‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 211 · SCÈNE ym · texte numérisé non relu

SCÈNE ym

LesPrécéd., GUiMBARDINl, amené pa, GElVmUUE.

( Le cardinal est au milieu de la table, Gianetta à sa gauche y et tournant le dus à Guimbardini qui entre.)

GEBTRUDE , à Guimbardini, Approchez . . . monseignenr est bien disposé ... et cela

durera tant qu'il sera à table.

GUIMBABDINI.

Alors j'ai le tems.

GERTRUDE , bas à Gianetta.

Redoublez de prudence. . . je vais parler à Scaramella et je reviens. . . [S^ approchant du cardinal et lui présentant Guimbardini.) Monseigneur, voilà... {^Elle fait signe à Guimbardini de s'approcher, et sort.)

LE CARDINAL, à Guimbardini.

Asseyez-vous, signar. . . là. . . {lui m outrant un fauteuil du

côté opposé à la table.) Nous sommes à vous tout-à-

rheure.

GUIMBARDINI s^indine , et va s'asseoir ^ pendant que les trois autres continuent à manger.

{A part.) J'ai cru qu'il allait m'inviter . . . (Le regardant. ) Sont- ils heureux, ces gens-là !.. se voir dans un bon fauteuil, près d'une bonne table. . . toutes les douceurs de la vie. . . il n'est pas difficile comme cela, d'avoir du génie... (Montrant une bouteille qui est sur la petite table à gauche.) Je suis sûr qu'il y en a dans cette bouteille de lacryma Christi! J'y puiserais deux ou trois cavatines , et autant de requiem . . . [Regardant l'autre table.) El dans cet immense pâté. . . que de choses j'y trouverais ! . . Mais le génie qui est à jeun est bientôt à sec. . . Dieu ! comme ils mangent !.. Je crois qu'ils m'ont oublié.

LE CARDINAL , tendant son verre.

A boire.

GUIMBARDINI , prenant vivement ta bouteille qui est près de lui, va et verse à boire au cardinal.

Voici.

LE CARDINAL Quoi! vous-même, maestro!., c'est trop de bonté..- Quel est votre nomi^

GOMÉDIE-VAUDEVILLE. 27

GUIMBARDÏNL Signor Guimbardini. (// pa remettre la bouteille sur la table.^

GIANETTA, à part.

Mon mari î et devant le prince . . . devant le cardinal . . . Comment faire ?

LE PRINCE

Qu'avez- vous donc ?

GIANETTA

Rien. . . [A part.) Attendons, et tâchons de ne pas nous trahir.

Guimbardini. , . j'ai quelque idée. . . attendez-donc . . . n'est-ce pas vous qui m'avez présente plusieurs pétitions? GUIMBARDINI, s' inclinant.

Deux par jour , régulièrement , depuis une semaine , éminence.

LE CARDINAL

Belle écriture. .. une main remarquable.

GUIMBARDINI.

Le doigté est assez agréable.

LE CARDINAL

Vous êtes, dites-vous, pianiste ^ organiste?

LE PRINCE

Et vous avez du talent?

GUIMBARDINI.

Du talent, monseigneur , du talent! . . . j'en ai, j'ose le dire, plein mes poches. . , (tirant vliisieurs rouleaux de papiers, ) car j'ai là des messes , des opéras, qui parlent. . . qui crient pour moi. . . et qui ne peuvent pas se faire entendre. . . le siècle est sourd.

LE PRINCE

Et vous avez quelque antécédent , quelque recommandation ?

GUIMBARDÏNL Elève de Pergolèse... et je puis dire que Cimarosa m'a dû ses plus beaux ouvrages.

Comment cela ?

GUIMBARDINI.

J'étais son accordeur de piano.

LE CARDINAL

Voilà des titres.

GUIMBÂRDINI.

J'arrivais chez ce grand maître , et je lui disais : u Eh » bien! mon cher 5 » car nous nous traitions sans façon.., la familiarité du talent, « Eh bien! mon cher, comment >> cela va-t-il? — Cela ne va pas. .. je n'ai pas de chant... '> pas d'inspiration. . . Yoilà un air del Matnmonio que je » ne peux pas achever. . . » Je regardais le clavecin.. . je crois bien. . . trois cordes cassées. . . je retroussais mes manches {faisant le geste d' accorder un clavecin.) la, la, la , la, — allez , maintenant ; il s'y remettait, et trouvait son air. . . il en a dix comme cela , qu'il a composés à nous deux. . . mais j'en ai d'autres à moi tout seul. . . et si monseigneur voulait seulement en entendre un petit... uu piccolo.

LE CARDINAL

Volontiers.

GUIMBAKEINI, tout ému.

Est-il possible! c'est la première fois... (^Cherchant dans ses papiers.) On va donc enfin me connaître et écowter un de mes airs jusqu'au bout. . . moi qui n'ai jamais pu en achever un.

LE PPvINCE , tirant sa montre.

Qu'il ne soit pas long, car à midi nous avons une répe tition... Du reste, donnez-nous ce que vous avez de mieux.

GUIMBARDINI.

Tout ce que j'ai est ce qu'il y a de mieux. . . Mais j'aurais entre autres un morceau qui , malheureusement, est à deux voix . . . basse-taille et haute-contre ; sans cela. . . je vous garantis que c'est un morceau délirant ! . . . c'est à en

perdre la tête Rien que la ritournelle vous met dans

un état...

LE PRINCE

N'est-ce que cela:*.. . Voici un artiste distingué la

plus belle voix dllalie. . . notre premier soprano.

COMÉDIE-VAUDEYÎLLE, 29

GUIMBÂRDÏNL Un soprano!. . . c'est flifférent. . . Quel honneur pour moi et pour ma musique.'. . . C'est un duo de mon opéra à'Ahvfar.

LE PRINCE, se levant.

Abufar !

GUIMBARDINI.

Abufar épris de sa sœur... C'est moi qui fais Abufar..,,. LE CARDINAL, man<reani.

Abufar, je connais...

guimbardïm.

Et voici la partie du seigneur soprano.

LE PRINCE

Donnez... donnez.

GUIMBARDINI , chantant la ritournelle.

La , la , la , la , la, la.

( Pendant la ritournelle ^ le cardinal et le prince vont s'asseoir sur le devant du théâtre^ tandis que les domestiques enlèvent la table.) Ah ! quelle douce ivresse !

Quel trouble pour mon cœur!

Objet (le ma tendresse, C'est elle! c^est ma sœur!

{Levant les yeux sur Gianetta).

Que vois- je ! ô ciel ! est-ce une erreur ?

LE PRINCE

Que dit-il donc ?

GUIMBARDINI.

Moi , rien, si fait. .. c'est-à-dire. . . pardon...

Ses yeux, . . sa voix. . . ses traits. . . Oh ! non ! , .

C'est ma sœur. . . c'est ma femme !..

Je ne saurais m'y retrouver! . .

Encore un morceau , sur mon ame , Que je ne saurais achever.

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