FIN DU PREMIER ACTE
Le thëâtre représente une partie de l'habitation de Friedman. A gauche de l'acteur, l'entrée delà maison. A partir du troisième plan , îe théâtre est fermé par une haie vive, avec une barrière au milieu qui indique l'entrée du jardin. A droite, un bouquet d'arbustes formant berceau. Au fond, une campagne agréable.
- EMMELINE , GRETTLE , FMEDMAN.
(Au lever du rideau, Friedman est assis devant sa maison, avec un livre sur lequel il a les yeux fixés sans pouvoir lire. Emmeline, pâle el parée comme au premier acte , est assise de l'autre côté. Grettle , près de la barrière , écoute une musique éloignée, qui indique une danse de village accompagnée de chant.)
CHœtR 5 éloigné.
Air : Enfin , c'est à mon tcur (du Philtre).
Ah! quel plaisir! ah! quel bonheur!
Amis, chantons tous de bon cœur
EMMELIME,
Je sens couler mes pleurs Au refrain si joyeux de leur danse ;
Le plaisir anime leurs cœurs ,
Et redouble encor mes douleurs.
Désormais , je n'ai plus l'espérance
De voir se calmer mes douleurs.
{^Regardant Friedman.)
Mais il faut cacher ma tristesse ,
Sans me plaindre sachons souffrir.
Hélas ! puis-je en être maîtresse ,
Quand au plus léger souvenir, Je sens couler mes pleurs.
Le refrain si joyeux de leur danse ,
Qui vient enivrer tous les cœurs.
Redouble encore mes douleurs.
Désormais je n'ai plas l'espérance
De voir se calmer mes douleurs.
ENSEMBLE, CRBTiLE , écoutant la danse.
L'écho redit la contredanse , Ces sons joyeux brisent mon cœur; Je suis bien sûr' que mon absence Va désoler plus d'un danseur.
CHOKUR , très-éloign(f.
Chantons, amis, et qu'à la danse, Gliacun se livre de bon oœur; C'est le plaisir de rinnocence , C'est rima{];e du vrai bonheur.
(La musiquç. s'éloigne et cesse peu à peu.) CRETTLE , écoutant encore.
C'est ça... on danse là-bas et on pleure ici. Ces pauvres gens ont voulu utiliser leurs beaux habits... Aussi, je vous demande, a-t-on jamais vu une noce finir ainsi? (<y'fi/>yorochant.) Mamzelle Eiiîmeline... monsieur Friedman... personne!... Depuis une heure que nous sommes revenus à la métairie , toujours là , immobiles , sans dire un mot... ils se rendront malades. {Â Emmeline,) Mamzelle...
EMMELINE, tressaillant.
C'est toi , Crettle I
CRETTLE , montrant la maison.
Si vous rentriez vous reposer un moment?
EMMELTNE.
Non ; quand mon grand-père quittera sa lecture, ne fautil pas que je sois là pour le consoler ?.. {Friedman lève les yeux sur elle et se détourne brusquement. ) Mais qu'a-t-il donc?
CRETTLE.
Peut-être ce bouquet...
EMMELIWE, mvement.
Je l'ai encore!.. {Elle Vote.) Ah î tu as raison; cache tout cela... que rien ne puisse lui rappeler. ..
FRIEDMAN , se lei'ant et posant son lit^re sur la chaise. Ce livre n'a pas le sens commun; il répète toujours la même chose.
CRETTLE , à part.
Je crois bien , il n'a pas tourné la page.
FRIEDMAN, la rencontrant sur ses pas.
Qu'est-ce que tu fais là?
CRETTLE.
Monsieur...
FRIEDMAN, a(^ec colère.
[ Ya»t-en.
CRETTLE , à part.
Y'ià qu'il s'emporte ! allons , il y a un peu de mieux. {En sortant.) C'est égal, c'est toujours bien dur de quitter une parure de noce sans qu'elle ait servi.
(Elle rentre dans la maison.)
sa»B3J3 II. -
EMMELINE ^ FRIEDMAN.
(Friednian se promène à grands pas, et s'arrête tout-à-coup près d'Emmeîine qw'il regarde avec attendrissement.)
FRIEDMAN.
Pauvre enfant ! Je te le disais bien ce matin... Je t'aimais trop pour que le malheur t'épargnât.
