Tout corps tend à conserver l'état où il est
2. Le changement, augmentation ou diminution du poids, est proportionné à la force imprimée.
3. L'action et la réaction sont égales. Il est évident que la réaction de l'eau contre les rames fait avancer un bateau.
5[ Le ressort des corps est une suite de l'action et de la réaction. Descartes tâchait en vain de l'expliquer difficilement par la matière subtile.
5[ Il ne faudrait qu'un point fixe et un poids d'une demi-once pour enlever la terre. On peut enlever un homme avec un cheveu appliqué à la branche d'un levier.
5[ Il n'y a point d'homme qui ait la force de se lever de son séant sans changer le centre de gravité de son corps.
5[ Il n'y a point d'homme qui ne soulève cinq ou six cents pesant, la force étant bien appliquée, et qui
ne puisse résister à l'effort de plusieurs chevaux qui le tireraient avec une corde.
Preuves contre les Tourbillons de Descartes.
On prend un tube de verre rempli d'huile de tartre, d'huile de pétrole, de grains de terre et d'esprit-devin; on fait tourner le tube autour d'un centre, et la force centrifuge porte la matière la plus pesante au point le plus éloigné du centre. Sur ce fondement, raisonnons ainsi : les planètes seraient plus, ou moins, ou autant pesantes que la matière dans laquelle elles nageraient*: dans le premier cas, elles s'éloigneraient toutes de leurs orbites; dans le second, elles seraient précipitées au soleil, centre de leur mouvement; dans le troisième cas, elles devraient fournir des carrières égales, ce qui est contraire à l'expérience, puisque Saturne fait son tour cent vingt fois plus lentement que Mercure.
Expérience de la table tournante.
On met sous le centre de la table un poids attaché à un fil, qui représente la force centripète.
5[ Les philosophes malabares disent qu'autrefois le
soleil avait sept yeux; ce sont les sept couleurs de Newton.
y[ Toutes les sciences sont à présent comme la lanterne magique : ce fut d'abord une invention admirable; actuellement les Savoyards la montrent pour un sou aux servantes.
5f Sanderson, aveugle-né, professeur de mathématiques à Cambridge, a fait un beau traité d'optique.
Luc de Combrossy, aveugle-né, était bon sculpteur, et, quand il tirait quelqu'un en marbre, il le faisait très bien ressemblant.
5f Un Dominicain demandait une grâce au roi d'Espagne. Le roi lui dit : « J'en parlerai à mon Conseil. — Sire, reprit le moine, une dame me demandait hier, à confesse, à quel saint il fallait se vouer pour avoir des enfants : «Madame, lui dis-je, je ne m'adresse ja- « mais à d'autres pour les choses que je puis faire par « moi-même. »
5f Un capitaine de vaisseau se confessait, en mourant, d'avoir juré Dieu toute sa vie. « Mais je me flatte, ajoutait-il, que Dieu voudra bien considérer que j'étais homme de mer. »
La maréchale de Brissac disait : « Dieu y pensera à deux fois à damner une personne de ma qualité. »
5f La perte du temps au jeu : on y perd tant de temps à mêler les cartes !
5[ Madame de Longueville à M. deL. K. : « Je viens de confesse; j'y ai été trois quarts d'heure, et j'ai eu le plaisir de n'y parler que de vous. »
5[ La reine Christine disait à Pimentel, en voyant un tableau de la Vierge et de Jésus : « Elle n'a eu qu'un fils, et que de guerres à son occasion! Si elle avait eu deux enfants, la terre serait dépeuplée. »
5f Le comte de Konismar prit, à Leipsick, douze apôtres d'argent et en fit de la monnaie : « Il faut, dit-il, qu'ils aillent prêcher par tout le monde, >■>
5[ Lévi, juif, capitaine de vaisseau sous Pointis, prit un beau collier à une Vierge de Carthagène : « Ma cousine, dit-il, ces parures sont trop mondaines. »
5[ Un curé donna à une vieille un jeton d'ivoire pour une hostie : « Je crois, dit-elle, que vous m'avez donné le Père éternel, tant il est coriace : je ne puis l'avaler. »
5[ « Messieurs, M. le curé vous prêchera dimanche le miracle de cinq personnes nourries avec trois mille pains et cinq mille poissons. » A cette annonce, tout le monde se mit à rire. «. Petit malheureux, cria le curé, c'est tout le contraire! Va dire que c'est trois mille personnes nourries avec cinq pains et trois poissons. — Ah! Monsieur, si je Pavais dit comme ça, on aurait ri bien davantage. »
5f « Combien y a-t-il de Dieux? demandait un curé à un paysan. — Il y en a trois. — Va-t'en, coquin ! Je ne te marierai point. » Le paysan s'en va et trouve en chemin son camarade qui allait se marier, à qui il conte son cas. « Parbleu! dit l'autre, j'aurais répondu:
Il n'y en a qu'un. — Va, va, dit le premier, comme tu seras marié! Je lui en ai baillé trois, et il n'a pas été content. »
5f Dans la Fleur des SaintSj saint Amable fait le voyage de Rome, accompagné d'un rayon de soleil qui lui portait en l'air ses gants et son chapeau.
5[ Saint Bernard allant au concile, le diable cassa une roue de son équipage; saint Bernard l'obligea à rouler à sa place.
Ç[ Les moines de Saint-Denis ont écrit qu'ils avaient vu Charles-Martel emporté par le diable, parce qu'il les avait fait contribuer aux besoins de l'État.
5f Histoire des Cordeliers d'Orléans, qui firent cacher dans la voûte un de leurs moines pendant qu'on enterrait un Rochechouart. Le moine cria : « Je suis damné! » Procès fait aux moines.
5f Richard Cromwell disait : « Je suis né dans un temps où on était las des protecteurs, et mon père dans un temps où on était las des rois. »
5f Histoire du saint Indien (dans Bernier, rapportée dans Locke), qui f...ait son ânesse, et le peuple criait: (( Hosanna! oh! le saint! oh! le saint! Il n'en veut ni à nos femmes ni à nos filles; il f... son ânesse par humilité. »
A propos de ce conte, un Conseiller de Toulouse, rapportant le procès d'un pauvre paysan imbécile qui avait couché avec son ânesse, dit : « Messieurs, il ne s'est pas mésallié. ))
Milord Brunker, à son maître d'hôtel, qui accusait
un palefrenier de f sa jument : « Je ne me mêle
pas de leurs amours. »
51 M'"^ Acosta dit, en ma présence, à un abbé qui voulait la faire chrétienne : « Votre Dieu est-il né juif? — Oui. — A-t-il vécu juif? — Oui. — Est-il mort juif? — Oui. — Eh bien ! soyez donc juif, w
5[ Louis XIII, étant venu tenir son lit de justice, fit défendre les remontrances. Le président de Verdun dit : « On nous ordonne de nous taire sur les édits et de ne parler que pour faire l'éloge du gouvernement. Muets sur l'un, quand nous sommes obligés de l'être sur l'autre, il ne nous reste de voix que pour prier le Ciel qu'il éclaire Votre Majesté. »
Ç[ Henri IV demandait à l'ambassadeur Don Pedro si le roi d'Espagne était amoureux. Don Pedro dit que son roi n'était pas si faible. « Comment ! dit Henri, n'a-t-il pas assez de vertus pour payer un vice ? »
5[ Un pauvre Espagnol, amoureux d'une femme qu'un mari cocu et jaloux gardait à vue, laissa tomber devant la porte un paquet où il y avait : «Vingt écus, pour le porter au duc de l'Infantado. » Le mari prend le paquet et le porte au duc. Il y avait dans la lettre : « Duc de rinfantado, gardez-moi ce cocu et payez-le. » Le duc n'y manqua pas.
