LE COCHER
Heim ! je n'croyais pas qoi'il l'avait vuel ( // sort. )
AGATHE, à part.
Nous voilà arrivés. . . et mon père qui choisit le traiteur à côte' de ce pauvre Lenoir... qui m'aime tant!
COQtJELET.
Mes chers pareus et amis , en attendant l'heure où nous irons à la mairie , nous allons faire un petit déjeuner dinatoire... Eh! bien, Agathe, à quoi penses-tu ?
AGATHE
A rien, mon père...
COQUELET
C'est flatteur pour ton prétendu.,»
AGATHE
Dame! aussi vous conviendrez que c'est un drôle de maria^oe que je fais là, me marier à un homme que je ne connais pas...
COQUELET
Je le connais... moi...
AGATHE
Mais ce n'est pas vous qui l'épousez ; si je l'avais vu, au moins j'aurais eu le tenis de me reconnaître ; ce futur devrait être ici il y a trois jours; îes bancs avaientété publiés d'avance, le repas commandé, les parens invités, tout préparé à jour fixe , et pas de mari.
Que veux-tu? il m'écrit qu'il a été retardé en route par un accident qu'il m'expliquera, mais qu'il arrivera juste pour la cérémonie. . .
AGATHE
C est agréable!., de manière que s'il ne me plaît pas... on n'a jamais rien vu de pareil!...
COQUELET
Mademoiselle Coquelet... aujourd'hui l'on voit ce qui ne s'est jamais vu; on est obligé de se presser, le siècle marche avec une rapidité effrayante... nous nous précipitons.
AGATHE, regardant la boutique du chapelier. Aû moins, on pouvait retarder ce mariage...
COQUELET
Impossible ! M. Babichard occupe un emploi dans l'enregistrement à Château-Giron... il n'a qu'un congé limité... pour se marier et obtenir un grade supérieur î...
les fonctionnaires publics ne sont pas libres de leur temps, j*en sais quelque chose , moi... depuis que je suis surnuméraire au commissariat de police.
Air de J^oltaire chez JYinon.
Daus ce poste, ma chère enfant, Il faut toujours que l'on surveille, Ou ne déjeûne qu'en courant , Ce n'est qued'un œil qu'on sommeille!
Et dans ces jours assez nombreux Où les partis courent par meutes...
On est quelquefois trop heureux De dîner entre deux émeutes.
Qu'est-ce que vous dites de cela , cousin Labaume ?
LÂBAUME, prenant du tabac.
Heim ! heim ! je dis que tout cela n'est pas fini.
LA. TANTE GIBOULON.
Je crois bien, ça n'est pas commencé.
(Ici Lenoir paraît sur la porte de sa boutique, il tient un chapeau qu'il brosse,)
COQUELET
Eh bien , pour nous mettre en train, mes ehers parens et amis , nous allons toujours faire ouvrir quelques douzaines d'huîtres... j'ai laissé mon petit commis chez moi, qui nous amènera le futur à son débotté; ainsi^ mes chers parens et amis , la main aux dames.
Air du Siège de Corinihe.
ÎPour que la gaîté soit plus vive.
Chez le traiteur entrons soudain , Et que le futur, s'il arrive.
Nous trouve le verre à la main.
COQUELET
Allons, morbleu, qu'ici chacun s'empresse. En attendant que ces nœuds soient conclus.
Fêtons l'ivresse
Et la tendresse De deux amans qui n' sosont jamais vus.
CHOEURj
Pour que la gaîté soit plus vive , etc.
(Le cousin Labaume donne la main à Agathe; toute la noce défile devant la boutique du chapelier qui les regarde passer derrière les carreaux. Agathe baisse les yeux.)