EMMELINE
Ail! mon père !..
FRIEDMAN , très^agkè.
Tu es étonnée de mon calme I... moi aussi. Après tout, à ^uoi servirait la philosophie?... je me suis ditî Je veux être impassible; je le suis : Avoir du sang-froid; j'en ai. {Ai^ec explosion. ) Mais ce malheureux Ernest , après un pareil aftront ! . .
EMMELINE
Mon père , vous m'avez promis...
FRIBDMAN,
Sois tranquille; c'est le premier moment. Tu Taimois tant que j'ai bien été forcé de rsimer aussi. Alors, ça donne plus de mal; mais ça se passe... {A^ec irj^uiétude.) Toi aussi, n'est-ce pas , mon enfant, tu n'y penses plus?
EMMELINE , secouant la tete.
Si, mon père.
FRIEDMAN.
Oui... encore de temps en temps ; je conçois... l'indignation.'., mais au moins tu ne l'aimes plus? [Silence.) Heim? EMMELINTS, timidement.
Je le voudrais; mais malgré son abandon, son injustice... Ne me grondez pas , mon pèi^e , mais...
FRIEDMAN , amèrement.
J'entends ; me voilà obligé de le détester pour deux. Ca, je m'en acquitterai en conscience; [reprenant sa colère) car ne crois pas que je le regrette. Il était de la cour, de cette cour qui ne compte que des ingrats , des indifférens... Cette petite princesse elle-même, que j'avais été si heuteux de revoir , qui semblait si bonne , si dévouée î dès que le bonheur nous a tourné le dos , n'a-t-elle pas fait comme lui ? Disparue... sans nous adresser un seul mot d'intérêt, de consolation.
Air : Vaudeville de VJîommc verL
Fiez-vous donc à l'apparence .
Cherchez IVimitié dans les cours ; Et placez votre confiance Dans les princes, dans leurs discours.
On a beau les porter aux nues ; Ils sont sous les plus nobles traits , Le contraire de leurs statues :
Grands de loin, et petits de près.
{D'une voix émue^) Eii bien I tant mieux ; (ju'ils nous laissent, «[u'iis nous oublient tous ; je suis enchante quepa soit rompu: tu me resteras , à moi, à moi tout seul! tu en seras plus
heureuse... moi aussi; et {La prenant dans ses bras et
fondant en larmes.) Kh\ lija paavre enfant! nous ne nous re- Itîverons ni l'un ni l'aiUre!
Les MEMES , CRETTLE.
CRETTLE.
Monsieur , monsieur î
FRIEDMAN.
Qil'est-ce que c'est ?
CRETTLE.
Vous n'avez pas entendu une voiture?
EMMELiKE, émue.
Si c'était \m ?
FPviEDMAN , avec espoir et colère.
Monsieur Ernest... je voudrais bien voir!.. Du tout, c'est M. Mulîer, notre bon vieux oasteur, qui a dû lui parler , et savoir la cause. ..
Mieux que ça; gage que c'est... ma petite princesse.
FRIEDMAW.
Allons donc, ta princesse I
CRETTLE.
Puisque j'ai reconnu ses chevaux. {Montrant de coté à adroite.) Et tenez , la voyez-vous, elle-même , qui accourt ,avec sa pigrièche de dame d'honneur, qui a toujours un air... je n' sais pas pourquoi ; car, après tout , je suis la dame d'honneur de maaizelle , moi.
EMMELIWE.
Il serait possible I ia princesse !..
FRIEDMÂW , regardant a)crs la droite.
Oui, c'est e!ie... elle me soiiiiî. ; elle me fait si^^ne... Ah ! sa vue m'ôte uu poids... ça fait lavit de tuai de îiair ceux qu'on aime I
Les mêmes, PAOLINA, LA BARONNE, deux jockeys, qui restent au fond.
PAOLINA , à la cantonnade , parlant à ses gens. Oui , je reste ici toute la journée ; prévenez-en le grandduc; car, dans mon impatience, je u'ai pas eu le temps de... ( S'a^ançant i^ers Friedman et Emmeline. ) Ali ! mes amis , vous vodà !..
(Elle leur tend la main à chacun.) EMMELINE (l),
Madame , quelle bonté I
(Ils se rapprochent tous trois.) FRIEDMAM.
