CONCLUSIONS DE LA QUATRIÈME PARTIE
La science actuelle s'efforce de s'émanciper des théories allemandes touchant la suprématie de la Force sur le Droit. La doctrine psychologique, qui nie la souveraineté de l'Etat et qui reconnaît la souveraineté du droit impersonnel, gagne du terrain. Des voix de plus en plus nombreuses, et appartenant aux plus grandes autorités scientifiques non-allemandes, proclament le principe de la solidarité des peuples interdépendants et l'existence d'un droit humain et d'un droit international, qui tous les deux priment le droit de l'Etat au nom de la Communauté internationale. L'intervention d'humanité est déclarée par cette école la sanction nécessaire du respect des droits de l'homme et de la nation par les Etats.
Le but de guerre général des peuples alliés de l'Entente, tel qu'il est clairement exprimé par les manifestations de leurs organes compétents, est la création d'une ligue de paix des nations démocratiques, s'appuyant sur la supériorité de sa force collée-tive et assurant à chaque peuple la liberté de son développement et l'égalité des droits.
l'empire ottoman et ee droit humain 585
L'Allemagne et ses Alliées tâchent de voiler encore à l'heure actuelle (septembre 1917) leurs buts de guerre annexionistes sous des formules vagues et ambiguës, qu'elles adaptent toujours à la carte de guerre du moment. Cependant, il résulte de ces formules mêmes que le groupe allemand ne reconnaît pas le droit des peuples de disposer d'eux-mêmes. L'Allemagne et ses satellites se dressent en face des Alliés en champions de la Force brutale contre les champions du Droit.
En dehors de ses buts de guerre contre ses ennemis, l'Allemagne poursuit un but spécial à l'égard de son alliée — la Turquie. L'Allemagne vise à défendre l'intégrité de l'Empire Ottoman contre toute attaque venant d'une tierce puissance, mais elle aspire, en même temps, à une mainmise complète sur la Turquie, qu'elle a, d'ailleurs, réalisée en grande partie.
Le but de guerre spécial de l'Entente, par rapport à la Turquie, est « le rejet hors d'Europe de l'Empire Ottoman décidément étranger à la civilisation occidentale » et « l'affranchissement des populations soumises à la sanglante tyrannie des Turcs». C'est la destruction de l'Empire Ottoman.
Le but de guerre des Alliés à l'égard de l'Empire Ottoman se justifie absolument par leur conscience juridique, leur droit humain intuitif. C'est en chevaliers de ce nouveau droit, qui ne permet à aucune nation d'en opprimer une autre, que les Alliés de l'Entente croisent le fer avec les membres de la Quadruplice. L'avènement du règne de l'Ordre et de la Liberté apparaissant à
la conscience des Alliés comme incompatible avec la tutelle turque sur d'autres nations, celles-ci doivent, ou recevoir leur indépendance dans les limites du droit humain et international, ou bien, en cas d'infériorité temporaire, être placées sous une garde plus humaine, exercée sous le contrôle de la Communauté internationale.