5[ « A quoi sert la lecture ? disait Louis XIV au duc de Vivonne. — Sire, dit-il, à faire à l'esprit ce que font à mes joues les perdrix de Votre Majesté. »
5[ Quelqu'un venait de se servir avec le roi du mot de raison pérempioire. « Savez-vous ce que è'est que
raison péremptoire? dit-il à Cavois. » Cavois ne répondit rien. « Cest, dit le roi, une raison à laquelle il n'y a point de réplique. — Cest ce qui fait, dit Cavois, que je ne répliquais mot, »
51 Le roi fît un signe de bonté à un pauvre diable fort mal vêtu. Le comte de Grammont prit la liberté de demander au roi comment il connaissait cet homme. « Il m'a bien servi, dit le roi. — On le voit bien à son habit! » dit le comte,
5[ Despréaux était à l'armée de M, le Prince, où les colonels n'avaient pas dix-huit ans, « Eh bien. Despréaux, que pensez-vous de mon armée? dit le Prince. — Monseigneur, elle sera fort bonne quand elle sera majeure. »
5[ « Le roi a dit..., criait un grand parleur, et le roi a dit encore... — Morbleu! reprit Despréaux, le roi est un grand bavard. »
5[ Un bon huguenot, parlant des persécutions de ses frères, dit de l'un d'eux, qui s'était sauvé : « Enfin Dieu l'abandonna, il ne fut pas pendu. »
5[ M. le duc d'Orléans, pour s'excuser de ne pas tenir ses promesses, disait : « Ces gens-là prennent des paroles d'honnêteté pour des paroles d'honneur, »
Il envoya faire foutre le procureur général du Parlement d'Aix, qui lui répondit: «Monseigneur, je n'ai pas été envoyé ici pour ça. »
5[ M, de Langeais perdit à la fois deux procès : il fut déclaré impuissant par un arrêt, et condamné par un autre pour avoir fait un enfant.
La mère de M. de Monconseil, ayant intenté contre son mari un procès d'impuissance, accoucha chez un de ses juges.
J'ai la copie d'un arrêt du Parlement de Grenoble qui déclare que la dame d'Apremont a été engrossée en songeant à son mari, et qui rend légitime son fils, né deux ans après que le mari avait été fait esclave à Alger.
51 Dans le columbarium d'Auguste, on lit cette inscription : JuUa a masturbationibus.
*[ A la Chambre des Poisons, M. de Nevers accusa son cuisinier, disant que c'était le plus grand empoisonneur de Paris.
51 Sur une paillardise de la reine Marguerite, Henri III écrivit au roi de Navarre et lui conta le tour; mais, les choses étant apaisées, il lui écrit de nouveau que ce sont pures calomnies et qu'on en avait dit autant de la reine sa mère. « Le roi, mon beaufrère, dit Henri IV, me traite, par sa première lettre, de cocu, et, par la seconde, de fils de putain. »
5[ La phrase ordinaire de Cromwell était de chercher le Seigneur. Un jour qu'il buvait avec Milton et Walles, tous trois étaient sous la table à ramasser un tire-bouchon. Les députés du Clergé arrivèrent; on les fit attendre, et Cromwell dit : « Ces faquins-là croient que nous cherchons le Seigneur, et nous ne cherchons que le tire-bouchon. »
5[ Le dernier premier président de Mesmes avait entre ses mains une lettre du P. Poisson, c'ordelier,
qui commençait ainsi : « Le v.. m'est allongé d'un demi-pied, ma chère Flonflon, en lisant ta lettre. Je vais prêcher un bon carême, et cela servira pour tes couches. »
51 On prétend que le pape Benoît XIII disait : « Je crois que mes prédécesseurs étaient infaillibles; mais, pour moi, j'avoue que je ne le suis pas. »
5[ Le roi voyant son royaume sur la carte et disant que cela est peu de chose : « Sire, lui dit un ambassadeur, tant vaut l'homme, tant vaut la terre. »
5[ « Je te casserai la tête avec mon pot, disait une vieille femme à une autre. — Et qu'est-ce qu'il y a dans ton pot? — La moitié d'un chapon. — Eh bien ! mangeons-le ensemble. »
5[ Le comte Peterborough, ennemi de Marlborough, fut pris un jour pour lui par le peuple, qui cria : « Vive le duc de Marlborough ! — Coquins ! dit-il, pour vous prouver que ce n'est pas lui, tenez, voilà de l'argent. » Et il leur jeta des guinées.
5[ Un homme disait d'un de ses camarades : « Monsieur, je fus tout étonné quand, à la trente-deuxième pinte, il tomba sous la table; je crus qu'il tombait du haut mal. »
5[ L'abbé Gravina saluait toujours les chevaux, en disant : « Nous leur avons une grande obligation, car sans eux c'est nous qui tirerions les carrosses du roi. »
Ç[ Le cardinal Alberoni disait de la campagne de Rome : « Si j'étais pape, ce pays serait habité, dût-il l'être par des Turcs. »
5f On fit une chanson contre MM. de Marsilly :
Honneur à monsieur Marsilly
Et au sot vicomte son frère !
Ce sont deux grands porteurs d'ennui,
Sicut erat monsieur leur père.
Ils le sont et le seront In secula seculorum.
51 Un homme légua cent écus pour faire dire des messes, « et en cas, dit-il, que la messe vienne à ne rien valoir, je les laisse à l'hôpital. »
5f Le P. Talon a dédié un livre à la Trinité, et on y trouve une belle apostrophe au Néant.
5[ Mézeray dit que Henri V mourut des hémorroïdes, parce qu'il s'était assis sur le trône sacré de nos rois; que, le frère de Louis XI ayant été empoisonné dans une pêche, la mort entra dans cette maison, par le péché; que le marquis de Pont, fils du duc de Lorraine, remporta la couronne de Vénus, au lieu de celle de France.
5[ L'évêque de Noyon (Tonnerre), dont l'abbé de Caumartin s'était moqué hautement en le recevant à l'Académie française, écrivit au roi cette lettre : Sire, l'abbé de Caumartin, pressé, poussé, possédé, sifflé par le diable^ a prononcé à l'Académie un discours critique, satirique, caustique, ironique, excentrique ; la charité chrétienne me défend d'en faire une censure affirmative, mais la vérité chrétienne m'oblige de dire, sinon ce qu'il est, du moins ce qu'il n'est pas. Il n'est ni sacerdotal par
rapport à lui, ni épiscopal par rapport à moi, ni royal par rapport à Votre Majesté. Il n'est point sacerdotal, puisqu'il n'y dit pas un mot de FEcriture ni des saints Pères; il n'est point épiscopal, puisqu'il tourne un évèque en ridicule; il n'est point royal, puisqu'il ne dit rien de Votre Majesté, sinon que vous vous mettez à rire toutes les fois que vous me voyez.
