ERNEST , LE GRAND-DUC
LE GRAND-DUC , suii'ant des yeux Paolina. Enfin , nous sommes seuls.
Qu'avez- vous donc, monseigneur cette agitation...
LE GRAND-DUC
Ernest, vous devez croire que j'ai juré d'empêcher votre mariage... je m'y suis long-temps opposé dans votre intérêt, votre seul intérêt... d'autres idées... une alliance plus brillante!., et maintenant, c'est encore moi qui retarde le moment de cette union ; mais j'ai compté sur votre dévouement; car vous seul pouvez me tirer de l'embarras cruel dans lequel je me trouve.
ERNEST, vivement.
Parlez, mon prince... ma vie vous appartient.
LE GRAND-DUC
Plus bas! SI l'on nous entendait!
ERNEST
Qu'est-ce donc ?
LE GRAND DUC , ai^ec trouble.
Nous n'avons qu'un instant... je ne sais comment vous dire.,, mais vous me comprendrez... vous m'éviterez l'embarras d'un aveu !.. Yous le savez , Ernest ; il est des erreurs des fautes mêmes qui laissent des souvenirs bien chers , et qu'on n'a pas le courage d'anéantir... Marié depuis quinïîe
jours, à peine pre'venu du caractère inquiet et jaloux de Faolina, j'ai voulu lui dérober les traces d'un passé que les femmes pardonnent rarement , et qui m'enlèverait la tendresse de la mienne... et voilà qu'un hasard, un caprice imprévu a failli me perdre.
EBNEST.
Quoi !.. cette porte ?..
LE GEAND-DUC.
Cache un mystère qu'elle ne doit jamais pe'nétrer... et c'est sur vous que je compte , mon cher Ernest.
ERNEST-
Que faut-il faire ?.. parlez.
LE grAwd-duc.
Cette chasse n'était qu'un prétexte pour l'éloigner. Dès que vous la verrez monter en voiture , dès qu'elle sera partie, ainsi que moi... courez à mon cabinet ; ouvrez l'armoire secrète, dont voici la clef; et enlevez, du premier tiroir à gauche , tout ce qu'il renferme , en y substituant quelques papiers insignifians.
ERNEST
Je comprends.
LE GRAND-DUC, lui prenant la main.
Songez, Ernest , que vous tenez en vos mains le repos de ma vie , celui de ma femme... et que la moindre imprudence...
ERNEST
Soyez sans crainte , monseigneur.
LE grand-dtjc.
C'est bien. Je cours presser le moment du départ; car je tremble toujours que Paolina ne change d'idée... Adieu, Ernest.
Air : Il me faudra quitter Vempire.
Je vous impose un jbien ^ grand sacrifice ; On vous attend ; je ne puis l'oublier : Lorsque le prince exige un tel service , C'est votre ami qui veut vous le payer-H {bis.) Aussi , demain , quand vous devez vous rendre Auprès de moi. . n'allez pas vous hâter. [En souriant.)
Si quelque soin devait vous arrêter , - r
Je vous permets de me bien faire attendre ;
€'est le moyen je crois de m'acquitter. "i l ^ ?i
( Il lui serr^Ia main et sort. )
SOEJJE TI.
lERNEST, .mml.
Son ami ! quelle bonté' ! et quoiqu'il m'en coûte , combien je suis heureux de reconnaître les bienfaits dont il m'a «omble I {En souriant,) Mais voilà une confidence qui prouve que la baronne, ce matin, n*avait pas tout-à-fait tort... Pour le fond , son récit a plus d'un rapport avec ce que je viens d'entendre ; et quant aux détails , un aveu de souverain n'est jamais complet, même quand il est officiel... Que m'importe après tout ? pourvu qu'ils se dépêchent de partir , et que je puisse enfin rejoindre ma chère Emmelinei.. {Ecoutant.) Une voiture !.. (// court à la fenêtre.) C'est la calèche de la princesse... et elle ne paraît pas encore !.. Oh ! oui , une toilette négligée , ça demande tant de soin... N'importe, voici le moment! je ne quitte plus mon poste.
( Il s'avance jusques sur lté balcon de la fenêtre , et paraît tout occupé à regarder. )
CRETTLE, UN FACTIONNAIRE, EMMELINE , en toilette de mariée; FRIEDMAN, ERNEST, sur le balcon.
CRETTLE, au fond.
