‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 30 sur 211 · COSSÉ · texte numérisé non relu

COSSÉ

Quel roi nous est promis !

MONTMORENCY

Vos courtisans, j'espère , Par votre exemple instruits , Seront tous vos amis!

LA TBEMOUILLE.

Ils sauront vous défendre Aux jours d'adversité.

MONTMORENCY

Et vous feront entendre Toujours la vérité!...

LE DUC , parlant.

La vérité!..

(Reprenant l'air.)

Sur ma foi, {his^ Je suis plus heureux qu'un roi.

ENSEMBLE

Sur ma foi, {J)is) Je suis plus heureux qu'un roi l

Sur ma foi, {bis) Nous vous traitons mieux qu'un roi.

Les mêmes, ANNETTE , accourant.

AN NETTE , effrayée.

Ah ! mon Dieu !

TOCS , gaîment.

C'est Annette!

LE DUC , de même.

A qui j'ai promis une dot; ainsi, monsieur mon surintendant des finances, survies premiers fonds de notre épargne...

ANNETTE

Il est bien question de cela!., c'est fini, mon mariage est manqué... et vous êtes tous perdus !

TOUS

Comment ?

ANNETTE

Pendant que vous teniez conseil... le roi était là.

TOUS

Le roi ! . .

ANNETTE

Avec son compère Tristan...

MONTMORENCY

Oh! la là !.. moi qui ai blâmé sa politique !..

LA TÏIEMOUÏLLE.

Moi qui ai dit qu'il allait mourir!

Il était furieux ! Par Notre-Dame d'Embrun, s'écriait-il

en s'éloignant , des enfans , conspirer contre moi!... Pâques- Dieu /. . .

LE DUC

Mais qu'est-ce qui peut nous arriver?

MONTMORENCY

DamL.rexil!

LA TRÉMOUILLE

La prison !

CETABANNES^ à voix basse.

Peut-être même...

MONTMORENCY , bas aux autves .

Messieurs , il ne fait pas bon ici... Allons-nous-en. {S 'éloignant.) Sire ^ nous avons bien Thonneur...

LE DUC, troublé.

C'est ça , voilà déjà ma noblesse qui me plante là î

ANNETTE

Je vous conseille de laisser passer le premier moment ; nevous montrez pas... Ah! mon Dieu! j'entends quelqu'un..,

LE DUC , effrayé.

Messieurs, le conseil est levé.

On vient!..

TOUS

Sauve qui peut

(Le duc court s'enfermer dans sa chambre ; les autres se sauvent de divers côtés et entraînent Annette avec eux.)

LE COMTE DE DAMMARTIN, puis MONTENAC et BRÉSÎLLE.

LE COMTE , à lui-même.

Quel éve'nemeiît! quel événement! et qui , diable , aurait pu s'attendre...

BRESSILLE, arrivant d'un coté.

Impossible de trouver les deux genêts d'Espagne... MONTENAC , arrii^ant de l'autre côté.

■ Le prince se trompait , le cardinal ne pense pas à m'ôter ma place. {Haut. ) Eh bien! la leçon?...

LE COMTE

H y a bien d^auties histoires... imaginez-vous, messieurs, que je quitte le roi I il m'avait fait appeler...

MONTEKAC.

Pour VOUS accorder quelque faveur?...

LE COMTE

Du touti pour me laver la tête d'importance : je lui demandais une place pour mon élève, c'est-à-dire pour moi, vu qu'il doit me la passer de la main à la main ; il m'a reçu... ah!.. Il prétend que j'ai appris au jeune duc... je ne sais quelle affaire ! J'ai eu beau lui jurer que j'étais incapable de lui apprendre la moindre des choses , il m'a traité d'ignorant, d'imbécille; enfin, il paraît que les enfans ont fait quelque sottise énorme , car il veut que la même punition les frappe tous à la fois !

MONTENAC.

Une punition?., olil quelques pensums?

BUESSILLE.

La férule ?

LE COMTE

Mieux que ça... vous savez.... {Il fait le geste du fouet sur sa main. ) L'usage antique et solennel.

MONTEKAC.

Comment?., le...

LE COMTE

Dans toute sa pureté!..

BRESSILLE.

Et le jeune prince y est soumis aussi?

LE COMTE

Recommandé à nos soins particuliers !.... ça m'est bien douloureux; mais enfin, le roi a prononcé. Ses petits amis recevront la chose à domicile ; les pères et mères sont responsables.

BRESSILLE.

Un pareil traitement !..

MONTENAC.

A son âge !..

BRESSILLE.

Un prince du sang !..

LE COMTE

Mon Dieu , après ça, on s'en fait un monstre!., je vous

assure que ça a son bon côté ; moi , qui vous parle , je Tai reçu, je Tai reçu très-souvent... vous Tavez peut-être reçu

aussi et je vous assure que ça ne m'a pas fait de mal ; ça

m'a même fait grand bien... moralement parlant, car il y a toujours le premier moment.

BRESSILLE.

N'importe , c'est avilissant !

Air : Ce boudoir est mon Parnasse.

Cet arrêt est trop sévère, Le roi s'oublier ainsi!

LE COMTE

Non, il le corrige en père...

On n'est pas juste envers lui I îl a , ce bon Louis onze , Le cœur sur la main, mon cher.

BRESSILLE, k JUi-VOix.

Oui, mais c'est un cœur de bronze Avec une main de fer.

LE COMTE

Alors , il est heureux pour le petit prince que ce ne soit pas le roi qui administre lui-même.

MON TEK A c , baissant la uoix. Oui ; mais je plains celui qui s'en chargera. . .

LE COMTE

Pourquoi donc ?

MOKTEUAC.

