‹ Le sort de l'Empire ottomanChapitre 8 sur 43 · CONCLUSIONS DE EA PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS DE EA PREMIERE PARTIE

A. IyA POLITIQUE INTÉRIEURE DES JEUNES-TURCS

i° Pendant la première période (juillet 1908-avril 1909), les Jeunes-Turcs opposaient au despotisme de la théocratie turque l'idéal d'un Etat ottoman et libéral. Cet idéal ne comprenait que la reconnaissance des droits de chaque citoyen, comme ottoman, et non pas la garantie des droits des différentes nationalités de l'Empire. Ennemis dès la première heure de la décentralisation qui, d'après eux, devait fatalement amener la désagrégation de l'Etat, les Jeunes-Turcs succombèrent le 31 mars 1909 sous les coups d'une coalition hétérogène des partisans de l'ancien régime et des éléments non-turcs, coalition adroitement formée par les mains expertes du Sultan Abd-ul-Hamid.

2. Revenus au pouvoir, les Jeunes-Turcs, pendant la seconde période d'exercice de leur puissance (avril 1909-juillet 1912), ne surent pas mettre à profit les enseignements de la catastrophe du 31 mars. Maîtres absolus de la situation, ils pouvaient imposeï à leur pays arriéré toutes les réformes dont il avait besoin. Mais au lieu de compléter l'ottomanisme par la décentralisation, qui seule aurait peut-être pu sauver le pays, ils abandonnèrent peu à peu même les grands principes de leurs premiers jours, — la tolérance religieuse, l'ottomanisme et le libéralisme. Ils firent d'abord leur paix avec l'Islam militant et mirent la nouvelle constitution radicale sous la protection de la loi sacrée musulmane. En même temps, ils devinrent des panislamites plus ardents qu'ABD-UL-HAMiD lui-même. L'ottomanisme fit place à un nationalisme aigu, qui se manifesta par des persécutions et des répressions sanglantes des éléments non-turcs. La lutte contre l'opposition turque elle-même prit des formes de plus en plus despotiques, pour ne pas dire terroristes. Et, vers la fin de la période, la Constitution fut remaniée dans un sens hostile au Parlement et favorable au Sultan, prisonnier des Jeunes- Turcs. Le pays était entre les mains d'un club jacobin, turc et

panislamite. L'armée ottomane intervint de nouveau, amenant au pouvoir l'opposition.

3° Cette opposition, se disant libérale, n'était en réalité animée que d'un esprit mesquin de rancune et de vengeance, et non pas du souffle généreux qui aurait pu sauver la patrie. Elle manquait, comme les Jeunes-Turcs, de véritables hommes d'Etat, et elle n'avait pas, d'ailleurs, la farouche énergie de ces derniers. Pendant les six mois qu'elle resta au pouvoir (juillet 1912-janvier 1913), l'opposition ne sut pas remédier à l'état de choses créé par ses ennemis et se trouva impuissante devant la crise provoquée par la guerre balkanique. Aussi l'armée, véritable régulatrice de l'exercice du pouvoir, se tourna-t-elle de nouveau du côté des Jeunes-Turcs.

40 La quatrième période du régime jeune-turc d'avant la guerre (1912-1914) ne saurait être qualifiée d'un autre nom que de celui de Terreur. Terreur envers l'opposition turque, terreur envers les peuples non-musulmans et non-turcs. Ayant sous les yeux le rapide déclin économique du pays, se trouvant sous le coup d'une banqueroute d'Etat inévitable, se débattant au milieu d'une véritable anarchie créée par leur politique bornée et fanatique, les Jeunes-Turcs s'engouffraient cependant chaque jour davantage dans la même voie, comme fascinés par les deux buts qui semblaient constituer maintenant tout leur programme : le panislamisme et le panturquisme.

B. La politique extérieure des Jeunes-Turcs

L'amitié sincère dont l'Entente, dès les premiers jours de la révolution, lit preuve à l'égard de la nouvelle Turquie ne fut appréciée par celle-ci que pendant très peu de temps. La raison eu était que les sympathies pour le nouveau régime ne pouvaient. induire la Russie, la France et l'Angleterre à appuyer la politique jeune-turque, lorsqu'elle entra résolument dans les voies d'Abdul-Hamid, que ces trois puissances avaient toujours combattues. I.,i persécution «les peuples non-turcs provoqua donc de la part de l'Entente la même opposition que du temps du Sultan Rouge. Par contre, l'Allemagne et l'Autriche, non seulement ne contrecarraient pas la sanglante politique des Jeunes-Turcs à Tinté-

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rieur, mais encore excitaient et encourageaient leurs plus folles et leurs plus effrénées ambitions à l'extérieur. 1/ Allemagne poussait les Turcs vers la Perse, vers l'Egypte, vers le Causase. Et les politiciens jeunes-turcs ne s'apercevaient pas qu'ils servaient tout simplement les visées pangermanistes ; ils ne sentaient pas que le lacet allemand entortillait de plus en plus tous leurs membres. Même la guerre balkanique, résultat de leur politique à courtes vues, ne dessilla pas leurs yeux et les jeta, au contraire, définitivement dans les bras de l'Allemagne. Ils furent les misérables jouets d'une diplomatie fourbe et sans scrupules, qui finit bientôt par régner sur leurs conseils comme l'étatmajor allemand sur leur armée. Toute la politique extérieure des Jeunes-Turcs depuis leur avènement jusqu'à la guerre doit donc être qualifiée, d'après ses résultats du moins, comme antinationale. Car si ces politiciens ont voulu faire du panturquisme et du panislamisme au détriment des puissances de l'Entente, ils n'ont abouti qu'à livrer ce qui leur reste aujourd'hui de leur pays aux griffes du -pangermanisme.

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