Par ici, monsieur Friedman ; je connais les êtres.
LE FACTlOîîNAlHË , se présentant.
On ne passe pas.
CRETTLE.
Bah! laissez donc... quand on a le mot d'ordre. Approchez , factionnaire.
(Elle lui parle à roreille.)
LE FACTIONNAIRE , se retirant.
C'est différent!
CRETTLE.
Hem! comme il m'obéit î
FRIEDMAN , paraissant avec Emmeline.
Ah! ça, passe-t-on , ou ne passe-t-on pas?., on n'a jamais vu faire venir les gens, pour leur fermer la porte... et si je n'avais pas été professeur de philosophie, je me mettrais dans une colère... Allons, avance donc, Emmeline,
puisque tu as voulu venir... car, moi, je connais les princes; et c'est pour cela que je ne voulais pas renouveler connaissance,
EMMELiNE , regardant autour (Telle,
Dieu! que c'est beau, mon père!., cet éclat, ces dorures!..
friedmAN , aifec dédain{\).
Oui , des dorures ; mais ici comme ailleurs , tout ce qui reluit n'est pas...
EMMELINE, à Cretth.
Et c'est la princesse qui t'a chargée de nous amener?
Elle veut vous voir : je vous présenterai... nous sommes très-bien... Ah! dame, c'est une princesse !.. elle n'est pas haute du tout celle-là... et puis comme M. Ernest est retenu par le grand-duc pour des affaires d'état...
FRIEDMAN , V apercevant.
Des affaires d'état!.. Oui , tenez, le voyez-vous... les bras croisés?., il regarde d'où vient le vent. Y oilà l'histoire de tous nos grands politiques.
ERNEST , se retirant de la fenûte.
Personne encore. {^Voyant Emmeline et Friedman.) Que vois-je?
EMMELINE
Ernest !
ERNEST (3,)
Yous ici, Emmeline I et monsieur Friedman î
FRIEDMAN.
C'est ce qui m'étonne le plus... et si je n'avais pas été professeur de philosophie , j'enverrais tout...
EMMELINE, tendrement.
Puisque vous ne venez pas près de ceux qui vous aiment, il faut bien que ce soient eux qui viennent près de vous.
ERNEST
Par quel hasard ?
(1) Ernest, Crettle, Emmeline, Friedman.
(2) Cretttle, Ernest, Emmeline , Friedman.
EMMELIHÈ.
Air nouveau (musique de M. Hormille).
Eh 1 quoi , tous ne devinez pas Que , dans ce palais , la princesse , Sensible au tourment qui m'oppresse , Ordonna de guider mes pas.
J'ai cédé sans trop de combats ; Je pourrais bien , fière et hautaine , Paraître , ici lorsqu'on m'amène , N'obéir qu'à ma souveraine; Mais , entre nous , je vous le dis , C'est à mon cœur que j'obéis.
CRETTLE.
Sommes- nous dociles!
EUNEST , /misant la main d'Emmeliàc.
Chère Emmelineî comme je prendrai ma revanche !.. Mais quel peut être le dessein de la princesse ?
FR1EDMA.N , ai>ec humeur.
Parbleu! faut-il le demander ?"Un caprice... bouleverser une noce , c'est si amusant !.. Ces Altesses sérétiissimes , il leur faut toujours des fantoccini vivans qu'elles puissent faire marcher à leur gré... mais si elle croit me mener comme une marionnette...
EMMELINE
Allons , allons , mon père , point d'humeur ; vous étiez si gai ce matin... vous aviez repris votre violon ; vous re-
Î)assiez les airs sur lesquels vous vouliez faire danser tout e village.
FRIEDMAN.
C'est pour cela que je suis furieux qu'on m'ait dérangé ; j'avais fait des frais ; j'avais mis une chanterelle neuve à mon Crémone... je jouissais d'avance du coup-d'œil...
CRETTLE.
Un coup-d'œil superbe , comme je disais à la princesse.
F R I E DM AN , impatieii té, A l'autre î sa princesse... il faut qu'elle la fourre partout.
ERNEST , qui a toujours les yeux sur la fenêtre. Chut! là voilà.
EMMELINE
Qui donc ?
ÏUNEST.
La princesse.
FRIEDMÀN , plus impatienté.
Encore! je n'en sortirai pas... Mais enfin, puisqu'elle est cuiieuse de nous voir, qu'elle se dépêche de venir. ERNEST, à la fenêtre.