5[ L'évêque d'Evreux disait : « Messieurs, tout ce que je vous ai dit là, je ne l'ai pris ni dans l'Écriture, ni dans les Pères ; tout cela part de la tête de votre archevêque. »
5[ On fit présent d'un cheval noir et blanc à un curé; il disait que c'était une œuvre pie.
5f Un laquais de M. de Maurepas se maria et s'intitula, dans le contrat, « premier commis de M. de Maurepas, lequel a déclaré ne savoir signer son nom. »
51 Fatouville donnait la main, sur un'pont fort étroit, à une petite fille : « Prenez garde. Mademoiselle! Si votre pucelage tombait? — N'ayez pas peur, Monsieur, je l'ai fait attacher ce matin avec un clou gros et long comme cela !... »
5[ Don Louis de Haro disait du cardinal Mazarin : « Il a un défaut, c^est qu'il est toujours fripon. »
51 Un jeune homme disait à ce bougre d'abbé d'Ambreville : « Monsieur, j'avais des cheveux qui me tombaient sur le cul. — Ah! Monsieur, ils étaient bien heureux! »
5] « Quel bougre de prêtre! disait quelqu'un à
- 7» — l'abbé Servien, qui lui avait marché sur le pied. — Monsieur, je ne suis pas prêtre. »
5[ Trois marchands associés mettent ensemble trois mille pistoles : un d'eux en est fait le gardien, à condition qu'il n'en fera usage qu'avec le consentement des deux autres, faute de quoi il sera obligé de payer la somme entière à ses associés. L'un d'eux vient trouver le dépositaire et lui fait voir clair qu'il y a cent pour cent à gagner s'il délivre les trois mille pistoles dans le moment, pendant l'absence du troisième. Le dépositaire les donne, l'associé les reçoit et va aux Indes. Le troisième associé se plaint et demande qu'on lui paye la somme entière, selon le marché. « Attendez, lui dit le juge, que votre autre compagnon soit revenu des Indes, puisque c'est aux deux ensemble qu'il faut payer. »
5f Un Turc prête de l'argent sans témoins ; l'emprunteur refuse de payer et dit qu'il n'a rien reçu. « Avez-vous des témoins ? dit le cadi au prêteur. — Non, il n'y avait qu'un arbre. — Allez me chercher cet arbre tout à l'heure. » Et puis le cadi expédie d'autres affaires, et le fripon d'emprunteur reste. Un moment après, le cadi dit : « L'arbre est bien longtemps à venir. — C'est qu'il est à deux lieues d'ici, répond le fripon. — Ah! ah! dit le cadi, c'est donc vrai que vous avez en effet pris son argent auprès d'un arbre ? » Et il condamne mon vilain.
5[ Cavois disait : « Le Dieu des calvinistes est un roi qui, entrant dans sa capitale, dit : « Que là moitié
ce de mes sujets soupe avec moi, et qu'on pende l'autre.» Le Dieu des Jansénistes ordonne que tout le monde le suive, et fait pendre ceux qui ont la goutte. Le Dieu des Jésuites pardonne aux goutteux et donne à souper à ceux qui l'ont bien servi. »
5[ « Monsieur, votre maison brûle ! — Allez- vousen dire cela à ma femme. Vous savez que je ne me mêle pas du ménage ? »
5[ « Monsieur, Madame est en apoplexie! Montez donc. — Je n'ai plus que deux lignes à écrire. Tout à l'heure! — Monsieur, Madame se meurt. — J'y vais. — Monsieur, elle est morte! — J'en suis fâché, c'était une brave femme. »
5f « Monsieur Seutler, avez-vous le secret de monsieur votre père (son père f... ait douze coups) ? — Non, Madame, mais il est dans la famille, c'est ma sœur qui l'a. »
5[ (' Qu'est-ce que vous voulez, ma bonne ? dit Monsieur à une vieille qui s'approchait du roi. — Hélas! je voudrais que le roi me fît avoir une audience de M. de Louvois. » Elle eut son audience, Louvois ne répondit rien. « Monsieur, dit-elle, serrez-moi la main, si vous m'entendez. »
5f Le père Hercule, de la Doctrine chrétienne, composa un sermon que l'évêque de Paris récita. Quelqu'un dit qu'il venait d'entendre prêcher les travaux d'Hercule.
5[ Dans le canton de Glaritz, on taxe un soufflet dix écus. Un voyageur, n'ayant point d'argent, dit à
l'hôte : « Monsieur, je vous dois quatre écus. Donnezmoi un soufflet, et rendez-moi mon reste. »
5[ « J'ai dîné hier chez d'Ambreville. Cadedious! il fait une délicate chère! — Mais, Monsieur, il fut brûlé avant-hier! — Ah! pardieu! j'oubHais cette particularité. »
5f Un curé, le jour de Pâques, ayant perdu son missel, envoie demander au curé voisin quelle messe on dit ce jour-là. Le curé écrivit que la messe commencerait par : Kequkvit, resurrexit, et donna le papier à un petit garçon. Le petit garçon oublie le papier et se souvient seulement que la messe devait commencer par un requi. « Ah! oui, oui, j'entends, dit le curé; c'est une messe de requiem pour Dieu, qui mourut il y a trois jours. «
51 Le curé de Trépigni, près de Reims, ayant desservi vingt ans sa cure avec beaucoup de vertu, a fait un testament par lequel il déclare son incrédulité et les raisons qu'il a de ne rien croire.
5f « Comment vous nommez-vous? — Madame, je m'appelle f...re, répondit le vilain. — Apparemment, Monsieur, que Jean est votre nom de baptême? »
5[ Un marchand de drap calviniste apportait, pour raison de son opiniâtreté, que le pape prétend disposer du temporel des rois. « Mais, lui dit-on, il n'a jamais prétendu disposer du temporel des drapiers! » Et mon homme se convertit.
5[ Quand Casaubon vint en Sorbonne : « Voyez,
lui dit-on, l'endroit où on dispute depuis cinq cents ans. » Il demanda : « Qu'y a-t-on conclu? »
5f Un paysan, qui avait rendu quelques services à Jacques I^'", vint à la cour, sur la promesse d'une récompense. L'huissier de la chambre lui dit : « Tu n'entreras pas que tu ne me promettes de me donner la moitié de ce que le roi te donnera. » Autant lui en dit l'huissier du cabinet. Il entre enfin et dit au roi : <f Sire, je supplie Votre Majesté de me donner une douzaine de coups de bâton , afin que ces messieurs, etc. »
•[ Ce qui jeta dans l'esprit de Charles-Quint la première idée de sa retraite fut la réponse d'Antoine de Lève, qui, sur un coup de sac dont Charles sentait Tinjustice, lui répondit que, si on écoutaitsa conscience, le meilleur prince aurait trop de scrupule.
