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Le mot hébreu 717 Dokhan de la Bible est traduit en arabe
par re Dokhn, Mil dont le grain est couleur de fumée ou presque noir, ce mot est employé encore de nos Jours pour caractériser le Sorgho sucré à glumes plus ou moins velues foncées ou noires et probab'ement d’une façon générale des Sorghos à glumes grises ou noires. Sauf le Mill à chandelles, Millet perle (Pennisetum typhoideum Rich.), les autres Millets; M. à grappes (Panicum italicum L.), M. commun (P. Miliaceum L.), n’ont ni des glumes grises couleur de fumée, ni des glumes presque noires. Or il existe un Sorgho doura à gros grains plats et blancs, à glumes grises et bien des variétés à glumes foncées noires ou presque noires et il semble qu’il s’agisse là comme dans Hérodote, des Sorghos qui sont encore cultivés de nos jours dans ces régions.
Comme je l’ai signalé dans le chapitre « Histoire du Sorgho », il semble bien que cette plante et le Mil à chandelles soient figurés dans les bas-reliefs du palais de Sennacherib (début du vire siècle avant notre ère), rapportés à Londres par Layard, des ruines de Kouyoundjik (ancienne Ninive).
Ibn-al-Baytar, Traité des Simples, traduction Leclerc, II, n° 996, pp. 146-147, 1881, dit 3$ Dorra sorgho, page 146, c’est une espèce de graine fournie par une tige beaucoup plus grosse que ce:le du Froment et de l’Orge, à feuilles plus épaisses et plus larges.
D’après El-Madjoussy, le meilleur est celui qui est blanc et lourd. Il est froid et sec, aussi arrête-t-il le dévoiement (1). Employé extérieurement en cataplasme, il refroidit et dessèche.
Leclerc ajoute en note : On sait l’usage du Holcus dorra en Egypte. L'auteur du Ma-la-1essà compare le Dorra à la Canne à sucre et le dit très commun dans l’Inde.
Ibn-al-Awam, dans son Livre de l'Agriculture, traduit de l’arabe par J.-J. Clément-Mullet, Paris, 1866, écrit :
ARTICLE 4. — Manière de semer le Millet à épis, le Panic, Dochn (1) en terrain arrosé ou non arrosé.
(1) On a, en effet, remarqué que certaines variétés de Sorghos ont les ru plus ou moins astringents. Les grains colorés des Sorghos sucrés sont ans ce Cas.
On discute pour savoir si le dochn n’est pas la plante nommée « djavarisch » (1). On en compte plusieurs espèces : le « blanc », qui est connu sous le nom de « gharnouqi », le « rouge » et le Cnoir ». On a dit aussi que le « dochn » était une espèce de «dourah ». Il se plait dans les terres grasses, substantielles, dans les alluvions légères, quand elles sont mêlées de sable et fraiches par nature. On sème le panic dans les premiers jours de mars, en terrain élevé, dans une terre bien cultivée. On remue au commencement de mars, avec l’araire, cette terre qui doit être dans une bonne condition moyenne d'humidité, ni lourde, ni légère, puis on sème le Millet. Quand le terrain est susceptible d’être arrosé, on le fait ; et, la terre se trouvant dans une bonne condition de moiteur, on fait le semis, puis on arrose. Quand la graine est levée et que le plant est arrivé à une certaine hauteur, on donne un binage; on fait attendre l’eau, puis on arrose jusqu’à ce que la graine soit formée et bien pleine ; puis, on moissonne, on fait le dépiquage ou battage, la ventilation, et on resserre.
