DORSAY , PROSPER
PROSPER , à part,
A celui-ci maintenant !.. {Haut.) Ce cher ami ! que j*aî de plaisir à le revoir !.. Avons-nous fait des farces ensemble !
DORSAY
Je venais...
PROSPER, l'interrompant.
Vous rappelez-vous... ce jour... dans votre atelier. . où nous avons pêche notre dîner... à l'hameçon, chez le rôtisseur en bas?
DORSAY
Oui... mais...
PROSPER , de même.
Et cette petite danseuse de la Porte-Saint-Martin dont j'étais fou? je voulais faire le prince russse.... vous avez fait mon cocher... avec un remise... Ah! je m'en souviens!.,, vous nous meniez joliment.
ik.iR : Ami, voici la sainte semaine.
Mais par maiheur la voiture lancée Trouve en voulant dépasser un goddem , Une boutique... elle fut enfoncée El je manquai d'avoir la côte idem.
On nous mena droit à la Préfecture, Et l'on nous mit dans un cachot moral Où je dormis fort bien, je vous l'assure , Quoique couché sur un procès- verbal...
CoHimc nous nous amusions!
DORSAY
C'est vrai... j'étais venu...
PROSPER
Asseyez-vous donc.
DORSAY
C'est inutile... je n'ai que deux mots à vous dire : j'étais venu réclamer ce que vous m'offrez précisément avec tant de grâce,..
(Il montre la lettre.)
PROSPER
Ah I oui , ces cinq cents francs
DORSAY
Cela se trouve d^autaut mieux, que dans ce moment j'ai grand besoin de cette somme... et puisque vous la tenez à ma disposition...
PROSPER , embarrassé.
Certainement... je la tenais! mais, voyez la fatalité... comme je venais de vous écrire, il m'est arrivé... on peut s'avouer cela entre jeunes gens... il m'est arrivé un mauvais plaisant qui voulait m'emmener à Sainte-Pélagie.
DORSAY
Un garde du commerce ?..
PROSPER
Quelque chose comme ça. Je n'ai pu m'en débarrasser qu'en lâchant vos cinq cents francs !.. mais avant huit jours, je tes remplacerai...
DORSAY
Huit jours!., il sera trop tard!..
PROSPER
Est'Ce que vous êtes aussi menacé de la prison?
DORSAY
Non , mais il est question de me marier...
PROSPER
Et l'échéance fatale est arrivée ?..
DORSAY , sans l'écouter.
Je tenais à me présenter sous un jour favorable... non que je veuille tromper personne... mais vous savez que la qualité de peintre est un épouvantail !..
Air : Je n'ai point vu ces bosquets de lauriers.
Car, en province il est eneor, je croi. Des gens imbus de préjugés gothiques, Pour qui ce litre, objet d'un saint effroi. Nous montre tons mal habillés, cliques ! Il semblerait, qu'aux peintres, réserré.
Un sort chétif est notre seul partage ;
Et que, maint exemple a prouvé, Qu'on n'a jamais un talent élevé...
{En souriant.)
Sans loger au sixième étage.
Je voulais les éblouir un peu. faire quelque dépense!., c'es malheureux pour moi, mais enfin n'en parlons plus.
PROSPER , Varrctant.
Un moment , un moment, mou cher Dorsay, je ne veux pas être cause... ( A part. ) Dieu I et mon oncle qui doit Je voir aujourd'hui l ( Haut. ) Vous ne devez pas souffrir des retards que j'éprouve... Je n'ai pas d'argent, c'est vrai, mais j'ai du crédit.., et je puis peut-être rn'acquitter en vous fournissant ce ^ue vous vou- Jiez acheter!
fil
DORSAY
Quelle idée l.
PROSPER
Qu'est-ce que ça vous fait, que je vous paie en argent ou autrement?.. Voyons, était-ce pour la corbeille? vous auriez tort... on n'en donne plus : c'est meilleur genre.
DORSAY
Non, je voulais quelques meubles...
Des meubles !.. hé, mon Dieul mon cher, prenez dans mon appartement tout ce qui pourra vous convenir, DORSAY, regardant.
Il n'y a rieni
PROSPER
Choisissez... que le propriétaire les retrouve chez vous ou chez moi , ça ne sort pas de la maison.
DORSAY
Je tenais surtout à avoir un domestique... une petite livrée; ça fait bien chez un garçon,
PROSPER
Une livrée ?. . attendez donc... j'en ai une charmante!., un reste de mon ancienne splendeur... je puis vous la céder. (// oiwre un tiroir et en tire une veste galonnée. ) Tenez , une veste de groom , véritable coupe anglaise !..
