‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 82 sur 211 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les mêmes, UN INCONNU, ojëtu d'une redingote bou-tonnée^ et portant le chapeau à la Bonaparte.

l'inconnu , rodant au fond.

Je crois qu'en voilà un.

(Il (ait seml)lant de lire une affiche et écoute* la conversation.) '

BEUKARD, prenant du tabac avec complaisance. Après ça^ demain on viendrait me dire: Yous ne savez pas? Napoléon II est aux Tuileries. — Vous en èles sûr?

— Je viens de le voir sur le balcon. — Eh bien ! tout de suite...

BALUCHARD.

Tout de suite vive Napoléon II !.. .

l'inconnu, à /)flr^.

Je ne m'e'taispas trompe'. {Il se rapproche de Baluchard.

— Toussant.) Hum 1 hum !

CII le touche en passant.) BERNARD.

Voilà quelqu'un qui veut vous parler.

BALUCHARI).

A moi? (Se retournant.) Inconnu, qu'y a-t-il pour votre service?

l'inconnu.

Prenez... et silence!..

(Il lui glisse un petit papier dans la main et s'éloigîïe aussitôt, Baluchard le regarde étonné.)

BALUCHAUD.

Merci, inconnu.

BERNARD

Qu'est-ce que c'est donc?

BALUCHARD.

Un de ces donneurs de petits papiers comme il y en n tant dans Paris ; je les prends toujours , parce que ça peut servir.

(Il va pour mettre le papier dans sa poche.) BERNARD , lui arrêtant le bras.

Pourtant il ne m'en a pas offert ; faites donc voir.

BALUCHARD,

Ah bah! des dîners à Sa sous, des habits à i5 francs, des placemens d'argent, des bouillons...

BERNARD

Qu'ai'je lu? Comment, corbleu!..

BALUCHARD.

Quoi donc?

BERNARD, lisant.

n Au signe distinctif que vous portez on voit que vous

W f#*«^ êtes des bons... « Trouvez«vous ce soir, à huit heures , ► 1^ rue des Pyramides | au pied de la Colonne. »

BALUCHAllB.

Qu*est-ce que cela veut dire , je suis des bons? En V oilà une bonne I

BERNAiiD^ à part et le regardant.

En effet , ce chapeau... je n'y avais pas pris fjarde.

BALUCHÀRD.

C'est quelque attrape; mais j'irai voir ça; je ne connais pas la Colonne.... {A Bernard.) Ah ça! ma nomination est donc signée, et je pourrai passer demain matin? BERNAUD , froidement.

Ne vous donnez pas la peine , monsieur.

( Mouvement pour sortir.) BALUCHARD.

Vous aurez la bonté de me l'envoyer?

BERNARD de même.

C'est-à-dire, rien n'est encore décidé ; il y aura beaucoup de réformes^ et il serait possible...

BALUCHAflD.

Comment! comment ! niais tout-à-i'iieurc vous médisiez...

BERNARD

Ça ne dépend pas de moi , il y a des concurrens cpii ont des titres.

(Mouvement de sortir; il passe.) ; BALUCHARD.

Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que c'est? c'est une plaisanterie... Ca n'est pas gentil, Bernard i une place qui m'est promise... à moi dont les principes...

BERNARD

Je vous conseille d'en parler!., une réunion politique, un chef de parti , un coryphée d'insurrection.

BALUCHARD.

Moi, un coryphée...

BERNARD

Oui, monsieur; et ne parlez plus d'avancement; bien heureux si vous restez où vous êtes.

BALUCHARD.

Comment, monsieur?

BERNARD

L'élève de Mcttcrnich!

BALUCHA.PvD.

Moi I élève tlii coilcge de Bourges...

BERNARD

Je suis enchante' de savoir que vous êtes coiffe de ces idées-là. Allez sous la Colonne, monsienr.

bAlijchard. Air d'une JVuit au château.

L'injustice est sans égale I Me renvoyer c'est trop fort !

BERNARD

Point de bruit, point de scandale !

Le pouvoir n'a jamais tort !

[Avec ironie.) Comptez sur votre diplôme!

Vous pouvez, mon cher monsieur , Avoir la place Vendôme, Mais point cell' de receveur.

ENSEMBLE

EALUCHARD.

L'injustice est sans égale l Me renvoyer, c'est trop fort î Point de bruit, point de scandale!

Et tâchons d'être d'accord.

BERNARD

Son audace est sans égale, Mais j'en ferai mon rapport, l'oint de cris, point de scandale !

Le pouvoir n'a jamais tort.

(Il sort furieux.)

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