Suivant Lambouschad, il faut semer ces deux graines, le « panic » et le « djavarisch », dans une terre très mouillée et chaude, parce qu’elles s’écartent beaucoup, et qu’elles couvrent la terre de leurs pousses. Il faut sarcler et enlever les mauvaises herbes ; c’est ce qui constitue le principal de leur culture, et qui contribue le plus à la richesse du rendement et du produit. On sème depuis le 20 d’adar (mars) jusqu’à la fin de nisan (avril). Le mode de fumure est le même que pour le Millet ; il en est encore ainsi pour l’arrosement qui doit être un peu plus abondant. Il est plus facile de garantir le « panic » et le « djavarisch » des accidents que le Millet. On enlève l’écorce de ces deux graines, on les fait cuire avec du lait et elles donnent un très bon mets. Quand on veut faire cuire ces graines, 1l faut employer beaucoup d’eau et (1). D’après J.-J. Clément Mullet c’est le panic, le Millet en épi, à panicules rapprochées, Panicum italicum, Linn., ékouos des Grecs, Diosc., IT, 120 Spreng., H. Herb., L. 79 177 de la Bible, Milium de Pline, XVIII, 10, où sont indiquées les nuances qui le sont ici. V. Matthiole, pp.126 et 127, Bové, Cult.
d'Egypte, p. 33 applique ce nom au Penicillaria typhoidea (en arbre. Arabe : U»35L>, d-jâouers ; persan : mp, gaouers.
faire bouillir longtemps. Quand l’eau s’évapore, on la remplace au fur et à mesure par du lait.
ARTICLE 7. — Manière de faire du pain avec du panic d’après l Agriculture nabathéenne. {
On procède à la panification du panic en mouillant la farine avec de l’eau chaude ; en même temps il faut la détremper en la manipulant sans interruption. On met ensuite sur le feu cette bouillie saturée d’eau, jusqu’à évaporation complète. On pétrit alors, en ajoutant une certaine quantité d’amidon (1). On opère le pétrissage jusqu’à ce qu’il soit au complet ; puis on achève la panification ; le pain qu’on obtient du panic est moins nourrissant que celui que rend le Millet (Diosc., IT, 120). J’ai, dit l’auteur (Ibn-al-Awam), fait préparer chez moi de la bouillie de farine de panic ; j’en ai mangé une partie, tandis que l’autre est restée. Le lendemain, ce reste a été converti en pain qu’on a fait cuire au four ; on en a obtenu un pain moelleux et agréable. Tous les inconvénients qui pourraient résulter de l’usage du pain de ces deux graines (du panic et du djavarisch) peuvent être neutralisés si on le mange avec de la graisse, du beurre, de l'huile, du lait ; ce sont les substances qui peuvent particulièrement les assainir; soit qu’on les mange avec de la graisse ou avec le pain qui en provient. Elles jouissent d’une propriété toute spéciale pour faire passer le djavarisch d’une mauvaise condition à une bonne. Voyez ce qu’en dit Junius dans le chapitre XVIII, sur le panic qu’on sème dans une terre sableuse et basse. La semaille en est différée jusqu’à l’équinoxe du printemps, ainsi qu’on le lit vers la fin.
ARTICLE 8. — Manière de cultiver le Dourah où Millet, en terrain arrosé et en terrain qui ne l’est pas ; il est appelé, en persan; Djavarisch (2).
(1) US nascha, amidon, amylum, abrégé du persan wi naschastadi, c’est l’amidon lui-même qu’on ajoutait dans une certaine proportion pour déterminer l’agglutination des molécules de la farine du panic et du Millet, comme on le voit page 81, texte 79 trad. On devait le pulvériser, ce qui indique qu’il avait, comme chez nous, de la consistance, V. dans Pline, XVIIT, 17, comment les habitants de l’île de Chio préparaient l’amylum ou amidon.
(2) D’après J.-J. Clément Mullet, c’est le Millet, Panicum milia-
I y a deux sortes de Millet : l’un est blanc ; c’est suivant Abou'l-Khaïr et autres, la meilleure espèce ; l’autre est noir. Ce qui lui convient, c’est un sol gras, substantiel, frais, et les terres d’alluvions. La terre non arrosée qui convient au Froment convient aussi au Millet. Il aime qu’on l’arrose avec de l’eau douce. L'époque pour le semer, c’est le mois de mai. On le sème en carreaux fumés, en le tenant clairsemé. On opère, dit Abou’l- Khaïr, comme pour le radis.
