‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 66 sur 211 · FRIED'IAN · texte numérisé non relu

FRIED'IAN

Qui, lui?

PAOLINA, lui montrant Emmeline.

Faut- il le demaïKlei !... Regardez son trouble ; c'est Ernest î

FRIEDMAN , ai'ec colère..

Il oserait reparaître I

PAOLINA , passant entre Emmeline et Friednian. Allons , allons, puisqu'il revient, il l'aime encore. Interrogez-le , forcez-le de s'expliquer. {Montiant le bosquet à droite.) Nous serons là... près de vous. Emmeline.) Venez, mon enfant.

Air : Le voilà ! le voilà ! (Du Morceau d'enseoible.) TOUS , à mi-voix.

Le voilà 1 le voilà 1 ^Elle^ tremble déjà.

. mon 1, , En vam cœur 1 évite ; son

A sa vue, il s'agite , Il bat encor plus vite , Car, le voilà... le voilà l

^^jj^ tremble déjà;

Fuyons , fuyons bien vite, Enîrons-j^ Entrez- ' Le voila I (bis)

EUe ^^i^- Le voilà I Entrons- ,v Entrez-

(Les deux femmes disparaissent sous le bosquet.) FRIEDMAN , seul et s' excitant»

Comme je vais le traiter!

ERNEST, FRIEDMAN.

EPiNEST , sans voir Friedman et lentement. Oui , quels que soient ses torts , je ne puis m'éloigner sans que son père... Et que lui dirai-je pourtant? {Ai^ec agitation.) Fatale découverte, Emmeline! le prince !.. me tromper! Et.. [Apercc^fant Friedman.) Monsieur Friedman !

Que venez-vous faire ici, jeune homme? insulter à ma douleur? jouir de votre triomphe?

ERKEST.

Ah I monsieur, ne m'accablez pas , je suis plus malheureux que vous.

miEDMAN , étonné.

Malheureux! part.) En effet, comme il est pale et changé !

ERNEST

Yous affliger ! vous dont la vieillesse mériterait d'être si heureuse , vous que je regardais déjà comme mon père.

FRIEDMAN , ému et décontenancé.

Qu'est-ce qu'il dit donc?.. Ehl bien, voilà que je ne sais plus comment me fâcher.

Ah ! si vous saviez tout ce que j'ai souffert I ce que je souft're encore !

FRIEDMAN.

Yraimentî {Le pressant dans ses bras.) Pauvre garçon ! (Se reprenant.) Qu'est-ce que je fais donc, moi? Je le console , je l'embrasse! [Haut.) Il n'en est pas moins vrai, monsieur, que votre conduite...

ERNEST

A été cruelle... barbare.... mais pouvais-je faire autrement ?

FRIEDMAN , hésitant.

Vous... ne l'aimez donc plus?

ERNEST

Moi'.... {A voix basse, ) Ah! Monsieur, c'est là mon tourment, mon supplice!., mais, malgré moi, je l'aime^ plus que jamais.

FRIEDMAN.

Eh bien! dis-le donc tout de suite, malheureux. Ecoute , Ernest, il y a dans tout ceci quelque chose d*inexplicable ; mais il ne faut pas jouer son bonheur par un orgueil mal entendu. Voyons, mon enfant, je ne me souviens plus trop de tout ça... mais on dit que les amans se brouillent souvent pour des misères. Si tu as quelques reproches à te faire, et qu'il faille que je m'en mêle pour vous raccommoder... Eh «ien ! je m'en mêlerai ; nous nous mettrons à ses genoux.

lîRJVEST.

Moi!

FRIEDMAN.

Eh bien! non. Si ça te coûte ^ je m'y mettrai tout seul; nous la supplierons.

Moi!

FRIEDMAN.

Eh bien! non; je la prierai tout seul... pourvu que tout s'arrange, et que votre mariage...

ERNEST , ai^ec force^ Notre mariage !.. jamais , jamais !..

FRIEDMAN , a^^ec indignation.

Qu'est-ce à dire?., ce nouvel outrage!., quelle en est la cause?

ERNE9T.

.Te ne l'ai conGe'e qu'à votre bon pasteur... peut-être un jour il me justifiera... Mais par pitié pour vous-même , monsieur Friedman , pour le repos de vos vieux jours , ne cherchez pas à connaître...

FRIEDMAN.

Ah! c'en est trop... parlez, monsieur, c'est un père qui vous l'ordonne.

ERNEST , prêt à parler.

Yous le voulez ?

FRIEDMAN.

Je l'exige.

SOEHB TIÏ.

Les MEMES, EMMELINE et PAOLîNA , sortant du bosquet (i),

EMMELINE ^ paraissant tout-à-coup.

Moi aussi , je l'exige.

ERNEST , tressaillant et sans la regarder. C'est elle !

■PAOLINA, qui se trouve à la gauche d'Ernest. Yous ne pouvez vous y refuser... votre honneur y est engagé.

(i) Friedman, Einmeline, Ernest, Paoliiia.

ERNEST;, à part.

Dieu î la duciiesse I

EMMELIKE.

Parlez , Ernest.