Au contraire , elle part.
FRIEDMAN,
Hem ! qu'est-ce que vous dites?.. Elle part quand nous arrivons.
CRETTLE ET EMMELINE.
Pas possible î
ERNEST
Regardez plutôt, dans cette calèche une dame enveloppée dans son manteau , et le grand-duc, à cheval , en tête des chasseurs.
( Ils s'approchent tous de la fenêtre. )
EMMELINE
La voiture s'éloigne au galop.
CRETTLE , tristement.
Ah I mon Dieu I
FRIEDMAN, triomphant.
Eh bien! soînmes-nous marionnettes? (Il revient sur le devant de la scène. ) Ah î du mépris , des humiliations !.. j'en suï - enchanté! . ça vous apprendra... Mais puisque, grâce au ciel et à la malhonnêteté de Son Altesse , nous voilà libres, pai ins vite.
EMMELINE
Oh I de grand cœur ; n'est-ce pas , Ernest?
ERNEST , avec embarras.
Pardon .. je ne puis encore... je suis retenu pour une alFaire.
FRIEDMAN.
Une affaire d'état!., à une autre fenêtre!.- EMMELINE , ^un toTi de reproche.
Comment, Ernest, si peu d'empressement au moment de notre mariage ?
ERNEST
Ah! gardez-vous de penser... mais une mission importante , que je ne puis confier à personne,., et qui exige le plus grand soin.
EMMELINE
A la bonne heure ; mais dépêchez-vous.
ERNEST
Je ne vous demande que cinq minutes, et je vous suis... ( A part. ) Eii ! vite, profitons de l'absence de la duchesse. ( 11 va pour entrer par 1^ porte à gauche ; elle s'ouvre : Paolina en sort.
Les mêmes, PAOLîNA (i).
paolijva.
Me voilà !
ER1VEST, à part.
Ciel !
EMMELIWE.
Que vois-je?
CRETTLE.
Ma princesse!
FRIEDMAN , CL part.
Elle est déjà revenue !
PAOLINA, à Ernest, sans voir les autres personnages.
Qu'avez-vous donc , Ernest? votre stupéfaction... {Riant,) Ail! ah! ah! il me semble voir celle du grand-duc quand il découvrira... Ah! ah! ah! Devinez qui part à ma place? la baronne... elle se faisait toute petite pour mieux me ressembler, avec un de mes manteaux, et ce masque de velours -si commode... et mon pauvre mari, qui de loin la regardait si tendrement, qui lui faisait des signes... Ah ! ah! ah! j'en ris encore.
CRETTLE, riant.
Oh ! oh! c'est un tour î...
( La princesse se retourne ; Creîtle se relient. ) ERNEST , à part.
Dieu! dans quel embarras !..
PAOLINA , à Cretlle.
Déjà ici, petite!.. Ernest, votre fiancée... ( Ernest lui pré^ sente Emmeline.) Je la reconnais au portrait que vous m'en avez fait. {A Emmeline.) Venez, approchez donc.
(i) Croule, Emmeline, Ernest , Paolina, Friedman.
emAieline , s'avanraru timidement , et passant entre Ernest cî la princesse.
Madame !..
Air : Hahitans des bords de VAdour. (du Philtre.)
Pardonnez , ce n'est qu'en tremblant Qn'auprès de vous j'ose paraître 1 Bans nos \illages cependant , On vous aime sans vous connaître ; El moi , plus qu'un autre peut-être.
Car à votre appui bienveillant.
Je dois cet heureux mariage I D'un époux tendre et complaisant , Le ciel vous a fait le présent :
Et vous avez , à son image , Voulu m'en accorder autant.
Vous m'en accordez autant.
PAOLINA , à Ernest, en prenant la main d' Emmeline..
Elle est charmante I
FRIEDMAN , dans un coin^
Des complimens !.. c'est çaî.. monnaie de princes, pour être remboursée en flatteries.
PAOLINA, le remarquant.
Vous ne m'attendiez plus ; et je suis sûre que le grave philosophe qui boude là-bas dans son coin , m'accusait déjà de caprice.
FRIEDMAN, entre ses dents.
Hum î j'aurais eu tort...
PAOLIKA.
Pîaît-il?
(Mouvement de Friedman. ) EMMELINE, passant à la gauche de Friedman. Mon père L.
