ^ nous avons bien Thonneur...
LE DUC, troublé.
C'est ça , voilà déjà ma noblesse qui me plante là î
ANNETTE
Je vous conseille de laisser passer le premier moment ; nevous montrez pas... Ah! mon Dieu! j'entends quelqu'un..,
LE DUC , effrayé.
Messieurs, le conseil est levé.
On vient!..
TOUS
Sauve qui peut
(Le duc court s'enfermer dans sa chambre ; les autres se sauvent de divers côtés et entraînent Annette avec eux.)
LE COMTE DE DAMMARTIN, puis MONTENAC et BRÉSÎLLE.
LE COMTE , à lui-même.
Quel éve'nemeiît! quel événement! et qui , diable , aurait pu s'attendre...
BRESSILLE, arrivant d'un coté.
Impossible de trouver les deux genêts d'Espagne... MONTENAC , arrii^ant de l'autre côté.
■ Le prince se trompait , le cardinal ne pense pas à m'ôter ma place. {Haut. ) Eh bien! la leçon?...
LE COMTE
H y a bien d^auties histoires... imaginez-vous, messieurs, que je quitte le roi I il m'avait fait appeler...
MONTEKAC.
Pour VOUS accorder quelque faveur?...
LE COMTE
Du touti pour me laver la tête d'importance : je lui demandais une place pour mon élève, c'est-à-dire pour moi, vu qu'il doit me la passer de la main à la main ; il m'a reçu... ah!.. Il prétend que j'ai appris au jeune duc... je ne sais quelle affaire ! J'ai eu beau lui jurer que j'étais incapable de lui apprendre la moindre des choses , il m'a traité d'ignorant, d'imbécille; enfin, il paraît que les enfans ont fait quelque sottise énorme , car il veut que la même punition les frappe tous à la fois !
MONTENAC.
Une punition?., olil quelques pensums?
BUESSILLE.
La férule ?
LE COMTE
Mieux que ça... vous savez.... {Il fait le geste du fouet sur sa main. ) L'usage antique et solennel.
MONTEKAC.
Comment?., le...
LE COMTE
Dans toute sa pureté!..
BRESSILLE.
Et le jeune prince y est soumis aussi?
LE COMTE
Recommandé à nos soins particuliers !.... ça m'est bien douloureux; mais enfin, le roi a prononcé. Ses petits amis recevront la chose à domicile ; les pères et mères sont responsables.
BRESSILLE.
Un pareil traitement !..
MONTENAC.
A son âge !..
BRESSILLE.
Un prince du sang !..
LE COMTE
Mon Dieu , après ça, on s'en fait un monstre!., je vous
assure que ça a son bon côté ; moi , qui vous parle , je Tai reçu, je Tai reçu très-souvent... vous Tavez peut-être reçu
aussi et je vous assure que ça ne m'a pas fait de mal ; ça
m'a même fait grand bien... moralement parlant, car il y a toujours le premier moment.
BRESSILLE.
N'importe , c'est avilissant !
Air : Ce boudoir est mon Parnasse.
Cet arrêt est trop sévère, Le roi s'oublier ainsi!
LE COMTE
Non, il le corrige en père...
On n'est pas juste envers lui I îl a , ce bon Louis onze , Le cœur sur la main, mon cher.
BRESSILLE, k JUi-VOix.
Oui, mais c'est un cœur de bronze Avec une main de fer.
LE COMTE
Alors , il est heureux pour le petit prince que ce ne soit pas le roi qui administre lui-même.
MON TEK A c , baissant la uoix. Oui ; mais je plains celui qui s'en chargera. . .
LE COMTE
Pourquoi donc ?
MOKTEUAC.
Parbleu I l'héritier du trône...
BRESSILLE , de mênic.
Qui peut devenir roi d'un jour à l'autre... croyez-vous qu'il oublie l'insulte...
MOWTENAC.
Et la personne qui l'aura... insulté!..
LE COMTE , à part.
Diable !
BRESSILLE, baissant la uoix.
D'autant que notre bon Louis XI baisse prodigieusement.
MOJNTENAC , de même.
Et que peut-être... avant peu...
LE COMTE
Vous croyez? {A part.) Ah I mon Dieu ! ( Haut, ) Eh bien ! eh bien ! mon cher Montenac, ça ne doit pas empêcher un sujet fidèle comme vous de remplir son devoir.
MOJNTENAC , étoiiné.
Comment?
Oui , c'est dans vos attributions , ça vous regarde
comme précepteur civil...
MOMTEKAC, vif^emeiit.
Ce n'est pas civil du tout I un acte de violence,..