5[ Mahomet b. . .ait après sa mort. Toutes ses femmes l'assurèrent.
5[ Le jeu de trictrac fut inventé par les Perses, et représentait les mois, les jours et les accidents de la vie.
Celui des échecs, par les Indiens. L'inventeur demanda pour récompense un grain de blé sur chaque case, en progression géométrique.
5[ Péterborough envoya dire au maréchal de Tessé qu'il s'étonnait comment on pouvait faire la guerre pour deux sots comme l'archiduc et Philippe V.
5[ Un benêt, à qui on avait volé sa bourse, dit qu'il ne l'avait pas senti parce qu'il était enrhumé.
5[ Un laquais voulait servir un petit-maître, qui lui
demandait un répondant. « C'est moi , Monsieur, qui vous en demande un, » dit le laquais.
5[ On a dit du...., qui avait encore de Tesprit quelquefois dans sa vieillesse : « C'est un vieux château dans lequel il revient des esprits. »
îf A.,., qui tenait les mains d'une femme : « Voilà le plus bel ouvrage qui soit sorti de vos mains. » 5f Un aveugle disait : « Parle, afin que je te voie! » 5f Un évêque reprochait à la reine Elisabeth une action peu conforme à l'Écriture : « Je vois bien, ditelle, que vous n'avez pas lu le livre des Rois. »
5f « J'ai un an de plus que lui : donc dans un an nous serons du même âge. »
5f « Si j'épouse ma tante, je serai mon oncle. » 51 « Cette turquoise est si belle et si bonne que je me jetterais d'un troisième étage et que je me casserais le cou sans que la turquoise se fît mal. » 5[ « A chacun son bien, ce n'est pas assez. » 5[ « Où crois-tu que soit l'âme de ce chien? — Ma foi, dans le ventre du loup. »
5[ Un Gascon, buvant un verre d'eau à sa dernière maladie, disait : « On se réconcilie à la mort avec ses ennemis. »
5[ N... avait un saint Antoine dans sa chambre. « Le cochon est dans le cabinet. »
5[ Le duc de Tresmes voulait faire relier un inquarto en in-octavo. — « J'ai vu un bel épithalame de feu Monseigneur... Ah! dit-il, je voulais dire une belle épithète. »
— « Le jour entre de tous les côtés ici pendant la nuit. »
— Il lisait ses heures à l'envers, a C'est que je suis gaucher. »
51 Toutes les femmes titrées voulaient baiser la reine Christine. « C'est apparemment, dit-elle, parce que je ressemble à un homme. »
}[ Un mauvais peintre mettait sa chambre en blanc pour la peindre. « Commencez par la peindre, et ensuite vous la blanchirez. »
5f « J'ai mal à la lèvre, disait-elle. — J'ai un secret, dit-il, c'est d'y mettre ma bouche. — Je crois votre secret meilleur pour les hémorroïdes, » dit-elle.
51 Un bonhomme de cour dit, en voyant les souliers du galant de sa femme auprès du lit : « Je fus si outré que peu s'en fallut que je ne déchirasse les souliers. »
5f Un prédicateur disait : « Quand l'Antéchrist viendra, il séduira le monde avec de l'argent. — Ah! s'écria un Gascon, que vite vienne ce bon seigneur! »
5[ Platon dit que les âmes des parfaits amants sont les plus récompensées après la mort, et celles des tyrans les plus punies.
51 Un pauvre demandait Taumône insolemment, en se disant membre de Jésus-Christ : « Prenez garde de finir comme lui ! »
5[ Il y avait trois dames de Pons assez laides à la cour; on disait qu'elles étaient des ponts sans gardefous, parce que personne ne voulait passer dessus.
5[ Newton disait qu'un Anglais avait converti sa première femme, mais n'avait pas pu venir à bout de la seconde, parce que ses arguments avaient plus de force autrefois.
5[ « On serait heureux, disait un vieux bougre, si les femmes n'étaient jamais venues en France. »
5[ Les hommes parlent souvent très bien de ce qu'ils ne connaissent guère.
5[ Molière, qui était cocu, n'a pas mieux parlé des cocus que Corneille, qui n'a jamais été à la cour, n'a parlé des rois.
5[ Un voleur dépouillait un homme, qui l'aidait afin d'être plus tôt débarrassé de lui. Le volé déchirait sa cravate : « Comment, coquin, dit le voleur, tu déchires notre cravate ! »
5f c( Je commence à comprendre, dit Théodore. — Tant pis, répond l'autre : c'est une preuve que vous ne m'avez pas entendu. »
5[ « Ce que je sais est pour moi. Qu'importe-t-il aux autres ? »
5[ Le Persan Mercoud rapporte qu'Alexandre répondit à ceux qui le faisaient descendre de Jupiter : (' J'ai plus d'obligations à Aristote : Jupiter me fait descendre du ciel à terre, et Aristote me fait remonter de la terre au ciel. »
5[ Musique d'église. C'est rechercher le plaisir des sens dans les devoirs d'un culte établi pour les combattre.
5[ Goltzius, dans l'estampe de Lucrèce , 'a mis
le collier de la Toison d'or au cou de Tarquin.
5[ Balzac dit au Cardinal de Retz qu'il prend le sceptre des rois et la livrée des roses.
5[ « Je ne sais si je ferai des livres, mais je sais bien qu'en ce que je ferai la douceur et la majesté paraîtront en un si juste tempérament que personne n'y trouvera rien de lâche ni de farouche. »
5[ « Si j'ai quelque bonne qualité en moi, elle paraît si peu au dehors qu'il faudrait m'ouvrir l'estomac pour la trouver. »
5f L'espérance est un aliment de notre âme, toujours mêlé avec le frisson de la crainte.
5[ On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui en cultivant la terre font vivre les autres.
5[ Quand les mahométans tuent un mouton, ils disent : « Je te tue au nom de Dieu. » Vraie devise des guerres de religion.
5[ Il faut, dans le gouvernement, des bergers et des bouchers.
5[ Tout est égal. Si le bonheur était attaché à l'opulence, celui qui a dix millions serait dix mille fois plus heureux, de compte fait, que celui qui n'a que dix mille pistoles; comme l'auteur de six volumes n'a pas souvent plus de réputation que l'auteur d'un seul.
5[ Démosthène est repris par Eschine d'avoir dit : « On nous plie comme de l'osier, on nous ébourgeonne comme des arbres, on nous enfile comme des aiguilles. »
5[ En ouvrage d'esprit comme en mécanique, ce que Ton perd en temps, on le gagne en force.
5| Gouvernement féodal subsistant encore, comme un malade guéri qui marche avec des béquilles.
5[ Pourquoi les peintres, qui représentent des héros et des paysans, ne sont-ils point infâmes, et que les comédiens, qui les représentent d'une manière bien supérieure, sont-ils déshonorés pour leur art même? Il est plaisant qu'on excommunie celui qui représente cela avec des lambrequins, parce que la ressemblance est plus parfaite. J'aimerais autant qu'on excommuniât le cercle de cire de la reine.