PAOLÎWA.
Oh I j'ai bien entendu.
rRlEDMAW.
Alors, pourquoi me faire répéter?
PAOLIWA.
Pour gronder à mon tour.
FlllEDMAN.
Si c'est pour ça... Enfin, madame, vous avez voulu voir des gens heureux , à cause de la rareté, ici... eh bien î regardez-nous et allons-nous-en.
PAOLiNA, souriant.
Oh î quel homme terrible I Vous avez donc une grande antipathie pour la cour?
FRTEOMAN.
Mais...
PAOLlNA.
Soyez franc.
FRIEDMAN, brusquement.
Eh bien! oui, madame.
PAOLINA, V imitant.
A la bonne heure... Eh bien ! moi aussi.
FRIEDMAN.
Par exemple !
PAOLINA
Je la déteste.
FRIEDMAN.
Et VOUS y êtes ?
PAOLINA
Qu'est-ce que cela dit?., est-ce que vous nV êtes pas aussi ?
FRIEDMAN.
Par hasard. ^
PAOLINA
Moi , par naissance... Fun vaut Vautre... ou pour mieux dire , l'une ne vaut pas plus que l'autre.
FRIEDM AN , étourdi.
Eh! mais , c'est un philosophe que cette petite femme-îà î
PAOLINA
Nous voilà d'accord pour commencer... et quand nous nous connaîtrons mieux...
Du tout, du tout! je ne reste pas ici... l'air n'y vaut rien pour moi ; et dès que M. Ernest aura terminé cette grande afï'aire.».
vkO\x^k^ à Ernest.
Quelle affaire?
ERNEST , embarrassé.
Moi? rien , madame... une bagatelle.
PAOLINA , à mi-voix.
Il ne s'agit pas de la porte secrète ?
ERNEST, virement.
ï)ii tout , madame.
PAOLïNA, bas.
Tant mieux ; car c'est pour cela aussi que je reviens... iî y a quelque chose... le trouble du grand-duc. Je vais la faire ouvrir devant moi. Vous m'accompagnerez, Ernest..» je veux que vous soyez présent.
ERKEST , à part
Ah î mon Dieu î
FRIEDMA.N.
Alors , si tout est fini , je réclame ma liberté.
PAOLINA
Un moment... et si je ne veux pas vous la rendre , moi ?
FRIEDMAN.
Si j'ai l'intention de faire votre conquête?
FRIEDMAK.
Hein ?
PAOLINA
De vous forcer à rester ici de vous-même j et sans contrainte ?
FRIEDMAN*
C'est un peu fort.
PAOLINA
Je n'ai qu'un mot à dire.
TOUS
Un mot !..
FRIEDMAN , at^ec ironie.
Je voudrais bien l'entendre,
CRETTLE.
Moi aussi.
PAOLINA
Oui, monsieur le boudeur, esprit rebelle et morose,, votre cœur n'a pas battu en me voyant?.. Rappelez-vous, il y a dix ans, la cour de Ferrare... le jeune prince auquel vous donniez des leçons et sa petite cousine , un enfant de huit ans, toujours sur vos pas à vous lutiner, à pousser votre archet , à retourner votre perruque , à vous faire mille tours qui vous ravissaient... car vous étiez fou d'elle, eomme elle de vous... et le jour où on s'aperçut de cette
familiarité, où on s'en formalisa, S'ous souvient-il comme elle pleurait à chaudes larmes , lorsque vous jurâtes avec colère de ne plus remettre les pieds dans le palais ?
FRIEDMAN.
S'il m'en souvient î.. c'est depuis ce temps-là que j'ai pris en haine. . .
PAOLTIîA.
Tous les princes, toutes les' princesses , soit... excepté elle... et elle est devant vous,
(Mouvement général.) FRIEDMAN.
Qu'entei)ds-je?.. il serait possible I.. le petit diable, comme je l'appelais... Âhl pardon.
PAOLINA , riant.
Ahî vous voyez bien que vous ne m'aviez pas oublie'e.
EMMELIWE.
Quoi , madame , c'est vous dont mon grand-père me parlait si sou ent ?
FRIEDMAN , hors de lui.
Tous oublier! vous si folle, si étourdie, si bonne!., estce que ça se pouvait?.. Ah! vous aviez raison , au diable la philosophie!., je reste , je ne m'en vais plus... faites de moi ce que vous voudrez...