Suivant Ibn-el-Facçel, il ne faut point donner de l’eau quand le Millet commence à pousser, car c’est nuisible; la pluie, si elle vient à tomber dans ces circonstances, lui est également défavorable; il en est de même pour le panic et le bendj (1). On donne de l’eau seulement quand la plante a poussé partout également et qu’elle a atteint la hauteur d’un «empan » (0 m.23). On donne un binage et on éelaircit le plant de façon qu'il se trouve entre chaque pied un intervalle d’un « empan au moins, parce qu’alors il peut se développer (à loisir). On donne de l’eau, puis on laisse jusqu’à ce que le terrain soit sec et que le besoin d’irrigation se manifeste par des signes indicateurs, c’est-à-dire une nuance sombre répandue sur la plante ; alors, on arrose, on recommence ultérieurement, puis une troisième fois ou à peu près. Ainsi traité, le Millet atteint son complément de croissance et sa maturité, Dieu aidant de sa volonté. Si on repique ailleurs ce qu’on a arraché pour éclaircir, on obtient un bon résultat. Le Millet se sème en mars dans les terrains élevés, ainsi qu’en avril et dans les premiers jours de mai, dans une terre bien cultivée, moyennement mouillée par une pluie douce qui aura précédé. Quand la graine est levée et qu’elle a poussé bien également, on
ceum Linn., ##yp0<. Diosc. 11-119, Holcus durah Forskal, qui serait le véritable djouarisch du persan. Le Millet noir dont il va être question est peutêtre celui dont parle Pline comme importé de l'Inde, et qui est le Sorgho. Pline, XVIII, 40 et Hard., note 23.
(1) Donné par Ibn-al-Awam, art. IX, trad., page 80, comme une espèce de Millet, dont le grain dépourvu d’écorce sert de nourriture aux habitants de l’Abyssinie et de diverses populations qui en font aussi usage. On le mange avec du lait à cause de son âcreté et de sa sécheresse. Les travaux de culture à lui donnés, sont les mêmes que ceux décrits précédemment, pour le Millet: On emploie quatre rotls (1 kgr. 465,74) de grains pour 100 carreaux.
donne un binage, on enlève toutes les mauvaises herbes, et; quand l’épi est bien plein et qu’il arrive à son point de maturité, on recueille les épis au fur et à mesure qu’elle se manifeste ; on fait sécher, puis on extrait le grain de l’épi. Si on sème ensemble le panic et le fenouil, ils réussissent bien, sans que l’un nuise à l’autre.
Suivant l'Agriculture nabaihéenne, le Millet est une culture d'été, et l’auteur dit: Dans nos climats, nous le semons depuis le 24 d’adar (mars) jusqu’à pareil jour de nisan (avril), en observant que ce qui est semé en adar et au commencement de nisan réussit beaucoup mieux ; cependant, ce qui est semé plus tôt vient bien aussi. Le Millet exige une eau abondante et continue, à peu près autant que ce qu’exige le Riz, qui, pourtant, en demande encore davantage. Le Millet veut, quand il est levé et qu’il a atteint une certaine hauteur, qu’on l’allège dans ses feuilles si on voit qu’elles s’étalent trop et que la tige prenne du diamètre ; on pratique cette opération toutes les semaines ou environ, quand la plante a atteint tout son développement et sa hauteur totale.
