‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 211 · GIANETTA, GERTRUDE, LE CARDINAL, LE PRINCE DE FORLI · texte numérisé non relu

GIANETTA, GERTRUDE, LE CARDINAL, LE PRINCE DE FORLI

( Le cardinal et le prince entrent en causant à gauche du théâtre. )

Air : Mais pour qu^enjia Vhymen couronne (du Philtre).

LE CAPiDiNAL , au prince.

Pour repousser cette alliance , Quels sont donc tes motifs secrets?

Dis m'en un seul.

LE PRINCE, a son oncle.

Eh mais !

Ma répugnance.

GIANETTA , de Vautre côté ^ apercevant le prince. Que vois-je , ô ciel !

GERTRUDE , haS.

Quoi donc ?

GiANETTA, de même.

C'est lui,

GERTRUDE, has.

Comment ! le prince de Forli ?

GIANETTA, bas.

Oui , ce jeune inconnu qui me reçut chez lui,

GERTRUDE , haS.

Et qui vous adorait?

GIANETTA

Sans doute.

GERTRUDE

Taisez-vou&.

Un mot nous perdrait tous.

( Haut y et ^'adressant au cardinril , qui a toujours causé has avec son neveu. )

Monseigneur , vous voyez ce jeune soprano Que vous atfèndiez.

LE PRINCE , se retournant vivement.

Gianino !

C'est lui qu'hier... oui vrainaent.. c'est bien lui. A Sun aspect, mon cœur a tressailli.

GTANETTA, part.

Ah! malgré moi, combien sa vue Vient agiter mon anie e'niue.

Je sens, hélas ! battre mon cœur D'e'tonnement et de frayeur.

GERTiiUDE, bas à Gianetta.

Je sens combien , à celte vue, Votre amc, hélas 1 doit êlrc émue ; Mais avec soin , dans votre cœur , Renfermez bien cette frayeur.

LE PRINCE, à part.

Ah ! malgré moi , combien sa vue Vient agiter mon ame émue !

Je sens déjà battre mon cœur D'étonnement et de bonheur,

LE CARDINAL , à part.

Mais de son trouble , à cette vue Vraiment mon ame est confondue ; Je n'entends rien, sur mon honneurj ^ A sa surprise, à son bonheur.

LE CARDINAL , à son neveu.

Eh bi

;h bi

Qu'as-tu donc ?

LE PRiNCE, regardant toujours Gîanetta.

Kien.

GERTRUDE , èa^ à Giaiictta.

Ténez-vous bien.

GIANETTA, à part.

Cachons-nous bien.

COMÉD lE-V AUDEVÎLLE . 2 3

LE PRINCE, avec émotion, et regardant toujours Gianetta,

Je suis ému de souvenir , Car à l'entendre hier, J'éprouvais un plaisir....

GIANETTA

Je sens, hélas! battre mon cœur, D'étonnement et de frayeur.

GERTRUDE

Wfais avec soin, dans votre cceur.

Renfermez bien cette frayeur.

LE PRINCE

Je sens déjà battre mon cœur D'étonnement et de bonheur.

LE CARDINAL

Je n'entends rien , sur mon honneur, A sa surprise , à son bonheur.

( Pendant lajin de cet ensemble , deux domestiques ont apporté une table servie qu'ils ont placée à droite da théâtre. )

GIINETTA, au prince. Quoi.' monseigneur était hier à mon début?

LE PRINCE, à part.

Et la voix aussi.'.... c'est incoocevabie , ou plutôt je cherche moi-même à m'abuser... car je le vois partout... (^Haut, et passant auprès de Gianetta. ) Oui, Giaiiino , oui, j'étais à votre début. . . et ce cri involontaire que je n'ai pu retenir à votre première apparition

GIANETTA

C'était vous?

LE CAKDINAL"^.

Avant même qu'il n'eût thanté... Yoilà le vrai dilettante! LE PRINCE.

Et si vous saviez, mon oncle, quel talent. . . quelle expression ! . . . quelle voix suave et légère !.. 11 a été sublime Je n'en ai pas dormi de la nuit Gianino ,

* Gianetta , le Prince , le Cardinal , Gertvudc.

votre main . . . Vous avez en moi un admirateur, un ami ^ je vous le jure... Eh mais! vous tremblez!

GIANETTA

Non, mon prince.

LE PRINCE

Quand vous me connaîtrez mieux, vous ne serez pas

étonné de l'intérêt que je vous porte J'aime les arts ^

comme tout ce que j'aime... avec ardeur, avec passion... Vous logerez dans ce palais, chez mon oncle...

GTANETTA.

Permettez..,

LE PKINCE.

C'est convenu, vous ne sortirez pas d'ici ; et en échange de notre amitié, tout ce que nous vous demandons. . . c'est une cavatine par jour. Moi, d'abord, je parle de vous à tout le monde ... et j'ai déjà arrangé un concert par souscription : dix piastres par tête!. . . et on s'arrachera les billets ; je m'en charge... Et puis n'oubliez pas qu'aujourd'hui à raidi , vous avez répétition du Siahat. . . J'irai , je veux vous entendre.

DE CARDINAL, à Gertmde.

La musique lui fera perdre la tête , c'est sûr.

GEPvTPiUDE, à mi-voix.

Laissez-le faire ..... C'est par le seul Gianino que nous pourrons obtenir son consentement à cette alliance.

LE CARDINAL, «m/-w/.r.

Vous croyez . . . c'est tout ce que je désire ... Çà , et le déjeûoer...

GERTPiUDE, montrant la table qu'on a apportée.

On vient de le servir...

(^Un domestique place à gauche , une petite table sur laquelle sont des houleilleSy dans des vases à rafraîchir. )

LE CARDINAL

Qu'on ne s'occupe plus de rien. . . Mon neveu. . . mon neveu, mettons-nous à table... Mon neveu, à ma droite.», noire jeune virfeose, ici, près de moi.

GERTRUDE

Monseigneur n'a pas sa chancellière?

C'est vrai.

GERTRUDE , derrière lui et lui plaçant un oreiller sur son fauteuil. Et monseigneur est mieux , quand il est appuyé.

CARDINAL

C'est bien , c'est bien... Cette bonne madame Gertrude pense à tout.

GERTRUDE

Oh mon Dieu! non car j'oubliais que j'avais une

grâce à vous demander.

LE CARDINAL

Est-elle adroite ! elle sait bien qu'il y a des momens où je ne peux rien refuser.

GERTRUDE

C'est un pauvre diable qui demande au palais-cardinal la place d'organiste vacante, et qui, avant tout, prie monseigneur de vouloir bien l'entendre.

LE CARDINAL

A la bonne heure . cela n'empêche pas de déjeûner. . . Et puis, en présence du signor et de mon neveu, il sera jugé par des connaisseurs... Fais-le entrer.

GERTRUDE

Oui, éminence . . . (^Allant auprès du cardinal.) Je prie seulement monseigneur de manger lentement, cela lui vaut mieux. [Elle sort.)

LE CARDINAL, à son neveu.

Qu'est-ce qu'il fait celui-là ... les yeux et la fourchette en l'air ? . . est-ce que c'est là la place d'une fourchette ? LE PRINCE, regardant toujours Gianetta.

Je n'en reviens pas , Gianino , je ne vous avais vu qu'hier, et de loin. . . mais maintenant, plus je vous regarde , plus il me semble. . .

GIANETTA, à part.

Ah mon Dieu!. . . . Veillons sur moi ^ et que rien ne puisse lui faire soupçonner . .

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