‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 60 sur 211 · CRETTLE , PAOLINA, LA BARONNE , ERNEST · texte numérisé non relu

CRETTLE , PAOLINA, LA BARONNE , ERNEST

CRETTLE, entrant parle fond.

Ahî ce n'est pas sans peine ! {A Paolina.) Bien des remercîmens, madame, de votre honnêteté. {Regardant.) Voilà donc ce que c'est qu'un palais ! il y a du local tout de même , et un beau local.

PAOLiwA , souriant, "Vous vous y perdiez, je crois ?...

CRETTLE.

Ma foi, oui j sans un militaire qui m'a montre' le chemin... un bel homme!., des moustaches superbes!., et malgré ça , pas plus fier que vous. Sa galanterie m'a rappelé un amoureux que j'ai dû épouser... un hussard de la Mort , qui était d'une gentillesse

LE BARONNE, ôas à Emest.

Miséricorde I entendre de pareilles choses !

ERPiEST, à part.

J'ai beau lui faire signe , elle ne me voit pas.

Ahl ça, ma petite dame, il paraît que vous êtes de la maison ?

PAOLINA

Oui, je suis de la maison. ..

CRETTLE.

Voulez-V^ous me rendre un service... sans façon?

PAOLINA

Volontiers. Lequel ?

CRETTLE.

M'indiquer où est la personne que je cherche.

PAOLINA

Le grand-duc , saijs doute ?

CRETTLE.

Oh! cette idée!.. Moi, une petite paysanne , je viendrais trouver de but en blanc un homme que je ne connais pas... et mon souverain légitime encore !.. Sans compter qu'il a une réputation... un peu... hum!..

PAOLINA , n^ement^

Plaît-il?

ERNEST

Maladroite ! . . ( Toussant.) Hum ! î^um i

CRETTLE.

Eh pardine I celui à qui je veux parler... {désignant Ernest. ) le v'Ià...

Ernest.

CRETTLE.

Oui, M. Ernest, que je viens chercher pour le mariage ; car ce n'est pas poli de faire attendre toute une noce.

LA BARONNE

Le mariage!.. Est-ce que cette petite serait?...

ERNEST, passant auprès de Paolina.

Une excellente fille attachée au service de ma future.

CRETTLE.

Et très-attachée même. Quand j'ai vu que l'heure se passait , que M. Friedman se mettait à faire des discours sur la patience , ce qui lui arrive toujours quand il est au moment de la perdre ; et que mademoiselle Emmeline , sans se plaindre, essuyait ses larmes en cachette...

ERNEST

Qu'entends-je ? est-il possible?..

CRETTLE.

Je me suis dit : Crettle , il ne s'agit pas de te me'nager pour la danse de ce soir ; il faut courir jusqu'à la résidence avertir M. Ernest. Sitôt dit, sitôt fait. Une demi-lieue en un quart-d'heure... aussi, je n'en peux plus... Tant pis pour ceux qui m'inviteront aujourd'hui... je ferai des désespoir; c'est sûr!..

PAOLINA , à Ernest.

Comment, votre fiance'e se désole , et vous êtes là tranquille ?

ERWEST.

Que voulez-vous, princesse? les ordres que j'ai reçus...

CRETTI s.

Princesse!.. Dieu! Comment, madame, vous seriez?..

ERWEST.

Son Altesse , votre grande-duchesse.

CRETTLE , à part, La grande-duchesse... cette petite làî pas possible... je causais avec une souveraine.

PAOLINA

Ernest , vous souffrez ; le grand-duc vous fait attendre , moi aussi... c'est du despostisme ; je neveux pas qu'il s'y accoutume... Aussi, je vous propose une petite insurrection.

ERIVEST.

Comment?

PAOLINA

Partez; allez rejoindre votre Emmeline.,, je me charge de vous excuser.

LA BARONNE

Y pensez-vous , madame ?

PAOLINA , avec impatience.

Ah ! vous allez encore me parler d'étiquette, quand il est question de bonheur.

CRETTLE.

C'est bien plus pressé. l

Mais mon devoir...

PAOLINA

Est de m'obcir.

ERNEST

Et le prince ?

PAOLINA

Je l'appaiserai.

Air de la walse de Robin des Bots.

Allez , partez ; s'il vous réclame.

Je m'expose seule au danger.

Il faudra qu'il cède à sa femme ; Soyez heureux pour m'obliger.

ERNEST , ai>ec transport.

Que de bonté ! jamais personne Eut-il un cœur si généreux ?

PAOLiNA , riant.

Oui, n'est-ce pas?., je suis bisn bonne : Car vous êtes bien amoureux.

/ PAOLlNA.

Oui , si le grand-duc vous rédame.

Je m'expose seule au danger.

Il faudra qu'il cède à sa femme ; Soyez heureux pour m'obliger.

i ERNEST.

J'accepte et m'éloigne, madame.

A rien je ne veux plus songer ; Car toujours le bonheur réclame Ceux que vous daignez protéger.