Suivant Lambouschad, il faut semer le Millet vers la fin de nisan (avril) et dans le mois d’ayar (mai) pendant toute sa durée. Le semis se fait de deux façons : la première en répandant la graine à la volée, puis la couvrant de terre végétale et donnant de l’eau. Par la seconde on mêle la graine à de l’argile qui est déjà un peu sèche ; on en fait de petites boules qu’on plante en ligne (dans des trous), laissant entre chacune d’elles environ deux ou trois empans (de 0 m. 46 à 0 m. 69) ou plus, puis on arrose, remplissant les ouvertures (des trous) avec ce qui se présente et qui peut convenir. On donne de l’eau de façon à couvrir. Quand ja plante a atteint la hauteur d’un empan (0 m. 23) et même un peu moins, on répand par dessus un engrais pulvérulent composé avec de la bouse de vache qu’on a fait pourrir avec des feuilles de courges, d’althéa, de sorbier et de jujubier. Ce dernier jouit de la propriété de servir d’intermédiaire pour faire arriver au Millet l'énergie des substances auxquelles il est mêlé, précisément comme le vin qui, mêlé à l’eau, arrive ainsi dans les parties du corps de celui qui le boit. On administre par la pulvérisation cet engrais
après que la putréfaction des substances a été complète et qu’on les a fait sécher et réduire en poudrette, On peut done semer le Millet à la volée ; c’est moins fatigant pour celui qui en a beau, coup à semer. Le Millet jouit d’une propriété nutritive qui convient très bien à l'espèce bovine et caprine : quand on leur fait manger les feuilles en vert ou qu’on les donne en fourrage, les animaux acquièrent promptement une bonne graisse. Les poules aussi s’engraissent quand on les nourrit de Millet. Le Millet, comme le Riz, cause une grande altération à celui qui en a mangé ; aussi on doit se garder d’en user avec des salaisons.
D’après l'Agriculture nabathéenne, on fait avec le Millet un pain à peu près aussi nourrissant que peut l'être celui de Riz ; le pain de Millet a un goût plus agréable que celui de Riz. Il est nécessaire pour amener l’agglutination des molécules de la farine du Millet, quand on veut la pétrir, de recourir à un intermédiaire, et d'y mêler une certaine proportion de farine de Froment, lavée dans l’eau deux ou trois fois, ou bien de l’amidon, ce qui est encore le meilleur procédé pour amener l’agglutination. On fait la pâte et le pain de la manière suivante : on verse de l’eau chaude dans un grand vase de terre ou de bois, sans interruption, en ajoutant la farine nouvelle par petites quantités, continuant à frapper sans cesse et rapidement avec le morceau de bois, avant que l’eau ne se refroidisse (litt. pour que l’eau ne soit pas refroidie).
Quand toute l’eau est absorbée par la farine, on introduit la quantité de farine de Froment citée précédemment ou d’amidon réduit en poudre, en proportion de la quantité de farine, c’est-à-dire le dixième ou un peu plus. On bat le tout jusqu'à ce que le mélange soit bien complet; on ajoute encore de la farine de Millet et on continue à battre vigoureusement, jusqu'à ce qu'on ait obtenu la consistance d’une pâte molle ; à partir de ce moment, on continue le pétrissage à la main jusqu’à ce qu’on ait atteint les limites de la pâte sèche. On couvre la masse d’un vêtement et on laisse reposer une heure; pour que la fermentation s’établisse, puis on complète la panifi-
cation. On doit pétrir la farine de Millet avec de l’eau chaude, sans jamais user d’eau froide autant que faire se peut ; on y ajoute une certaine quantité de levain tiré de la propre farine de Millet ou de celle de Froment ou bien d’Orge. Le moyen d’assainir (litt. le remède pour) le pain de Millet, de Riz, de Panic, de Djouarisch, de Fève, de Lentille, de Haricot mungo, de Haricot ordinaire, c’est d’en user avec des viandes grasses ou du beurre, des huiles (de diverses espèces), de le couper en morceaux dans du lait, d'y ajouter de l’huile, et de le manger ainsi préparé.
Il n’est donc pas douteux qu'aux époques où vivaient ces auteurs, les Sorghos et Mil à chandelles aient été cultivés en Asie Mineure et en Arabie.
Nous n’avons aucune figure explicative dans les textes. Cependant, il semble que les figures des bas-reliefs assyriens (pl. 1) soient précisément l'illustration de ces textes. Nous pouvons suivre ainsi la culture de ces plantes, depuis le début du vue siècle avant notre ère jusqu’à nos jours, dans ces pays où ces intéressantes Graminées rendent encore tant de services, où, même, en certains points, elles permettent aux hommes de vivre.