5[ L'amour-propre est comme une. . , chose agréable, nécessaire et dangereuse, qu'il faut cacher et dont il faut se servir.
y[ Les canapés doivent être, comme eux, bas et larges.
5[ Un pauvre Chinois, que sa mère fouettait tous les jours et qui ne pleurait point, pleura une fois : « Ah! dit-il, c'est que ma mère n'a pu me fouetter fort aujourd'hui; elle baisse, elle va bientôt mourir. »
5[ Jeûner, prier, vertu de bonze; secourir, vertu de citoyen.
51 Dans la secte des lettrés la probité règne. Chez le peuple il y a des vices : c'est qu'ils sont gouvernés par les bonzes.
5[ La religion est comme la monnaie : les hommes la prennent sans la connaître.
5] Un Bizantin vint haranguer à Athènes; il- n'avait
que quatre pieds de haut, on se mit à rire : « Messieurs, dit-il, voilà bien de quoi rire! J'ai une femme qui est plus petite que moi d'un pied; cependant, quand nous faisons mauvais ménage, la maison n'est pas assez grande, etc. »
5f Les rêves sont les intermèdes de la comédie que joue la Raison humaine. Alors l'Imagination, se trouvant seule, fait la parodie de la pièce que la Raison jouait pendant le jour.
5[ Prier Dieu, c'est se flatter qu'avec des paroles on changera toute la nature.
5Ï Segrais disait que l'envie de se faire religieux est la petite vérole de l'esprit, qui prend d'ordinaire vers les quinze ans.
5[ Le prince de Carignan, le sourd, en se mariant, remercia son gouverneur de lui avoir appris à pisser joyeusement.
5[ Un Crouï, archevêque de Cambrai, laisse tout à ses bâtards, et réserve cent mille francs pour ceux que Dieu lui fera la grâce de lui donner. Le testament est dans les Archives de Cambrai.
5[ M. de Lassay dit, dans ses Mémoires : « A force de rêver aux choses à quoi je suis propre, j'ai trouvé que je ne suis bon qu'à être roi. »
5f Un des plus singuliers tours de friponnerie est celui du prétendu comte de Moncade, qui se fît chercher et découvrir à la Haye par le marquis de Saint- Gille.
51 Un plaisant conte, à mon gré, c'est celui de deux
époux n'ayant qu'un petit pot de chambre à eux deux : le mari enfin pissa dans une bouteille, la femme y fit mettre un entonnoir, etc. C'est le conte du repas de la grue.
5[ Le calife Aroun-al-Raschid aimait l'esclave de son frère; il voulait l'acheter, et le frère avait fait le serment de ne la donner ni la vendre. Le muphti persuada au frère de la vendre à moitié et d'en donner l'autre moitié. Mais la loi défendait au calife de coucher avec la concubine de son frère. Le muphti lui fit épouser un mendiant, qui devait la répudier; mais le mendiant en devint amoureux et ne voulut plus céder sa femme. Le muphti donna pour esclave le mendiant à la femme, et alors il y eut divorce par la loi, et la femme, libre, épousa Aroun-al-Raschid.
J] J'aime le conte de ce roi Amasis, parvenu d'une condition servile à la royauté. Il fit fondre une cuvette dans laquelle il se lavait les pieds, et en fit faire la statue d'un dieu.
5f Selon Montaigne, saint Augustin avait vu un homme qui commandait à son derrière autant de pets qu'il en voulait.
Conte tiré du livre de Todos Jeselius.
Jésus, Pierre et Judas n'ont qu'une oie à souper. Jésus dit : ( C'est trop peu! Couchons-nous, et celui
qui aura fait le plus beau songe mangera l'oie. — J'ai songé que j'étais dans le ciel, à la droite de Dieu, dit Pierre. — Et moi, dit Jésus, j'ai songé que tu étais à ma droite. — Moi, dit Judas, j'ai songé que j'ai mangé l'oie. » En effet, le coquin l'avait mangée.
5[ Le duc de Vendôme, pour se faire par un
postillon, feignit d'avoir un besoin, etc. Un vieux président, mené le lendemain par le même postillon, eut le même besoin. « Ah! j'entends, » dit le postillon, etc.
5[ Un homme se méprend et fait enterrer une femme qu'il croit la sienne, fait marché avec le curé à dix écus, va chez une de ses pratiques demander de quoi faire enterrer sa femme : il la retrouve et en est ébahi. Le curé, qui a fait prix, demande ses dix écus.
Un autre arrive avec une lettre de crédit et meurt; son ami prend la lettre et la porte au banquier : « Je suis mort », dit-il, etc.
5[ Corneille dédia Cinna à Montoron, et compara Montoron à Auguste. O pauvre Corneille!
5[ Rome, qui prenait autrefois les dieux de tous les peuples, en donne aujourd'hui à l'univers.
5f Les généraux ont été irréligieux fort à propos. Sylla, quand on lui dit que le temple de Delphes, qu'il pilla, résonne de la lyre d'Apollon irrité, dit que la musique est signe de réjouissance. Un autre fait
noyer les poulets sacrés, afin qu'ils boivent, ne pouvant manger. Un autre coupe la barbe d'or d'Esculape, disant qu'il n'est pas juste que le fils ait barbe, quand son père Apollon n'a pas poil au menton.
5f Sois droit ou redressé.
5[ Est-il possible que notre âme puisse composer notre visage, et non elle-même?
5[ Épicure était un vrai sage. « Ouoi que tu entreprennes, dit-il, mets-toi toujours acvant les yeux un homme de bien. »
51 Pourquoi toutes ces plaisanteries sur la religion? On n'en a jamais fait sur la morale.
Un poète arabe finit un de ses poèmes par tourner en ridicule les chrétiens, les juifs et les païens. « Le monde est composé, dit-il, de gens habiles qui n'ont point de religion, et de sots qui en ont. »
51 Que dirait-on d'un évêque espagnol qui eût tué François P'" entre les bras de Charles-Quint parce qu'il était l'allié des Turcs ?
5f Je suppose que les juifs soient les maîtres. A eux permis de sacrifier qui ils voudront, selon le chapitre 28 du Lévitique.
51 Quand saint Etienne excommunia saint Cyprien, les évêques de Carthage n'en restèrent pas moins attachés à leur saint.
51 Rome était la métropole, la mère de toutes les villes chrétiennes d'Occident; ainsi les villes la respectaient. Mais, en Orient, Constantinople, Alexandrie, étaient ce qu'était Rome.
5J Valentinien III publia une loi, en 455, par laquelle on devait obéir aux décrets de l'évêque de Rome. 5[ Quand les Francs dominèrent dans les Gaules, la loi de Valentinien fut abrogée d'elle-même, et, sous nos princes chrétiens, les évêques francs nommés sans Rome. Les rois de la première race conférèrent tous les grands bénéfices.