EMMELINE, souriant.
Eh bien bon papa ?
FRIEDMAN , riant et essuyant ses larmes.
Eh bien ! oui, que veux-tu ?.. me voilà aussi dans les marionnettes ; mais ça me fait plaisir... je suis heureux... je risj, je pleure tout à la fois. {A Emmeliney et regardant Paolina.), Ah I c'est bien elle... ces petits traits!., ce regard spirituel! c'est que tu ne sais pas comme elle était gentille !.. et dire que j'étais cause qu'on la grondait!.. C'est vrai , il y a une fatalité qui s'attache à toutes mes affections.
Air de Te'niers.
D'un sort injuste, oui, j'ai droit de me plaindre ;
Car le malheur toujours me poursuivait.
Dès que j'aimais quelqu'un , je devais craindre. . .
Ceux que j'aimais le malheur les frappait.
Par ce détour il voulait , j'imagine ,
Plus sûrement arriver jusqu'à moi.
(^Prenant la main de sa yUle.)
Et bien souvent , ah l ma pauvre Emmeline, Cela m'a fait trembler pour toi.
(La serrant dans ses bras, et la montrant à Paolina.) C'est que c'est mon trésor , ma richesse... et si elle n'était pas heureuse, celle-là!...
PAOLINA
Eh hieni \oilà qui est convenu. Nous passons la journée ensemble comme de vieux amis.
FRIEDMAN , S* essuyant les yeux.
Oui, oui ; je ne vous quitte plus... vous et mon Emmeline.
Et la noce qui nous attend là-bas? ces bons paysans qui ont mis leurs plus beaux habits.
ERNEST , voulant éloigner Paolina.
Si Son Altesse y paraissait un moment ?
PAOLINA
Mieux que ça , si nous faisions venir la noce ici ? je leur livre le paie, je fais descendre des rafraîchissemens , un repas... je me mêle à leurs danses... Quel plaisir! une fête champêtre : c'était mon bonheur en Italie !
TOUS
A merveille !
FRIEDMAN , Vadmirant.
Impossible^de lui résister !
ERNEST , à part.
Dieu! comment obéir au grand-duc?
(II passe à la gauche d'Emmeline.) EMMELINE, inquiète.
Qu'avez-vous donc , Ernest ?
ERNEST , bas.
Au nom de notre amour, Emmeline , cherchez un moyen d'occuper la princesse pendant que je m'éloignerai un moment.
EMMELINE , êtonncc.
Pourquoi ?
ERNEST , las.
Il le faut ; il y va de mon honneur.
EMMELINE , bttS.
Ciel I et comment faire? ( Haut à Paolina^ en hésitant , et
ài^ec un air de gaité contrainte.) Madame , je vais être bien fièrc sans doute de vous voir prendre part à ma noce; mais danser dans notre village, c'est une grande att'aire... mon grand-père y a naturalisé les airs et les walses suisses; el quand Votre Altesse se trouvera au milieu de ces bonnes gens , je parierais qu'elle va gagner tous les cœurs et brouiller toutes les figures.
CRETTLE.
C'est possible , par exemple !...
PAOLINA
N'est-ce que cela?.. Tandis qu'Ernest enverra chercher notre monde , vous me donnerez une leçon , ma chère Emmeline.
EMMEI^INE.
Je n'osais vous le proposer.
FRIEDMAN.
C'est charmant ! Ah î si j'avais mon violon !
PAOLINA
Eh ! mais il doit y en avoir un dans la salle des gardes 5 car il y a un petit page qui m'ecorche les oreilles tous les matins.
CRETTLE.
Je cours le chercher.
PAOLiwA , à Ernest.
Vous, Ernest, faites ouvrir la petite porte du parc à ces bons paysans ; cela abrège le chemin de moitié.
ERNEST, s*inclinant.
Oui , madame.
EMMELiNE, bas à Ernest.
Est-ce bien.
ERNEST, las.
Vous êtes nn ange.
EMMELINE , bas.
Revenez bien vite.
ERNEST, lui baisant la main.
Sur-le-champ. {A part, en sortant.) Nous sommes sauve's!
FRIEDMAN, PAOLÎNA, EMMELINE.
pAolina , ai'ec gaîté.
Quelle journée délicieuse!., point de gêne, point d etiquette, je l'exige... ici, nous sommes tous princes.
FRiEDMAN , grai^ement.
