‹ Le sort de l'Empire ottomanChapitre 29 sur 43 · Juifs · texte numérisé non relu

Juifs

Les Juifs, obligés d'une façon barbare d'évacuer Jaffa, ont également eu à souffrir.

1 Au moment de mettre sous presse, nous prenons connaissance d'une communication du ministère des Affaires étrangères de Grèce, contenant les plus graves accusations contre les Turcs et les Allemands relativement au massacre des Grecs en Asie Mineure. On comprend aisément pourquoi ces documents n'ont pas vu le jour jusqu'ici. Ee Gouvernement de Constantin avait tout intérêt à faire le silence sur ces faits :

« Athènes, 19 septembre 191 7.

» Ee ministère des Affaires étrangères a communiqué à la presse trois documents relatifs aux persécutions des populations grecques de l' Asie-Mineure et à la destruction de la ville d'Aivali. D'après ces documents, les ordres du massacre des Grecs irrédimés émanent du grand état-major allemand qui est l'auteur responsable de ces actes de violence.

» Ee premier de ces documents est un rapport du consul grec d'Aivali qui fait la description des scènes d'horreur commises envers les habitants par les autorités turques. Il décrit comment le Métropolite, après avoir insisté auprès des autorités afin qu'on cesse les exils et les massacres des habitants, et après avoir reçu une réponse négative, << parce que les ordres venaient d'Allemagne et ne pouvaient être rétractés », sortit un revolver de sa poche et se suicida sur la place. Ee consul déclare en outre que le préfet de la ville lui a également déclaré que les ordres venaient d'Allemagne et qu'il n'y avait rien à faire.

» Ee second de ces documents est un rapport du ministre de Grèce à Vienne, M. Grypari, qui est certain, lui aussi, que malgré les promesses du gouvernement autrichien, les persécutions de la population grecque ne cesseront pas parce qu'elles font partie du programme germano-turc, dont le projet est d'exterminer complètement l'élément grec d'Asie Mineure.

» Enfin, le troisième rapport est fait par le ministre de Grèce de Constantiuople, M. Callergi, qui déclare que les ministres turcs et même l'ambassadeur d'Allemagne lui ont assuré que la ville d'Aivali n'a été détruite qu'après la décision prise par le grand état-major allemand. (Agence de presse de Saloniqtte.)

Politique étrangère.

La politique étrangère de la Jeune-Turquie, pendant la grande guerre, a été dominée par les deux idées du panislamisme et du nationalisme à outrance, au développement desquelles les Allemands croyaient de leur intérêt d'aider de toutes leurs forces.

Pour ce qui est du panislamisme, son exploitation politique a, pendant la guerre, entièrement passé entre les mains de l'Allemagne. Ce panislamisme berlinois n'a pu obtenir dans le monde musulman le succès rêvé. L'appel à la guerre sainte émanant d'un Calife fictif, allié officiel des Allemands infidèles et prisonnier de fait des Jeunes-Turcs, n'a pu émouvoir les consciences des fidèles. Il a, au contraire, provoqué la protestation enflammée du Chérif de la Mecque, gardien des Lieux saints de l'Islam, dont la révolte a couvert de ridicule l'entreprise honteuse des Turco-Allemands. La « guerre sainte » menée contre le gardien du Tombeau du Prophète et accompagnée de la profanation de ce tombeau par les soldats turcs, voilà à quoi la politique allemande a amené l'Empire Ottoman. Guillaume II a détruit à tout jamais le Califat des Osmanlis.

En ce qui concerne le culte du nationalisme, il n'a apporté à la Turquie que la reconnaissance, par l'Allemagne, de l'abrogation des capitulations, soit, pour ainsi dire, un certificat d'Etat civilisé. Cependant, vu l'incompétence absolue de l'Etat bréveteur, les puissances civilisées ne reconnaîtront dans ce brevet qu'un brevet de culture néo-allemande, un brevet de Kultur. Enfin, quant à la dénonciation turque des traités de Paris et de Berlin, les Puissances en prendront acte comme d'une renonciation formelle de la Turquie aux garanties dont le concert européen l'avait trop imprudemment entourée.

Page 1