LE COMTE , regardant Brcssille. « Au fait, c'est peut-être plutôt du domaine du pre'cepteur militaire...
BRESSILLE, virement.
Non pas...
LE COMTE
Si... ça rentre tout-â-fait dans les exercices du corps!., et vous ne pouvez pas refuser...
BRESSILLE, vipcmcnt.
C'est civil !
LE COMTE, de même.
C'est militaire I
MOKTENAC, de même.
Permettez, messieurs, c'est de la haute police, et ça regarde le gouverneur en chef.
BRESSILLE, vù'ement.
C'est juste!., c'est juste !..
LE COMTE
Un moment, messieurs, un homme ayant bouche en cour ne peut pas s'abaisser...
MOINTEKAC.
Arrangez-vous , je m'en mêle pas.
BRESSILLE.
JNi moi.
LE COMTE, troublé.
Comment , vous abandonnez le roi?. . Malheureux Louis XI, infortuné monarque I., tu n'as donc plus un bras sur qui compter!..
MONTENAC.
AïR : Adieu donc, adieu madame (Seconde Année), Nous n'oserions pas, messire, Approcher tant monseigneur.
BRESSILLE, de même.
C'est à vous, je dois le dire.
Qu'est réservé cet honneur l
MONTENAC.
Qui terminera l'affaire ?
LE COMTE
Quoi ! vous flottez incertains?...
MONT.ENAC , s' inclinant .
Moi, je n'y saurais que faire.
BRESsiLLE, de même.
Je n'y puis prêter les mains I
ENSEMBLE
MONTENAG ET BRESSILLEc
Nous n'oserions pas, messire , etc.
LE COMTE, allant de l'un a Vautre.»
A mon ordre il faut souscrire, Venez près de monseigneur j C'est à vous, je dois le dire, Que j'accorde cet honneur.
(Montenac et Bressille sortent en le saluant.)
LE COMTE , seul
Ehl bien, ils sont charmans!.. et moi qui réponds de l'exécution sur ma tète ! Qu'est-ce qui dirait que c'est une affaire d'état de donner le fouet à un bambin !.. il est vrai que ce bambin portera la couronne^ et que... Ma position est affreuse!., si je le donne, moi-même, de ma personne , il est certain que ce petit bonhomme en s'asseyant sur le trône ^ ça lui fera penser naturellement... d'autant qu'il a la mémoire très-locale... et, je suis un bomme perdu!... d'un autre côté, si j'hésite... les oubliettes, les petites cages, les petites trapes du bon Louis XII , . le donnerai-je? ne le don~ nerai-]e pas?., je me trouve entre deux colères royales, dont la moindre est mortelle... [Comme frappé d'une idée. ^ Oh! quelle ide'e!.. qui m'empêche?..
LE COMTE, ANNETTE, arrwant doucement, de côté. ÂNNETTE , à part.
Je n'y tiens plus, il faut que je sache... {Le voyant.) C'est mon oncle...
LE COMTE, à lui-même.
C'est cela, il l'aura !.. il l'aura même bien conditionné,
pour que ça ne lui donne aucun soupçon.... mais il ne saura jamais par qui!., de cette manière, je satisfais au présent, et me garantis de l'avenir , j'évite la colère du vieux, la vengeance du jeune , et les reproches de la postérité !
ANMETTE, écoutant.
Que dit-il donc? ^
LE COMTE , se retournant.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est moi , mon oncle.
LE COMTE
Que viens-tu faire ici ? encore rôder pour parler à ton mauvais sujet d'Ecossais? mais j'ai la promesse de son capitaine, et, dès demain , embarqué!..
ANKETTE , à part.
Il ne manquait plus que ça! {haut.) Ah! je n'y pense pas , allez mon oncle, je ne songe qu'à notre pauvre petit prince!.. Le roi est donc bien en colère?
LE COMTE , faisant une ffrimace*
Oh!
ANNETTE
Qu'est-ce qu'on veut lui faire?
LE COMTE, de même.
Ah!
ANNETTE
Mettez-vous à sa place...
LE COMTE
Du tout il ne manquerait plus que ça !
ANNETTE
Mais...
LE COMTE
Chut!., ça s'arrangera!., pas un mot... que l'enfant se calme... se tranquillise... j'espère... je vais voir... enfin je vais m'occuper de lui avec toute l'affection que je lui porte. (A part.) Allons tout disposer .. et le plus grand mistère!.. il l'aura!., il l'aura même plus fort que je... {En sortant.) Que l'enfant se calme... qu'il se tranquillise!...
(II. sort.)
ANNETTE
Alîî mon Dieu ! . . mon oncle a une manière de me tranquilliser qui me fait mourir de peur ! '