PAOLINA

Parlez, monsieur.

ERNEST, regardant Paolina.

Détruire son repos, son bonheur î.. (Haut.) Je n'ai rien à vous dire.

PAOLINA

Après un tel éclat I

EMMELîNE, amèrement.

Yous vous taisez, Ernest?

PAOLINA, à part.

Comment le contraindre?.. Ali î peut-être...

(Elle s'assied auprès delà maison, tire un riche carnet de sa ceinture , et écrit quelques lignes au crayon tandis que la scène continue.)

ERNEST, ai^ec effort ^ et n osant regarder Emmeline» Que voulez-vous de plus?., je prends sur moi tous les torts... tous les reproches... je ne vous accuse pas.

EMMELINE

Yous ne m'accusez pas!., mais ce monde, toujours prêt à soupçonner une pauvre fille sans défense , ne va-t-il pas me demander compte de votre éloignement , de votre abandon? Yotre silence m'accusera bien plus que des reproches auxquels je pourrais répondre {D'une voix émue.) Ernest, qu'ai-je donc lait? par pitié, dites-le moi... j'étais heureuse avant de vous connaître ; tout mon malheur est d'avoir cru à votre amour., mon crime, de l'avoir partagé... Cet amour, ne croyez pas que j'y prétende encore , que je cherche à le faire renaître... Non, non, je l'ai perdu ; je m'y résigne , je m'y soumets... je vous rends vos sermens, votre liberté ; mais en échange, du moins, ne laissez point peser sur moi un doute qui me déshonore... ayez le courage de dire « : EIj bien! oui, Emmeline , je ne vous aime plus. » Je m'y attends; je ne vous en voudrai pas... et quelque douleur que j'en éprouve, elle sera moins cruelle que votre silence.

ERNEST , à part.

O ciel I et n'oser la confondre !

(Paolina a vu Grettîe qui s'est approchée doucement et qui écoute par dessus la haie; elle lui a fait signe de venir auprès d'elle , et lui a parlé Las.)

PÂOLINÂ , bas à Crettle, Eh! vite! un de mes gens à cheval.

(Crettle s'éloigne doucement.) EMMELINE , regardant Ernest.

Si vous me refusez^ Ernest, songez-y bien.., je ne saurais rester plus long-temps auprès de mon bienfaiteur.

FRIEDMAN^ en larmes.

Me quitter! et tu crois que je le souffrirais ? {J. Ernest. ) Mais voyôns , est-ce sa fortune?

Sa naissance?

FRIEDMAW.

Son nom ?

PAOLINA

Son obscurité? Je l'entoure d'honneurs, de distinctions; elle vivra près de moi, au palais... mon mari y consent. ERKEST , à part.

Près du grand-duc!.. ( Haut etvii'ement.) Non , madame , les honneurs que vous lui destinez, loin de nous rapprocher... {jii^ec un moui>ement. ) Ne me pressez pas davantage, je vous en conjure, et laissez-moi.

(Il veut s'éloigner.)

EMMELINE

Ernest , tu ne peux ]pas me quiter ainsi... {Ernest s^ arrête.) Si tu m'as jamais aimée, que je connaisse mon crime ; que je puisse me défendre... Tu hésites... tu détournes les yeux?.. O mon Dieu! comment peut'on voir là... devant soi, quelqu'un qui nous fut cher!., qui nous supplie... et le livrer au désespoir I

Air : Un seul instant écoute ma prière, (de Leycester.)

Un seul instaut écoute ma prière , Si tu n'as point résolu mon malheur...

Que cette voix , qui long-temps te fui chère , Arrive encore une fois à ton cœur.

Prouve mon innocence ,

Et je pourrai , je croî ,

Malgré ton inconstance.

Faire des vœux pour loi. (Ernest ému veut parler ; puis il se détourne brusquement en disant : )

ERNEST

Adieu I

SSEME TIII.

Les mêmes, GRETTLE.

CRETTLE , accourant par le Jond.

Madame , madame, voici la voiture du grand-duc! ERNEST, amèrement.

Le grand-duc î

PAoLiNA, avec joie.

Dieu soit louél..

(Ici on entend l'air de chasse de Guillaume Tell qui continue en sourdine jusqu'à l'entrée du grand-duc.)

EMMELIKE , regardant toujours Ernest.

Pas un motl.. ô mcn Dieu!

(Elle tombe inanimée dans les bras de Friedraan.)

FRIEDMAN.

Ma fille !

ERNEST, courant à elle involontairement.

Emmeline î

FRIEDMAN , hors de lui et la soutenant. N'approcliez pas!., vous , la secourir! quand c'est vous la qui tuez.

PAOLINA, à Friedman, Soutenez-la , emmenez-la. {A Ernest.) Yous ^ monsieur , restez, je vous l'ordonne.

FRIEDMAN , conduisant Emmeline, Je n'ai plus qu'un moyen ; et puisque le pasteur sait tout... {A Emmeline^ en la conduisant.) Du courage, chère enfant, du courage; ton vieil ami du moins ne t'abandonnera pas!

(Ils rentrent dans la maison.)

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