‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 75 sur 211 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

BALTJCHAilD , tenant à la main son sac de nuit et un parapluie. Il porte une casquette ; LENOIR , traf^aillant sur le seuil de sa porte.

BÂLUCHAB.D , à la cautomiade.

Non, non... c'est inutile, je le porterai bien moimême... c'est un tas de pour-boire... ça n'en finitpas... et mon chapeau qui s'est perdu dans la diligence. . . gardant en Vair.) Voyons un peu que je m'oriente... nous disons rue Saint-Pierre-Montmartre... tiens... je suis bête... je vais demander à la première boutique venue... {A Le noir.) Pardon, monsieur, pourriez-vous m'enseigner la rue Saint-Pierre-Montmartre?

LENOIR

La me Saint-Pierre-Montmartre... Oh! vous n'y êtes pas...

* BALUCHARD.

Je sais bien que je n'y suis pas... si j'y étais, je ne demanderais pas. . . pardon de la plaisanterie , mais quand on vient à Paris pour la première fois...

LENOTR.

Ail! vous allez le trouver bien embelli...

BALUCHARD.

C'est ce qu'on m'a dit à Château-Giron...

LENOIR

A Château-Giron!., vous en venez?

BALUCHARD.

Oui, monsieur... La personne que je cherche doit être connue, c'est une espèce d'autorité adjoint du commissaire de police.

y. LENOIR.

Un adjoint du commissaire de police, rue Saint-Pierre, M. Coquelet, peut-être ?

BALUCHARD.

Juste! il doit être ^ur le gril... depuis trois jours que je n'arrive pas...

Et vous venez de Château-Giron ! {A part.) C'est mon homme... Ah! farceur, je te tiens. {Haut,) Et vous cherchez M. Coquelet dans ce quartier-ci?

BALUCHARD.

Mais dam!., on vient encore de me dire rue Saint- Pierre. *

LENOIR

Oui... rue Saint-Pierre à Chaillot; son patron a changé d'arrondissement.

BALUCHARD.

Bah!

(11 pose son sac à sa gauche.) LENOIR.

J'en sais quelque chose... c'est moi qui coiffais toute la famille.. .

BALUCHARD.

Tiens, comme ça se trouve, vous allez me coiffer aussi, car je ne peux pas me marier en casquette.

LENOIR

Volontiers... qu'est-ce que vous voulez?

BALUCHAKD.

Un chapeau!., le premier venu!., celui que vous tenez... combien est-ce ? {Il essaie le chapeau ^m.) Comment me va-t-il?

Très-bien... c'est quinze francs...

BALUCHARD.

Voilà, et puis faites-moi l'amitié de me garder ma casquette... Vous allez m'indiquer... dites donc, est-elie jolie, mademoiselle Coquelet?

LEJVOIR.

Hum!., est-ce que vous l'épousez?

BALUCHARD.

Aujourd'hui même... Figurez-vous, monsieur, qu'il y a trois jours que je devrais être à Paris, mais j'ai été arrêté en route, à quelques lieues de 1% Mayenne, en Bretagne. . .

LENOIR , à part.

Diable de bavard... si la noce allait sortir... {Haut.) Dites donc, si vous vous mariez aujourd'hui, il est midi, et les mairies ferment à deux heures.

BALUCHARD, reprenant son sac.

Peste, il ne faut pas s'amuser. {Ilrepose son sac à terre,) ti'est bien l'événement le plus bizarre, le plus fantastique ! nous roulions en diligence depuis quatre heures d'horloge, nous venions de quitter Mayenne, j'avais les reins >abîmés... je dis : Conducteur!.. Quoi, monsieur?.. Conducteur!., j'ai les reins abîmés.^ Mon vieuxi quand il y aura une côte vous me préviendrez... Effectivement, une côte se présente , je descends , la diligence allait toujours son petit bonhomme de chemin... moi , je lisais tranquillement un volume de Notre-Dame de Paris , que j'avais pris au cabinet de lecture de notre endroit pour me donner une idée de la capitale.

LENOIR

Ah! oui... un roman nouveau.

D'un auteur très-goiité en Basse-Bretagne... à cause de son style!.. Tout-à-coup je vois une demi-douzaine de gas qui me suivaient... je ne suis pas positivement pol-

tron, mais je ne suis pas précisément brave; j'avais un cordon de montre tricolore , on m*avait dit que ça ferait bien... parce que je me propose d'aller dans les bureaux solliciter de l'avancement; et en parlant d'avancement, ne perdez pas de vue la diligence qui va toujours son petit bonhomme de cliemin ; mes six gas regardaient ma montre d'un mauvais œil^ces diables de Bretons s'étaient mis dans la tête, à cause de mon cordon tricolore, que j'étais un homme de juillet... et je vous demande, je suis du 14. novembre... ainsi...

LENOIR

Vous me direz ça une autre fois... et votre mariage...

BiLUCHARD , reprenant son sac.

C'est juste, je n'ai pas le temps de m'amuser... Ahl ça, nous disons pour aller rue Saint-Pierre à Chaillot...

LENOIR

Vous allez prendre le premier Omnibus qui passera sur le boulevard et qui vous mènera à la porte Saint- Antoine; là, vous en prendrez un autre qui vous mènera à la barrière du Trône., c quand vous serez là^ vous demanderez.,.

BALUCHARD.

Je vois ça d'ici...

LEJSOIR.

Air : Chaque soir au boulevard du Temple. Ou : Vaudeville du Premier Prix.

Suivez bien mon itinéraire.

BALTJCIIARU.

Vous êtes des plus obligea ns !

Mais pour arriver chez l' beau-père, Combien me faudra-t-il de temps?

D'impatience je suis ivre !..

LENOIR

Je n' |)uis pas trop vous dire ici, D'après le chemin qu' vous allez suivre, A quelle heur' vous s'rez chez lui.

BALUCFIARD.

Je ne vor.s remercie pas... bien obligé.

LENOIR

Il n»'y a pas de quoi... allez toujours.

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