CHAPITRE XVII
On peut tirer de l’alcool de deux parties différentes du Sorgho :
19 Des tiges sucrées ;
20 Des grains farineux.
I. — L’extraction de l'alcool des tiges peut se faire à partir du jus de presse ou de diffusion, ou plus simplement en mettant tremper les cossettes dans l’eau et en ensemençant à la levure. On distille ensuite. On peut aussi laisser le jus et les cossettes fermenter seuls. |
Dans les exploitations importantes il est prudent de ne pas compter sur plus de 50 litres d’alcool à 959 par tonne de tiges.
Bourdais (1856) signale en Algérie, province de Constantine, 2.704 litres d’alcool à 940 pour 520 quintaux métriques de « Roseaux » (tiges) dépouillés de leurs feuilles.
Hippolyte Leplay (1858) signale des rendements de :
4 lit. 80 à 5 Lit. 90 d’alcoo!l à 900 pour 100 kilogrammes de tiges non mûres. 4 lit. 30 à 8 litres pour 100 kilogrammes de tiges demi-mûres. 7 lit. 45 à 9 lit. 80 pour 100 kilogrammes de tiges mûres.
dans la région Toulouse-Montauban.
Paul Madinier et G. de Lacoste (1856) signalent des rendements de 9 lit. 9 et 10 lit. 3 d’alcool pour 100 kgs. de tiges en Algérie.
D’après les chiffres publiés par Ruby (1921), les rendements
à l’hectare en alcool calculés à 5 litres d’ alcool à 950 par tonne de tiges effeuillées auraient donné :
Tiges ; effeuillées Alcoo! à 95°
Sorgho sucré hâtif de Minnesota............... 25.400 1.270 litres PS oloieunes de de RD ENS crc bia 24.700 1.235 — MOTARD EN PE UE RIM Ten Prin ee ee CACAEe 47.700 2.885 —
Mas seantdelserbiet eee Re tree 20.200 4.010 —
Gèze (J.-B.) (Jour. Agric. du Sud-Ouest, juin 1922), dit avoir récolté au domaine de Villeciare, région toulousaine, jusqu’à 6,200 kilogr. de sucre, correspondant à 3,700 kilogr. d’alcool pur à l’hectare.
L'alcool obtenu à partir des tiges des Sorghos sucrés fermentées est un alcool bon goût qui rappelle le « tafia ».
Il pourrait avoir dans l’avenir une grosse importance industrielle surtout si les pulpes étaient utilisées dans la fabrication de la pâte à papier. :
II. — Les grains de divers Sorghos ont été utilisés en distillerie pendant la guerre. Le Sorgho à balai provenant du Midi, de Vaucluse en particulier, et le Dari ou Douro, provenant d'Egypte et de Syrie, ont été employés à la distillerie de Melle (Deux- Sèvres) ettraités par le procédé Amylo.
Le procédé à l'Amylo est basé sur la propriété qu ent certaines moisissures (ici, l’Amylomices Rouxu, du groupe des Mucors) de saccharifier directement l’empois d’amidon. |
Cette intéressante moisissure fut découverte il y a une vingtaine d’années par Calmette dans la levure chinoise qui est un mélange de levures, de moisissures et de bactéries.
C’est cet Amylomyces Rouxii qui, avec l’Aspergillus orizae, saccharifie l’amidon du Riz dans la fabrication du « saké » ou bière de Riz. L'action saccharifiante de ces moisissures permet de se passer du maltage dans l’industrie de la bière chinoise.
C’est grâce à Boudin, chimiste et à Collette, distillateur à Séclin (Nord), que le D' Calmette a pu appliquer industriellement sa découverte, qui a rendu d’immenses services pendant la
guerre et qui permet aux colonies de se passer d’acide sulfurique ou chlorhydrique comme agent de saccharification.
Sorghos à balai. — Comme nous l’avons déjà vu, le grain du Sorgho à balai est vendu dans le commerce avec ses glumes enveloppantes coriaces. Ces glumes, ainsi que le pédoncule Hgneux qui les accompagne, sont une gêne pour le travail. Ils s’accumulent facilement dans le moût et causent des obstructions dans les tuyauteries, les vannes et les robinets. Il est nécessaire de les éliminer tout d’abord par un travail de meunerie préalable. Les glumes et les pédoncules correspondent à environ 10 p. 100 du poids des grains bruts. Ce grain ne donne pas un moût favorable au développement de la mucédinée et de la levure, aussi ne peuton pas l’employer seul et est-on obligé de le mélanger par moitié avec d’autres matières amylacées.