5[ L'usurpateur Pépin consulta le pape pour savoir s'il pouvait en conscience détrôner le roi Childéric: le pape Zacharie délia les sujets du serment de fidélité, Etienne, successeur de Zacharie, sacra Pépin et lui baisa les pieds : on l'a rendu depuis aux papes. Etienne V, à son entrevue avec Louis le Débonnaire à Reims, le baisa sur la bouche : depuis, les rois baisèrent la pantoufle.
5[ Les évêques français assemblés condamnent et les Grecs et le pape, et restent en communion avec le bonhomme.
5[ Grégoire IV commença à lever la tête contre ce pauvre Louis le Débonnaire; mais les évêques, qui voulaient être les maîtres, répondirent au pontife : si excommunicaturus venietf excommunicatus abibit. Les évêques déposèrent le bon roi deux fois, et le bon roi
avait fait crever les yeux à son Il était cocu par un
nommé Bernard. C'est le moine Vêla qui le dit; on ne connaît son livre que depuis 1677.
Etienne VII déterre Formose, son prédécesseur, lui coupe les doigts et le jette dans le Tibre.
Jean XII, fils d'Albéric, consul, qui voulait réta-
blir la République, fut pape à dix-huit ans, fou, scandaleux, déposé, revient à Rome, renouvelle les proscriptions de Sylla, meurt ivre en 964.
Depuis Charlemagne jusqu'à l'empereur Henri III, pendant deux cent soixante ans, les papes sujets de l'empereur. D'abord, en 1066, Alexandre II, dans un concile, ôte aux empereurs le droit de confirmer l'élection des papes, droit établi depuis Constantin pendant six siècles. Enfin, vers l'an loyS, Grégoire VII ose citer l'empereur son maître à Rom^e, au sujet des investitures. Il excommunie Henri IV, le dépose, ordonne aux princes de l'empire d'en élire un autre; il excommunie Boleslas, roi de Pologne. Urbain second, successeur de cet insolent, arme le fils de l'empereur contre son père ; des archevêques déposent ce pauvre prince, grand homme d'ailleurs; il fuit à Liège et y meurt. Jean XV menace Hugues Capet, interdit les évèques qui avaient déposé l'archevêque de Reims. Grégoire V excommunie Robert pour avoir épousé sa parente.
Les papes ont érigé en royaumes la Pologne, la Hongrie, l'Irlande, Naples, le Portugal.
5f Chapeau rouge aux cardinaux, à Lyon, en 1 146.
51 Les chevaliers de Malte institués par un Français, Jean du Puy.
5[ L'Europe plus éclairée, plus policée, plus heureuse, plus féconde en grands hommes, que sous les Romains.
Il n'y a aucun peuple qui les égale, mais tous les
hommes de l'Europe d'aujourd'hui sont autant audessus de tous les hommes d'alors que Rome ancienne au-dessus de Rome moderne.
5[ Le cardinal de Fleury a fait l'inscription de la fontaine de Bouchardon.
5[ J'ai peur que le mariage ne soit plutôt un des sept péchés mortels qu'un des sept sacrements.
Cessez de nous vanter vos faibles avantages, Nous avons, comme vous, nos martyrs et nos sages ; Il en est en tout temps, il en est en tous lieux; Toute secte eut les siens, et tout peuple a ses dieux. Nous naissons ignorants; l'erreur de notre mère, Sucée avec le lait, nous en devient plus chère ; La nourrice commence, et le prêtre finit. Au joug des préjugés le temps nous endurcit; On fait de l'écriture une triste science. L'âge mûr est encor la dupe de l'enfance; La superstition, qui commence au berceau , Tyrannise la vie et nous suit au tombeau.
5[ Un lecteur lisait que Dieu apparaît en singe à Abraham. « Lis donc en songe. — Ah! Monsieur! il ne l'eût jamais reconnu... »
5[ Mon oncle, à qui on avait ordonné quinze pilules, est mort à la troisième. « Ah! mon Dieu! qu'eût-ce été s'il eût pris les quinze ? »
5[ La raison vient tard aux gouvernements, comme aux hommes.
fl Nous avons beaucoup, il nous manque davantage.
5f Le moyen sûr pour être écrasé dans ce monde, c'est de n'avoir que du mérite. Ainsi, dans un concile, des cardinaux ignorants font des articles de foi que de pauvres théologiens ont rédigés; un premier commis travaille quarante ans, pour mourir premier commis. Sous un ministre tout neuf, jamais l'avocat n'est président, ni l'aumônier évêque, ni le lieutenant-colonel n'a le régiment.
5[ La cause de la décadence des lettres vient de ce qu'on a atteint le but, ceux qui suivent voulant le dépasser.
5[ Chaque peuple a, à la longue, son grand homme en tout genre, grand homme Dieu sait comment. On fait sa statue d'or, en jetant au rebut les autres métaux dont cette idole est composée, et on croit son homme parfait. Ainsi Homère passe pour être sans défauts.
5) On aime la gloire et l'immortalité, comme on aime ses enfants posthumes.
5f Le père Bouhours compare Alexandre à Xavier, et César à Ignace.
51 Quel est celui qui acheta la lanterne d'Epictète?
5[ Ceux qui ont passé leur vie sans penser, sont comme des forçats enchaînés le dos tourné contre la lumière, ne voyant que les ombres des choses, et croyant que ce sont ces ombres qui font tout aller. Si
on les délivre et qu'on leur montre les choses réelles,
ils commenceront par douter, etc.
5[ Platon se plaint que chez les Grecs il y avait plus de musiciens que de gens d'esprit, plus d'oreilles que d'âmes.
« Les maladies des corps les détruisent, mais les maladies de l'âme, dit-il, ne la détruisent point : elle n'est pas moins âme pour être ignorante, méchante, etc. »
Il dit que le vice est le pur effet de la volonté libre.
}[ Cicéron, dans sa lettre à Pétus, lui reproche de ne point souper; il dit que le souper est nécessaire, surtout dans la guerre civile.
51 Spinosa pose pour principes :
1° Qu'il ne peut y avoir deux substances de même attribut, c'est-à-dire semblables en tout;
2° Qu'une substance ne peut en former une autre;
3° Que qui dit substance dit infini ;
4° Que l'immensité des choses est Dieu ;
5° Que tout est propriété de l'Etre unique.
5] Superstition est de tous les temps. Xénophon, dans la retraite des Dix-mille, dit qu'on fut incommodé du vent de bise, et qu'on sacrifia au vent. Le jeune Cyrus, à la tète de son armée et en présence de l'ennemi, demande à son astrologue quand il y aura bataille.
Le fils du Turret de Bruxelie, Comme monsieur son père, excelle
A gouverner un opéra.
Il se conduit par telle route Que bientôt le nôtre fera, Comme à Bruxelles, banqueroute.
5[ Louis XII comparait les gentilshommes ruinés en équipages à Actéon mangé par ses chiens.
5[ Le cardinal de Fleury, en mourant, fit le conte de M. de Longueville, qu'au concile de Trente les Français demandèrent la fornication, et les Allemands l'ivrognerie. Ils étaient bien sots.
5[ Défense de faire sortir l'argent. — Ordre à nos sujets de ne point payer leurs dettes.