Parbleu I l'héritier du trône...

BRESSILLE , de mênic.

Qui peut devenir roi d'un jour à l'autre... croyez-vous qu'il oublie l'insulte...

MOWTENAC.

Et la personne qui l'aura... insulté!..

LE COMTE , à part.

Diable !

BRESSILLE, baissant la uoix.

D'autant que notre bon Louis XI baisse prodigieusement.

MOJNTENAC , de même.

Et que peut-être... avant peu...

LE COMTE

Vous croyez? {A part.) Ah I mon Dieu ! ( Haut, ) Eh bien ! eh bien ! mon cher Montenac, ça ne doit pas empêcher un sujet fidèle comme vous de remplir son devoir.

MOJNTENAC , étoiiné.

Comment?

Oui , c'est dans vos attributions , ça vous regarde

comme précepteur civil...

MOMTEKAC, vif^emeiit.

Ce n'est pas civil du tout I un acte de violence,..

LE COMTE , regardant Brcssille. « Au fait, c'est peut-être plutôt du domaine du pre'cepteur militaire...

BRESSILLE, virement.

Non pas...

LE COMTE

Si... ça rentre tout-â-fait dans les exercices du corps!., et vous ne pouvez pas refuser...

BRESSILLE, vipcmcnt.

C'est civil !

LE COMTE, de même.

C'est militaire I

MOKTENAC, de même.

Permettez, messieurs, c'est de la haute police, et ça regarde le gouverneur en chef.

BRESSILLE, vù'ement.

C'est juste!., c'est juste !..

LE COMTE

Un moment, messieurs, un homme ayant bouche en cour ne peut pas s'abaisser...

MOINTEKAC.

Arrangez-vous , je m'en mêle pas.

BRESSILLE.

JNi moi.

LE COMTE, troublé.

Comment , vous abandonnez le roi?. . Malheureux Louis XI, infortuné monarque I., tu n'as donc plus un bras sur qui compter!..

MONTENAC.

AïR : Adieu donc, adieu madame (Seconde Année), Nous n'oserions pas, messire, Approcher tant monseigneur.

BRESSILLE, de même.

C'est à vous, je dois le dire.

Qu'est réservé cet honneur l

MONTENAC.

Qui terminera l'affaire ?

LE COMTE

Quoi ! vous flottez incertains?...

MONT.ENAC , s' inclinant .

Moi, je n'y saurais que faire.

BRESsiLLE, de même.

Je n'y puis prêter les mains I

ENSEMBLE

MONTENAG ET BRESSILLEc

Nous n'oserions pas, messire , etc.

LE COMTE, allant de l'un a Vautre.»

A mon ordre il faut souscrire, Venez près de monseigneur j C'est à vous, je dois le dire, Que j'accorde cet honneur.

(Montenac et Bressille sortent en le saluant.)

LE COMTE , seul

Ehl bien, ils sont charmans!.. et moi qui réponds de l'exécution sur ma tète ! Qu'est-ce qui dirait que c'est une affaire d'état de donner le fouet à un bambin !.. il est vrai que ce bambin portera la couronne^ et que... Ma position est affreuse!., si je le donne, moi-même, de ma personne , il est certain que ce petit bonhomme en s'asseyant sur le trône ^ ça lui fera penser naturellement... d'autant qu'il a la mémoire très-locale... et, je suis un bomme perdu!... d'un autre côté, si j'hésite... les oubliettes, les petites cages, les petites trapes du bon Louis XII , . le donnerai-je? ne le don~ nerai-]e pas?., je me trouve entre deux colères royales, dont la moindre est mortelle... [Comme frappé d'une idée. ^ Oh! quelle ide'e!.. qui m'empêche?..

LE COMTE, ANNETTE, arrwant doucement, de côté. ÂNNETTE , à part.

Je n'y tiens plus, il faut que je sache... {Le voyant.) C'est mon oncle...

LE COMTE, à lui-même.

C'est cela, il l'aura !.. il l'aura même bien conditionné,

pour que ça ne lui donne aucun soupçon.... mais il ne saura jamais par qui!., de cette manière, je satisfais au présent, et me garantis de l'avenir , j'évite la colère du vieux, la vengeance du jeune , et les reproches de la postérité !

ANMETTE, écoutant.

Que dit-il donc? ^

LE COMTE , se retournant.

Qu'est-ce que c'est ?

C'est moi , mon oncle.

LE COMTE

Que viens-tu faire ici ? encore rôder pour parler à ton mauvais sujet d'Ecossais? mais j'ai la promesse de son capitaine, et, dès demain , embarqué!..

ANKETTE , à part.

Il ne manquait plus que ça! {haut.) Ah! je n'y pense pas , allez mon oncle, je ne songe qu'à notre pauvre petit prince!.. Le roi est donc bien en colère?

LE COMTE , faisant une ffrimace*

Oh!

ANNETTE

Qu'est-ce qu'on veut lui faire?

LE COMTE, de même.

Ah!

ANNETTE

Mettez-vous à sa place...

LE COMTE

Du tout il ne manquerait plus que ça !

ANNETTE

Mais...

LE COMTE

Chut!., ça s'arrangera!., pas un mot... que l'enfant se calme... se tranquillise... j'espère... je vais voir... enfin je vais m'occuper de lui avec toute l'affection que je lui porte. (A part.) Allons tout disposer .. et le plus grand mistère!.. il l'aura!., il l'aura même plus fort que je... {En sortant.) Que l'enfant se calme... qu'il se tranquillise!...

(II. sort.)

ANNETTE

Alîî mon Dieu ! . . mon oncle a une manière de me tranquilliser qui me fait mourir de peur ! '

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