Le rendement en alcool exprimé à 100 est de 26 à 28 p. 400 du poids du grain brut.
Dari, Douro vu Doura. — Le Dari a été aussi employé depuis plusieurs années par cette usine. Ce grain privé de ses glumes n’a pas les inconvénients du Sorgho à balai. Il se rapproche beaucoup du Maïs en technique industrielle, son rendement en alcool est plutôt inférieur à celui-ci.
Enfin Fernbach a publié (Bulletin de l'Office colonial, janvier 1915) une étude sur des essais de fermentation des Sorghos en vue de leur utilisation pour la fabrication de l’alcool.
Tout en signalant que la saccharification des matières amylacées par l’acide sulfurique ne serait pas pratique aux colonies à cause des prix élevés du produit, à saccharifie lamidon du Sorgho à l’aide de cet acide.
Le meilleur rendement lui a été donné par une Rteonn à 1,50 p. 100 de SO:H? à l’autoclave à 1349 pendant trente minutes. Il a obtenu 72,5 de matières réductrices.
Etude de la fermentation. — Fernbach s’est servi comme agents de fermentation de :
40 Levure J., collection Institut Pasteur ;
20 Saccharomyces pombe, collection Institut Pasteur ;
30 Levure de rhum, collection Institut Pasteur.
Les deux derniers agents n’ont rien donné. La levure J, dont la caractéristique est de travailler en milieu très acide, est avantageuse dans la pratique.
Préparation du moût. — L'’amidon à 10 p. 100 du volume du liquide est saccharifié en présence d’acide sulfurique à 1,50 p. 100 en solution dans l’eau à l’autoclave à 1340 pendant une demiheure. Le liquide est neutralisé par le carbonate de chaux, puis filtré, stérilisé et ensemencé par un pied de cuve de 40 centimètres cubes de levure J et mis à l’étuve à 2802.
Marche de la fermentation. — Début après huit heures environ. Marche normale, de grosses bulles se dégagent pendant quarante-huit heures, puis les phénomènes se ralentissent pour devenir à peu près nuls après trois jours.
Le rendement en alcool est obtenu en partant de 200 centimètres cubes de liquide fermenté. Après une première distiilation on obtient 100 centimètres cubes, qui, soumis à une nouvelle distillation, donnent 40 centimètres cubes d’alcool de bonne odeur.
Le Dosage de l'alcool se fait par la méthode du compte-gouttes de Duclaux sur le liquide de deuxième distillation dilué de son volume d’eau distillée, le liquide étant trop concentré.
On obtient ainsi à 159 140 gouttes, soit 9 p. 100 d’alcool d’après les tables Duclaux. su
Comme le liquide est dilué de moitié il faut doubler ce chiffre pour avoir le pourcentage d’alcool contenu dans 40 centimètres cubes de distillat, soit 18 p. 100 ce qui nous donne : ee AA pour 40 centimètres cubes correspondant à 200 centimètres cubes de moût fermenté, soit :
3 ce. 6 p. 100;
36 centimètres cubes pour un litre.
36 litres d'alcool pour 100 kilogrammes de farine de Sorgho, le moût étant à 10 p. 100 de matière première. Le rendement est très intéressant. |
Pour les colonies, il serait nécessaire de mettre au point une saccharification plus pratique; celle à l’'Amylo employée à Melle
pourrait très bien convenir. Elle est employée déjà pour la fabrication de l'alcool de Manioc, rien n’empêcherait d’ailleurs de mélanger ces deux matières premières pour obtenir un meilleur travail. Peut-être la matière colorante du Sorgho à balai est-elle cause de cette mauvaise attaque à l’Amylo. Peut-être aussi la matière grasse entre-t-elle seule en ligne de compte.
Je sais bien que la fabrication de l’alcool aux colonies n’est pas à encourager, ce poison cause assez de ravages dans la population indigène de certaines de nos possessions pour. qu’il ne soit pas nécessaire d’insister. Il n’en est pas moins vrai que notre industrie métropolitaine a besoin d'alcool et que, plus bas sera son prix de revient, moins chers seront nos produits organiques et matières colorantes. Son emploi dans les moteurs à explosion est aussi à envisager.
C'est à ces points de vue seuls qu’il est intéressant.