Ç[ Apulée conte qu'ayant gardé le corps d'un homme par ordre de sa femme, il lui dit : « Je suis prêt à vous rendre le même service quand il vous plaira. »
5[ La Lemore, ayant chanté aux noces de M""^ de Forcalquier : « Je me ferai toujours un plaisir de chanter à toutes vos noces. »
51 Presque tout est incertain avant la renaissance des lettres. Tout est prodige chez Hérodote, chez Tite- Live, et, à la honte de notre siècle, il y en a beaucoup chez Mezeray : il parle sérieusement de la sainte ampoule et de la mission de la Pucelle.
Comment imaginer trois cent mille occis à la bataille entre Abdérame et Charles Martel? Comment
cent mille Normands en bateau pour venir conquérir la France? Comment ces milliards de croisés?
Comment attribuer à Joinville une histoire qu'il aurait écrite à quatre-vingt-dix ans? On y dit que le Jourdain vient des sources Jour et Dain : cette histoire fut falsifiée sous François I^'";
Que les nuits sont beaucoup plus courtes en Egypte qu'en France;
Que les eaux du Nil se répandent à la Saint-Rémy; que Babylone est la capitale de l'Egypte; qu'il a vu le prétendu feu grégeois;
Que le connétable de Chypre se confesse à lui ;
Qu'il a vu le corps de la Magdelaine à la Sainte- Baume, bâtie depuis lui. Enfin, pour couronner l'œuvre, il y a une fausse chartre en faveur des Chartreux.
5] Les Tartares ne savent rien, sinon qu'ils oni conquis la terre.
5[ Du temps de Charles IX, trois hommes sages : le chancelier de l'Hôpital, Montaigne, Charron.
5[ Ne valait-il pas mieux réciter les psaumes en latin, que de faire chanter aux femmes, dans l'église, les psaumes impertinents de Marot et de Bèze.
Seigneur, je n'ai point le cœur fier, Je n'ai point le regard trop haut
Et plus grand qu'il ne me le faut Je n'ai rien voulu manier.
51 Tomas de Pisan, astrologien de Charles V.
51 Le duc d'Ossuna condamne Scannati à donner la moitié de son bien à sa fiancée, ce qui, joint à sa dot, la rend plus riche que lui. Le tout pour satisfaire aux vœux que Scannati avait fait de ne point épouser une fille moins riche que lui.
5f Perrone, bourgeois de Naples, laissa son bien au jésuite Mairat, avec cette condition que les jésuites donneraient à son fils ce qui lui plairait. L'héritage montait à cent mille écus, et les jésuites n'en voulurent donner que quatre mille au jeune homme. Selon la teneur du testament, il fut décidé qu'ils lui en donneraient quatre-vingt-seize mille, puisqu'ils devaient donner ce qui lui plairait, et que rien ne lui plaisait plus que les quatre-vingt-seize mille écus.
51 Un marchand, nommé Paul Moné, fut persuadé par l'avocat Ganeto de ne laisser son bien à sa veuve qu'à condition que ce bien retournerait à l'avocat en cas qu'elle se mariât par l'avis d'un autre. Elle se remaria, et dit aux juges qu'elle ne s'était remariée que de son propre avis, sans consulter personne : le bien lui fut adjugé.
51 Sully disait qu'il en coûtait cinquante millions aux particuliers pour que le roi en reçût trente.
51 Un Suisse gardait une rue, avec ordre de ne laisser passer personne. On porte le bon Dieu. « Ah! passer, vous, dit-il; mais point passer canailles de prêtres! »
5[ Un homme éclairé qui demande conseil peut être comparé à Moïse, qui prenait des guides quoiqu'il eût la Colonne de feu,
Ç[ On peut dire d'un homme qui pue de la bouche qu'il a déjeuné avec Ézéchiel.
5[ Tout long procédé vient d'impuissance.
5] Les femmes ressemblent aux girouettes : elles se fixent quand elles se rouillent.
5f Louis XIV soutenait les louanges comme ce Grec qu'on accablait de roses aux jeux olympiques.
51 Les physiciens, en calculant, sont comme les marchands, qui pèsent et vendent des drogues qu'ils ne connaissent pas.
5[ Leibnitz n'a rien fait de complet. Il jetait quelques pensées dans un journal : c'était une carpe qui laissait ses œufs sur le rivage, — couvait qui voulait.
5] Je ne blâme point ce qui n'est que bel esprit : il en faut dans un compliment, dans une épigramme; mais prenons garde de ressembler à ceux qui aiment mieux un magot de la Chine qu'un tableau de Le Brun.
51 Le sol de Florence semblait fait pour produire des Pétrarque, des Galilée. Il faut cultiver le nôtre, l'engraisser, etc. Les génies sont venus en France, comme les fruits, de la Grèce.
BfBLIOTHECA Oftaviensl»
— lOO
5[ Pourquoi, après le siècle des bons ouvrages, tout dégénère-t-il? C'est que les vraies beautés sont devenues des lieux communs.
5[ Un Romain était savant quand il savait l'histoire de Rome; un Grec ne savait que sa langue et l'histoire d'Hérodote^ nous, religion, langues, mathématiques, histoire de l'univers, etc.
5f Les chimistes se vantent de leurs transmutations, mais nous en savons plus qu'eux : nous changeons tous les jours le bois en cendre, la bougie en flamme, un dîner en merde, etc.
5[ Les savants entêtés sont comme les Juifs, qui croyaient que le soleil luisait pour eux seuls, quand les Égyptiens étaient dans les ténèbres.
5f Les grammairiens sont pour les écrivains ce qu'un luthier est pour LuUy.
f\ Les hommes sont comme les animaux : les gros mangent les petits, et les petits les piquent.
5f C'est Hermès Trismégiste qui a dit que Dieu est une sphère dont le centre est partout et la circonféférence nulle part.
51 Les importants ressemblent à la tête de Jupiter Olympien, longtemps adorée, dans laquelle on ne trouva que des rats et des toiles d'araignées.
5[ Les bienfaits sont un feu qui ne brûle que de près.
5[ La princesse de Conti ne veut pas que les princes de Conti, ses enfants, apprennent à danser, parce qu'on se sert d'un violon.
lOI
5] Un avocat, plaidant sur des latrines, dit : « Messieurs, n'est-il pas bien cruel qu'on n'aye dans cette maison qu'un privé pour tout potage? »
51 Le roi de Prusse, au lieu de signer l'arrêt de mort d'un homme condamné pour avoir couché avec sa jument, répondit : « Je laisse dans mes États liberté de conscience et de f »
J[ A la bataille de Spire, point de quartier; un officier allemand demandait la vie à un Français, celui-ci répondit : « Monsieur, demandez-moi toute autre chose. »
5f « Mais comment ont-ils pu passer le Danube? disait-on à M. Hallan. — L'un après l'autre », répondit-il.
51 Au mois de juin 1748, un janséniste s'est pendu, disant qu'il ressusciterait dans trois jours. C'est à Utrecht, le fait est certain.
5[ A Londres, 1749, un charlatan fait afficher qu'il fait entrer tout son corps dans une bouteille de six pintes.