Je ne vous remercie pas; mais je vous félicite; je suis heureux... J'avoue que je craignais,., je ne m^attendais plus...
PAOLINA
Parce que je ne suis pas restée à me désoler avec vous , vous avez cru que je vous abandonnais?.. Ah! philosophe I
Air : âHAristippe.
Vous m'accusiez d'un oubli condamnable ; Vous m'accusiez... je le vois dans vos yeux! Mais des amis que le destin accable ,
M'en sont plus chers, et j'aime mieux Les secourir que me plaindre avec eux.
Sur un malheur , pourquoi gémir d'avance ?
Le temps qu'on passe à le pleurer
Est bien mieux employé , je pense , ^
A tâcher de le réparer.
FRIEDMAN.
Ah I vous êtes un ange I
(i) La baronne;, Emmeîine, Paolina, Friedman, Oreille.
EMMELIJJE.
Vous VOUS êtes occupée de nous?
PAOLINA
Je n'ai pensé qu'à cela.., j'en oublie tout le reste... même ma porte secrète... car j'en suis sûre , ( regardant Emmeliné) il y a quelqu'un ici qui a bien pleuré.
Mais , dam I..
PAOLIFA.
Heureusement, je me disais : Il y a près d'elle un sajje toujours maître de lui , qui la calmera...
CBETTLE , à part.
S'il avait pu se calmer iui-mème !
PAOLINA
Qui lui donnera du courage I
FRïEDMAN;, auec bonhomie.
Oui, nous étions là à pleurer ensemble. {A Paolina.) Mais,, parlez, je vous en conjure : quelles nouvelles?
EMMELINE , auec empressement.
Vous avez vu Ernest ?
PAOLINA
Non. Il avait déjà disparu du château , et au moment où j'allais le faire chercher, mon mari , que j'avais oublié, et qui s'était aperçu pendant la chasse de la substitution , revenait à toute bride. Il était d'une hunseur, d'une agitaîation... Il avait raison , c'est vrai ; j'avais eu tort ; mais je
me suis bien gardée d'en convenir il s'y habituerait.
Aussi, au lieu de me justiûer, j'ai parlé plus haut que lui , je l'ai embrassé, je l'ai grondé, surtout d'avoir un secrétaire aussi fantasque; je lui ai porté plainte contre monsieur Ernest, et sa conduite révoltante... mon mari est indigné comme moi ; il m'a promis d'interposer son autorité , et de le contraindre, aujourd'hui même, à réparer sa faute.
EMMELINE
Le contraindre!., ah I madame, qu'avez-vous fait?..
PAOLINA
Il faut bien qu'il vous épouse , ma chère.
EMMELINE
M'épouser par respect, par obéissance !.. ah I mon Dieu l
vous voulez donc me rendre encore plus malheureuse?.. Il ne m'aime déjà plus... il finira par me haïr.
PAOLINA
C'est que vous ne soupçonnez pas les conséquences d'une pareille rupture... sans explication... sans motif apparent... CRETTLE , à fart.
Elle ne peut pas savoir... une jeune fille,. . moi, je le sais.
PAOLINA
Le monde est si méchant... Vous n'avez d'autre protecteur que votre grand-père; et lui-même doit exiger...
FiiîEDMAN , relevant la téte.
Au fait j, je n'y pensais pas... il faut peut-être que je lui demande raison!
TOUS
C^xmment ?
■pkO'Ln^k , haussant les épaules.
Allons, le philosophe qui veut se battre à présent...
rPvIEDMAN.
Dame! je ne sais pas, moi... je vous demande.
Hé non, mon ami... ii faut le ramener, combattre ses idées ; et pour cela, chercher ensemble quelle peut être la cause de ce brusque changement!..
FRIEDMAN cherchant.
Ah ! oui... la cause h.
EMMELINE
Elle n'est que trop claire... c'est qu'il ne m'aime plus !..
F RIE OMAN , la regardant.
Est-ce que ça se peut?..
EMMELIWE.
Ce matin même , je m'en suis aperçue.... son air distrait, préoccupé... il ne cherchait que des prétextes pour retarder le mariage... et cependant, hier encore, il paraissait si heureux près de moi!., il ne me parlait que de sa tendresse, de son impatience..,
PAOLINA
Vous n'avez pas eu de querelle?
