SCÈNE V
LENOIR, AGATHE , sortant de chez le traiteur. AGATHE , à la cantonnade.
Je reviens, matante... je vais prendre ma ceinture que j'ai oubliée chez la mercière...
LEîJoiR, l'apercei'ant de loin au moment oii il retourne à sa boutique.
La voilà !.. quel aplomb... à dix-sept ans,
AGATHE
Ahî M. Justin!., c'est vous!
LEKoiR , a(^ec ironie.
Oui, mamzelle... ou plutôt madame; voulez-vous bien recevoir mon compliment sur votre sensibilité et votre fidélité.
AGATHE
Eh bien! il se fâche à présent! Est-ce que c'est ma faute !
LENOm.
C^est peut-être la mienne , si vous vous mariez.
AGATHE
Il fallait me demander à mon père , je vous ai assez prévenu !
LENOIR
Dam! je voulais avoir un établissement avant de prendre une femme , et je n'ai terminé que d'hier. Lisez : Lenoir, successeur de Leblanc, en lettres de six pouces... je m'en mords les doigts aujourd'hui.
AGATHE
Quoi, il serait possible!., vous êtes le maître.**^
LENOIR
Oui, je suis le bourgeois... mais il paraît que le bour-
geois restera garçon... vous m'avez joliment désenchanté!., vous m'avez trompé comme dans un bois.
AGATHE
Moi?
LEWOIB. , s'animant.
Mais je ferai manquer cet odieux mariage..., mon amour acquiert de l'intensité... il devient progressif.,, vous ne savez pas ce dont je suis capable..,
AGATHE
Vous me faites trembler!
LENOIll.
J'en tremble moi-même.
Ain : Dis-moi, mon vieux.
Je frai des scèn's jusques à la mairie j Si vous dit* : oui ! tout haut je crierai : non ! Pendant le r'pas j' vex'rai la compagnie... Je lancerai des pétards dans V salon!
Pendant le bal, j' boirai les limonades... Je vous frai voir c' que c'est qu'un homme trompé. Et quand tout le monde dans'ra les galopades , Je courrai d'dans comme un cheval échappé.
AGATHE
Arrêtez, Justin !
lEwom.
Non , il n'y a plus de frein qui me retienne, et les horreurs vont commencer! Il est arrivé, votre fameux prétendu!., il est ici.
AGATHE
Ciel ! .
ii^Koiii , apec joie.
Dieux!., comme elle a dit ciel! plus de doutes... je suis aimé... une femme qui n'aime point ne dit pas ciel comme ça. {^i^ec passion.)Ohl Agathe, tu m'aimes encore... AGATHE , pleurant un peu.
Mais sans doute, je ne revenais que pour vous le dire et chercher les moyens d'éloigner ce vilain Baluchard.
LENOIR
C'est déjà fait!., je l'ai envoyé promener, et nous ne le reverrons pas de long-temps î
BALUCHARD , en dehors.
C'est affreux !. . c'est abominable !
LENOIR
Dieux! c'est sa voix.
AGATHE
M. BalucKard... je me sauve! * :
LENOIR
Mais, au moins, vous jurez d'être à moi?..
AGATHE , rfutrant.
Oui , si je ne suis pas à lui,..
LEWOIR.
O Agathe!., amour et espoir...
(Agathe est rentrée précipitamment.)
LENom, seul.
C*est bien lui !.. Qui diable peut le ramener!