‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 83 sur 211 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

BALUCHARD , ensuite LENOIR.

BALUCHARD.

Ah ça, qu*est-ce qui lui prend! est-il fou!... qu'est-ce qu'il a dans la tête , je vous le demande? je ne lui disais rien... je lui parle de mon emploi! il me jette la place Vendôme au nez; je ne sais pas jusqu'à quel point il en a le droit.

Eh ! bien , comment vous êtes encore là ? et la rue Saint- Pierre et votre mariage?

BALUCHARD.

Ah ! mon cher ami , je ne sais plus si je dois me marier... me voilà presque destitué...

LENOIR

Et pourquoi donc?

BALUGHARD.

Est-ce que je sais!... un homme à qui je souliaite le bonjour , qui me répond des sottises, qui me voit ce petii papier dans la main, qui m'appelle élève de Metternicli, coryphée... je n'ai jamais figuré dans aucune...

LENOIll.

Qu'est-ce que ça vous fait?

BALUGHARD.

C'est que c'est mon chef.

LENOIR , prenant.

Voyons donc ce petit papier. ( Lisant.) Ce signe distinctif... au pied de la Colonne. Ahl malheureux, c'est votre chapeau...

BALUGHARD.

Comment , c'est mon chapeau ?

LENOIR

Oui, à la Bonaparte... il paraît qu'ils se remuent.

BALUGHARD, effrayé.

Qui ça? Bonaparte I

Kon^ ses partisans... au fait, c'est peut-être leur jour.

BALUGHARD.

Et vous me vendez un pareil chapeau?

LENOIR

C'est vous-même qui l'avez choisi, et puis il n'est pas cher. . .

BALUGHARD.

Pas cher! il va me coûter ma place I deux mille quatre cents francs... et il ne les vaut pas... il a beau être fin.

LENOIR

Que voulez-vous que j'y fasse ?..

BALUGHARD.

Que vous me le changiez, tout de suite ! car c'est une horreur... exposer un homme comme moi à être pris pour Bonaparte. O grand homme !

Air. : Je n'ai pas vu ces bosquets.

Pardonne-moi, si j'ai r'scmblé ce soir Au plus grand homme de la France !

Nnpoléoii, c'est bien sans le vouloir,

Ne prends pas ça pour une oiTensc. . .

Ta coiflure était un drapeau

Qui nous menait à la victoire.

Mais en descendant au tombeau,

Tu noîîs as laissé ton chapeau^

Nous ebercherons long-temps ta gloire.

LKàSOIU.

Je vais vous ie changer.

BALUCHARD.

Au nom du cieî , donnez-moi un chapeau qui m'aille bien et ne blesse personne! qUi ne porte aucune atteinte à la religion, à la hberté; un chapeau inoffensif, qui ne soit d'aucune couleur.

LENOIU.

Vous m'embarrassez... ils sont tous gris ou noirs.

BALUCHARD.

Enfin, votis comprenez... un chapeau qui ne dise rien.

(Musique.) LEKOiR , regardant à gauche.

[A part.) Ah I mon Dieul... toute la noce qui revient.

BALUCHARD.

Qu'est-ce qui vient par là ! ,

(Il veut aller à gauche.) LEKOIR , le prenant par le bras.

Ne vous montrez pas , imprudent.

(Il l'entraîne.) BALUCHARD, ejjrayc.

Dieul c'est peut-être la Colonne qui se met en marche...

(Il entre dans la boutique.)

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