LA BARONNE

C'en est fait, une obscure femme , Pour jamais va donc l'engager 5, Lorsqu'à plus d'une grande dame En ces lieux il pourrait songer.

CRETTLE, à Ernest.

Revenez près de votre femme , Ne la laissez plus s'affliger ; Car , si vous tardez , sur mon âme , La noce en deuil va se changer.

^SSIHS ÏT.

Les mêmes, LE GRAND-DUC, paraissant,,

LE GRAND-DUC

Eli bien ! Ernest , où courez-vous donc ?

ERNEST, confus.

Monseigneur !..

CRETTLE.

Le grand-duc, à cette heure !.. voilà que je fréquente tous les princes.

pAolina, courant au grand-duc{\).

Ah! mon ami, c'est moi... je vous expliquerai... Enfin, vous voilà! Eh bien! cette clef?.. Tavez-vous ?.. me Fapportez-vous ?

LE GHAWD-DTJC, ai^ec embarras.

Cette clef... oui^ je l'ai fait chercher. { J^oulant détourner la €orwersatîon,) Et votre santé , chère amie? je n'ai pas besoin de vous le demander... ce regard vif...

Vous vous trompez, je sui? malade... très-malade... d'impatience... cette porte... ce mystère...

LE GRAND-DUC, s'efforçant de sourire.

Ace point-là! j'en suis désolé ; car j'ignore ce que cette clef peut être devenue.

PAolina.

Vraiment î oh ! alors , il ne faut pas vous tourmenter , mon ami ; je m'en vais dire qu'on fasse sauter la serrure. LE GRAND-DUC , f^îç^ement.

Gardez-vous-en bien.

PAOLINA, étonnée.

Pourquoi donc?

LE GRAND-DUC, se remettant.

C'est si peu important; elle se retrouvera demain... aprèsdemain.

PAOLINA

Après-demain! je n'irai jamais jusque-là; je me connais... et je ne vous quitte pas que cette porte mystérieuse ne soit ouverte devant moi.

CRETTLE.

Yoilà une femme qui a de la suite dans les idées! LE GRAND-DUC , à part.

Comment faire? {Haut. ) Eh bien! oui , moi-même je suis curieux de savoir.... mais pas avant une partie de chasse que je viens de commander, et à laquelle je vous emmène.

(i) Cretlle , Ernest , le grand-duc , Paolina , la baronne.

PAOLINA

Moi?

LE GRAND-DUC, tti^cc tendresse.

Je ne vous ai pas vue d'aujourd'hui. Allons, chère amie, soyez bonne, complaisante... comme à votre ordinaire... Vite à votre toilette , et ne me faites pas attendre trop long-temps.

PÂOLIWA.

Vous n'aimez pas à attendre, et vous laissez ce pauvre Ernest se morfondre... moi-même je l'oubliais. Ah! mor. Dieu, que c'est affreux d'être égoïste!.. {Ai^ec bonté.) Mon ami il se marie aujourd'hui : donnez-lui bien vite sa liberté.

ERNEST, timidement.

En effet, si j'osais supplier Son Altesse...

LE GRAND-DUC

Comment donc! avec plaisir, mon cher Ernest... Mais des affaires d'état... et dans quelques heures...

CRETTLE, à part.

Quelques heures... Ah benî nous n'irons jamais jusquesîà non plus.

pAolinA , à demi'i^oix et af^ec grâce.

Mon ami, ayez de la mémoire... le jour de votre mariage , si on était venu vous parler d'affaires d'état , vous les auriez bien reçues ? ^

LE GRAND-DUC , toujours at^cc embarras.

Sans doute ; mais il s'agit d'un travail que je ne puis confier qu'à lui seul. {Jetant un regard sur Ernest.) Et quand Ernest saura combieii la chose est importante pour moi.,.

Ah! monseigneur! n'ajoutez pas un mot... après tout ce que je vous dois....

LE GRAND-DUC , luî serrant la main.

J'en étais sûr ( A Paolina. ) Je vais lui donner ses instructions. Yous, ma chère, à votre toilette.

PAOLINA , à part.

C'est singulier!., ce trouble!.. (Haut.) Soit; puisque, quoique princesse , je dois l'exemple de la soumission.

CRETTLE, bas à Ernest.

Comment , voilà ce que c'est qu'une insurrection?..

PAOLÎÎîA.

Du courage, Ernest. Suivez- moi ^ baronne. {A pari,) J'ai un projet... {Haut à Crettle. J Tous aussi, mon enfant ; j'ai une commission à vous donner. fAu grand-duc.) Adieu, mon ami.

CRETTLE.

A votre service, princesse. {Paolina sort par le fond à gauche. Crettle s'arretant après Paolina pour laisser passer la baronne, ) Sans façon , madame.

LA BARONNE , d'un air dédaigneux.

Passez, passez, petite fille... je suis de la cour.

(Crettle sort : la baronne sort après elle.)

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