DORSAY , d'un air indécis.
Hum!
PROSPER
Ah ! c'est qu'il faut que ça soit porté pour bien juger. (// 6te son habit et met la veste.) Regardez-moi ça.
BOUS A.Y j riant. ■ o.- . .
Oui... mais ça ne me donne pas le domestique.
PROSPER
Ah!., le domestique !.. si j'avais encore le mien... Eh! mais...
DORSAY
De quoi riez-vous donc ?
PROSPER
D'une idée qui n'a pas le sens commun... c'est pour cela qu'elle me plaît... y a-t-il beaucoup d'ouvrage chez vous?..
DORSAY
Presque ïienl.. c'est plutôt pour l'apparence... deux ou trois heures , le matin...
PROSPER
On serait libre après ?
DORSAY
Tout-cVfait.
PROSPEK.
Il VOUS faut un garçon intelligent?
DORSAY
Honnête.
PROSPER
Eafia , ce que nous appelons un bon sujet...
DORSAY
C'est rare !..
PROSPER
Il y en a encore , et si vous voulez , je suis à vos ordres , moi I
DORSAY
Qu'est-ce que vous dites?
PROSPER
Que je vous demande la prél'érenee.
DORSAY
Vous ?
PROSPER
Moi!..
DORSAY
Quelle plaisanterie î
PROSPER
Je ne plaisante pas! ma livrée que je vous cède , deux heures de la matinée pendant trois mois, et nous sommes quittes.
DORSAY
Vous croyez que je consentirais !.. moi , voire ami !
PROSPER
C'est bien à cause de cela... je n'entrerais pas chez un autre!., et puis , par goiit^, je me sers toujours moi-même... un ami est un autre nous-même , c'est donc toujours moi que je sers, ça ne peut pas m'humilier!
DORSAY
Quelle folie!., je ne dois pas!..
PROSPER
Oui... mais moi, je dois... je dois !. . et vous ne pouvez me refuser.
DORSAY , riant.
Ah ! ah! ah I voilà bien l'idée la plus extravagante!
PROSPER , riant aussi.
N'est-ce pas?., il faut bien rire! et puis c'est entre nous, et quand ce ne serait que pour nous rappeler notre bon temps!
Air : Pour le chercher f arris^e en Allemagne.
Je vous eus bien jadis à mon service, Quand sur un siège et le fouet à la main , Enveloppé d'une large pelisse.
Vous me meniez, Je puis dire, grand train.
Chacun son tour 1 bien loin que je m'en pique. Ce souvenir devra nous rapprocher...
Et, quelquefois, le nouveau domestique Pourra trinquer avec l'ancien cocher.
ENSEMBLE, Oui, quelquefois, etc.
DORSAY
Quel original ! [à part.) Au fait! mon but serait leînpli, eî pourvu que l'on voie une livrée cliez iiioi... ceia donnera tout de suite une idée...
PROSPER
Seulement, si on vous demande si je vous dois encore quelque petite chose, je compte assez sur votre délicatesse...
DORSAY
C'est trop juste! Ahl ça, comment vous appelleral-je?...
PROSPER, ^aiment.
Comme vous voudrez... Dubois, Lafleur, Lapierre, Williams!., je répondrai à tous les noms qui vous passeront par la tête!., et, ne craignez pas de mebousculer, de medonner même quelques bourrades... c'est de l'emploi.
DORSAY , riant toujours.
A la bonne heure!., justement j'attends deux de mes élèves à déjeuner. {Souriant.) Allons, "Williams , allons, mon garçon , tu vas mettre le couvert chez moi î
PROSPER , ai'cc empressement.
Tout de suite monsieur. [Ouvrant une armoire.) J'ai là delà vaisselle... et je puis même , au besoin, vous faire une omelette !.. il faut savoir se retourner !..
ENSEMBLE
Air : De la disgrâce (Vieux Mavi).
Allons, courage.
Vite à l'ouvrage,
Ce badinage
Nous sert tous deux.
Allons, courage.
Vite à l'ouvrage.
Cet équipage
Me . ,
Sied au mseux.
Vous PROSPER , gaùnent.
C'est un vrai métier de chanoine !.. , Pour payer n'ayant, grâce au sort.
Que moi seul pour tout patrimoine.
Il faut bien me mettre en rapport !
ENSEMBLE
AlloTis, courage , etc.
(Dorsay sort en riant par la gauche.)