EMMELINE
Jamais !
GRETTLE.
Une idée !.. s'il ea aimait une autre ?..
EMMELIWE, frappée
Une autre !
CRETTLE.
Dame ! ça s'est vu.
De la légèreté !.. les Allemands ! pas possible !.. Baronne, avez- vous remarqué quelque chose?
LA BARONNE
Rien de positif; mais il ne serait pas impossible que M. Ernest
EMMELINE
Yous l'entendez?..
PAOLINA
Non , ça ne peut pas être celaï.. et je suppose plutôt que des idées d'ambition...
FRIEDMAN , qui a écouté tout le monde en silence» D'ambition!., attendez... j'y suis!..
TOUS
Yous?..
FRIEDMAN.
Oui , un aveu que je lui ai fait hier soir, un secret, qu'au moment d'épouser Emmeline l'honneur m'imposait la loi de lui découvrir!..
PAOLINA
Un secret?
EMMELINE
Qui me regarde ?
PAOLINA
Et vous ne nous le disiez pas?..
C'est que... ce secret... je ne sais trop si jedoisj...
(Il passe au milieu. Tout le monde se rapproche.) (i). PAOLINA.
Air : Grand Dieu ! quelle nout^elle ! (du Philtre.) Parlez, je vous conjure.
TOUTES
Parlez, je vous conjure.
(i) La baronne, Emmeline, Friedman, Paolina, Crettle.
EMMELINE
Quel est donc ce secret ?
TOUTES
Quel est donc ce secret?
PAOLlîfA.
Personne , je le jure ,
TOUTES
Personne , je le jure.
PAOLIIfA.
Plus que moi n'est discret.
TOUTES
Plus que moi n'est discret, CRETTLE , s' apprêtant à écouter.
Ça d'vient intéressant.
Crettle , va-l-en , ma bonne.
CRETTLE, interdite.
Comment, monsieur?
FRIEDMA1V.
Va-t-en.
LA BA QWNE, a^^ec dédain et apprêtant à écouter, La petite personne Croyait Qu'un tel secret...
PAOLiwA, à qui Friedman a fait signe qiÙil ne peut parler devant la baronne.
Et vous aussi , baronne ,
{Lui montrant la maison.) Veuillez être assez bonne...
LA BARONNE , interdite.
Comment?
Vraiment!..
ENSEMBLE
PAOLiNA ET EMMELiNE , à Friedman.
Parlez , je vous conjure , Quel est donc ce secret ?
Personne , je le jure , Plus que moi n'est discret.
LA BARONNE ET CRETTLE , à part , a^^ec humeur, Ahl pour moi quelle injure!
Me cacher ce secret...
Personne, je le jure.
Plus que moi n'est dis*
FUIEDMAPT.
Quoique mon cœur murmure , A parler je suis prêt ; ; Mais je vous en conjure.
Gardez-moi le secret.
(A la fin (le cet ensemble , la baronne remonte , efe trouve Crettle à l'entrée de la maison.)
LA BAK0NT4E, à Crettle,
Eh bien ?
CRETTLE, parodiant sOti ton da prcmkr acte. Passez , passez, ma grande daine j je suis de la ferme.
(Elles sortent.)
EMMELINE, FRIEDMAN, PAOLINA.
(Pendant la fin de la scène précédente, Friedman s'est approché d'£mmeline, lui a pris la main et la regarde avec attendrissement.)
EMMELINE, à Friedman.
Mon père , qu'avez-vous donc à me regarder ainsi?.. Yotre main tremble !.. vos yeux sont pleins de larmes.
frîedmAK , érna.
Oui ; j*ai trop présumé de mes forces , et maintenant... je ne sais comment t'apprendre. {Plus ému. ) Tu m'aimeras toujours, n'est-ce pas, Emmeline?.. quelque chose que je te dise , tu seras toujours ma fille?., tu me le promets ?
EMMELINE avec tendresse.
Avez-vous besoin de ma promesse ?.. Mais je ne puis comprendre...
PAOLINA , qui les a observés.
Et moi, je le devine... son trouble, ses craintes... elle n'est pas votre fille.
EMMELINE
Que dites-vous?..
FRIEDMAN , a(^ec effort.
Il est trop vrai.
EMMELINE
Qu'entends-je?.. ô mon Dieu I tout m'abandonne donc à la fois I
FRIEDMAN ^ la serrant dans ses bras.