Non 5 tous artistes.
PÀOLiPîA , souriant.
C'est la même chose. {Friedman laisse échapper un Hum ; hum ! et un geste dubitatif, Paolina continue en patelinant. ) Vous souvenez-vous de cet air qui nous faisait tant rire, quand vous accordiez votre violon?
FRIEDMAN.
Ail ! oui ; fron ! fron I fron !
PAOLINA, ai^ec un cri de joie.
C'est cela. {Essayant de chanter.) Fron I froni IVon î
FRIEDMAN , criant.
Du tout, du tout, ce n'est pas ça.
AîR : Des Villageois que f réueille (d'Adam).
Des chagrins de cette vie , Du sort qui me poursuivait.
Mieux que la philosophie , Mon archet me consolait.
[Crettle relaient, elle apporte un violon (jue Friedman prend.') Lui seul, en ami fidèle , Calme ma peine cruelle ; Aussi pleurs , souci , raison ,
Fron, fron, fron, zon.zon, zon.
Tout fuit au son de mon violon.
(Essayant d'accorder le violon, et faisant la grimace J Ah ! voilà un ami bien faux.
DEUXIÈME COUPLET
Dans mon long pèlerinage.
Je me suis vu bien souvent Posséder, pour tout bagage.
Des dettes, et point d'argent.
Mais quand le sort me talonne .
Qu'aussitôt l'archet résonne.
Pièces d'or , fille et garçon...
Fron, fron, fron, zon, zon, zon, Tout saute au son de mon violon.
(S 'accordant encore et parlant.) Ail î mon Dieul mais il n'a pas d'âme, ce mallieu: eux-ià !
(Paolina et Emmeline répétant le refrain avec Friedman.)
Fron. fron, fron, zon zon. zon.
Tout saute au son de son violon.
FRIEDMAN.
Est-il possible de jouer sur un pareil sabot .. avec des
oreilles et pas de colophane?.. C'est égal ; allons, Emmeline, puisque la princesse le désire , notre.lyrolienne.
EMMELINE
Je suis prête , bon papa.
CUETTLE.
Moi aussi.
FRIEDMAN, à CrettU.
Tu feras le public. {A Paolina qui se place.) Et vous. Altesse , tenons-nous droite, s'il vous plaît; ne perdons aucun de nos avantages. Et surtout, je vous le demande en grâce , quoique princesse, tâchons d'aller en mesure.
(Crettle est à droite du théâtre ; Paolina, au milieu suit les mouvemens d'Einmeline qui indique des passes, en chantant la tyrolienne suivante que Friedman accompagne.)
EMMELINE
Am : Ty rolienne de madame Mulibran.
N'entends-tu pas, aimable jouvencelle, Ce doux refrain qui vient de retentir?
IVentends-tu pas la valse qui t'appelle ? C'est le signal , c'est l'instant du plaisir. Tra la , la, la, tra la, la, la la, la.
DEUXIÈME COUPLET
L'hiver a fui de nos vertes montagnes , Et le soleil , par ses feux bienfaisaus , Rendant la vie à toutes nos campagnes , A ramené l'amour et le printemps.
Tra la, la, la, tra la, la, la, la, la.
(Elle valse avec Paolina. Au moment où Paolina reprend Emmeline et valse avec elle, les villageois et villageoises de la noce , que Crettle a appelés, sont entrés par le ( fond , et suivent avec admiration les mouvemens de
Paolina , en se faisant signe que c'est la princesse. Crettle et le chœur à demi-voix accompagnent la valse.)
CHOEUR ET CRETTLE.
Eh! quoi vraiment , eh ! quoi , c'est Son Alîpsse Qui daigne ainsi se mêler à nos jeux !.. Que d' légér'té I... très-bien pour un' princesse ^ Nos paysann's ne danseraient pas mieux.
sc^Birs z.
Les mêmes , Villageois et Yillageoises.
TOUS , applaudissant.
Bravo I
PAOLINA , les apercevant et riant.
Ah I quelle trahison l
FR1EDMAN.
Pas mal, pas mal... Son Altesse est digne de danser avec nous.
PAOLINA , aifcc bonté.
Ah! ça, tout le monde est réuni... partons pour la noce.
CRETTLE.
Et le marié?
FRIEDMAN.
Ernest?..
PAOLIKA.
Ahî c'est vrai, qu'est donc devenu le marié !