T'abandonner I moi , Emmeline I
EMMELIKE.
Je ne suis pas votre iilleî.. Ehî qui suis-je donc? sans doute une malheureuse orpheline que votre co'ûpassion... Ah î monsieur !.. ^
FRIEDMAN.
Allons , elle ne m'appelle déjà plus son père.
EMMELIKE, vii^cment.
Pardon! ah! toujours, toujours.
FRîEDMÀî) , l'embrassant.
A la bonne heure, ne l'oublie plus... Ce titre aurait dii être le mien, si ta mère, dont tu m'offres la vivante image , n'avait repoussé mes vœux et le sort modeste que je lui offrais... Pauvre Augusta!.. vous savez que je n'ai jamais été heureux dans mes affections... Yous devinez alors qu'elle en aimait un autre !.. Un jeune homme riche , brillant... à ce qu'ils m'ont dit du moins ; car le voir auprès d'elle , jamais je n'ai eu ce courage... et j'ai eu tort... Mes conseils l'auraient éclairée, l'auraient sauvée peut-être ; je ne reconnus ma faute que lorsqu'ils eurent disparu ensemble !
EMMELIWE.
Ciel!
PAOLINA
Achevez.
FRÎEDMAN.
Deux ans s'étaient passés!... deux ans de regrets et de désespoir. Plus de livres, plus de philosophie surtout. Mon violon, mon pauvre Crémone était mon seul consolateur. C'est encore le même. J'étais donc un jour, seul et mélancolique, à déchiffrer un adagio de Yiotti , lorsque je vois entrer chez moi une espèce de paysan , enveloppé d'un manteau. Cet homme me remet une lettre, dont je n'ai pas de péine à reconnaître l'écriture, et profite de mon trouble pour s'échapper.
EMMELIKE ET PÂOLIKA.
Cette lettre...
FRIEDMAN.
Il me semble que je l'ai toujours sous les yeux... « Je u touche à ma dernière heure , m'écrivait l'infortunée : sé- <« parée de mon époux , je n'ai pu obtenir sa liberté qu'ers « jurant dt; ne jamais révéler son nom, et de lui laisser igno- « rer où j'étais. Mais j'ai une fille... une pauvre orpheline, « puisqu'elle ne connaîtra pas son père... Je vous la lègue. « Si vous m'avez aimée , si mon souvenir vous est encore
» cher, elle n'a pas tout perdu. » Mes larmes m empêchaient de continuer, lorsqu'un faible cri... Je me retourne; c'était toi , toi , mon enfant , qui semblais me tendre les bras comme à u seul appui.
Air : Je n'ai point vu ces bosquets de lauriers.
A cet aspect , je vole à ton berceau , Et le pressant sur mon àme attendrie , Saisi soudain d'un sentiment nouveau , Les yeux au ciel , en pleurant, je m'écrie :
Je l'accepte , repose en pais , Oui , pauvre mère... et puisqu'à ma tendresse
Tu la donnes . . je te promets De la chérir comme un père...
[ A Emmeline en pressant sa main.) Et tu sais
Si j'ai bien tenu ma promesse.
EMMELINE
Ah I comment jamais m'acquitter ?
PA-OLITîA.
Et vous Tavez élevée
FRIEDMAN.
L'élever! c'était trop peu pour moi; il lui fallait une dot, une fortune... Je quittai la philosophie pour m'adonner entièrement au violon, qui est bien plus lucratif. J'avais le coup d'archet hardi; je voyageai; puis je vins m'établir ici, dans ce domaine que j'achetai pour elle... {Hésitant. ) ¥ar exemple, j'ai un grand tort, et je ne sais si tu pourras me pardonner.
EMMELINE
Un tort!
FPaEDMAN , timidement.
J'aurais dû faire des recherches... tâcher de découvrir ton pèie... je ne l'ai jamais osé; j'avais peur de le trouver.
EMMELINE
Ah! puis-je me plaindre d'une tendresse qui a fait mon bonheur î
Et vous croyez que la connaissance de ce secret... S'il en était ainsi , j'ai un moyen de décider Ernest, et... {Regardant vers le fond, à droite. ) Qui vient là ?
EMMELINE , qui a remonté la scène.
C'est lui.