5[ Il y a, dans une ode d'un paysan hollandais, nommé Door, le fragment suivant :
Le temps emporte nos jours sur son aile légère : Qu'il emporte aussi ta tristesse !
Pourquoi garderions-nous nos chagrins, Quand on est si peu éloigné des vignobles du Rhin?
5[ Il y a en Sibérie la poste aux chiens.
Sermon du docteur Swift sur l'orgueil, devant le Parlement d'Irlande.
« Il y a trois sortes d'orgueil, Messieurs : celui de la naissance, celui des places, celui de l'esprit. A l'égard de ce troisième, comme personne de cette auguste compagnie ne peut être accusé de ce vice, je n'aurai pas l'honneur de vous en parler. »
J] « Comment recevez-vous tant de sots dans votre ordre? disait-on à un jésuite. — Il nous faut des saints. »
5[ La reine demandait au maréchal de Villars : « Craignez-vous la mort, Monsieur le maréchal? — Monsieur le Prince, mon maître, m'a appris qu'il faut craindre son ennemi de loin et le braver de près. »
Le coq eut bien tort de chanter (quand saint Pierre eut renié).
En voyant une si grande poule mouillée,
Quel silence étourdit mon oreille étonnée! VIS»
— io3 —
5[ Les Romains n'employaient point, en écrivant, de ces vains superlatifs qui sont si communs en France et en Italie : horriblement, au désespoir, parfaitement, très humblement. Les Anglais approchent plus des Romains que nous : ils pensent, et nous parlons.
5] Il y a beaucoup d'honnêtes gens qui mettraient le feu à une maison, s'il n'y avait que cette façon de faire cuire leur souper.
5[ Un jeune Gascon arrive à l'armée le jour d'une bataille et demande ensuite à ses camarades : « Demain, à quelle heure la bataille? »
51 Les sauvages ne s'avisent point de se tuer par dégoût de la vie ; c'est un raffinement des gens d'esprit.
5[ La torpille est l'emblème des ennuyeux.
5[ Il y a un insecte qui est trois ans à se former pour ne vivre qu'un jour. — La tragédie de Catilina lui ressemble.
51 La maîtresse du prince Edouard.,., Kilmarnok, prise par le duc de Cumberland et vendue. Elle fut grosse du Prétendant et accoucha d'une pension.
5[ M™^ de Richelieu, violée par un voleur de grands chemins : cf Ah! mon cher voleur! »
5[ Un chancelier disait au premier président, qui lui parlait au nom du corps : « Ma protection ! — Messieurs, il nous accorde plus que nous ne demandons. »
51 Dieu est l'éternel géomètre ! Mais les géomètres n'aiment point
5f La plupart des livres sont comme les gazettes :
ils ne valent plus rien l'ordinaire suivant.
Extrait de Maillet.
Si on prouve, par des anachronismesMes plus marqués, que Moïse n'a point écrit la Genèse, si on démontre qu'il n'est point non plus l'auteur de VExode, du Lévitique, des Nombres, du Deutéronome, il est sûr qu'on doit moins de foi à des histoires dont on n'a point d'auteurs contemporains. Voilà l'objet et l'idée de la critique de Spinosa.
Les pharisiens traitaient d'hérétiques ceux qui niaient que le Pentateuque fût de Moïse ; mais, selon Spinosa, il y a de fortes présomptions pour soutenir la même chose.
1° La préface du Deutérononie ne peut être de Moïse, qui n'a point passé le Jourdain, dont néanmoins elle fait mention.
2° L'auteur du Pentateuque, non seulement parle toujours de Moïse à la troisième personne, mais en parle encore avec éloge : Moses omnium hominum humillimus. Où serait l'humilité de Moïse de se rendre à lui-même ce témoignage?
3° La mort de Moïse et le deuil des Israélites est rapporté dans un de ces livres, et, en le comparant
— io5 —
aux Prophètes qui sont venus après lui, on le met bien au-dessus d'eux. Cette comparaison ne peut avoir été faite que par un homme né longtemps après lui. [Deiitér., ch. XXXIII.)
4° L'historien parle de certains lieux sous des noms qu'ils n'ont eus que longtemps après Moïse : Abraham persécutas est hostes usque ad Dan. Cette ville ne fut ainsi nommée que longtemps après la mort de Jésus. {Genèse, ch. XIV, v. 14.)
5° Il y a des histoires poussées fort loin depuis la mort de Moïse. Au chap. XVI de VExode, v. 84, il est dit que les Israélites vécurent de la manne jusqu'à ce qu'ils furent parvenus aux confins de la terre de Chanaan, c'est-à-dire jusqu'au temps dont il est parlé au livre de Josué, v. 1 2 ; Juges, XVIII, v. 19.
Au livre de la Genèse (chap. XXXVI, v. 3i) il est écrit : Hi sunt reges qui regnaverunt in Edom antequam regnavit rex in filiis Israël... On voit par là que l'historien vivait sous les rois d'Israël, et que ce n'est point Moïse qui a écrit la Genèse.
Il est néanmoins constant que Moïse avait écrit, mais ces livres sont perdus. Au chap. XVII de VExode, V. 14, il est fait mention du livre des guerres d'Israël contre les Amalécites, que Moïse écrivit par l'ordre de Dieu. Au chap. XXI des Nombres^ v. 12, il est encore parlé du livre des guerres du Seigneur, où Moïse avait apparemment compris la guerre contre les Amalécites et marqué les divers campements que l'auteur du livre àesNombres, chap. XXXIII, v. 2, dit avoir été décrits
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par Moïse. Au chap. XXIV de V Exode, v. 4 et 7, il est parlé du livre du pacte, liber pacti, que Moïse lut aux Israélites lorsqu'ils firent la première alliance avec Dieu. Il est encore dit au Deutéronome, ch, IV, V. 5, que, la première année après la sortie d'Egypte, Moïse expliqua au peuple toutes les lois qu'il avait faites; au chap. XXIX, v. [4, que Moïse fit de nouveau jurer au peuple qu'il observerait ces lois, et enfin au chap. XXXI, v. 9, qu'il écrivit un livre qui contenait et l'explication de ces lois et le nouveau pacte fait par le peuple, et que ce livre s'appelait le Livre de la loi de Dieu, augmenté depuis par Josué, qui y a ajouté le nouveau pacte qu'il fit faire aux Israélites pour la troisième fois. [Josué, chap. XXII, V. 25, 26.)
Mais il faut remarquer que, de tous les livres faits par Moïse, il n'a recommandé de garder que son fameux Cantique et le livre du second pacte, où il obligeait non seulement, comme dans le premier, les Israélites qui étaient présents, mais encore toute leur postérité.
Le livre de Josué reçoit les mêmes difficultés que le Pentateuque : il est toujours parlé de Josué à la troisième personne; on y rapporte des choses arrivées longtemps après sa mort, comme, par exemple, que les Israélites furent fidèles à Dieu tant que les vieillards contemporains de Josué vécurent. Enfin il est clair que ce livre a été écrit plusieurs siècles après Josué, par le V. 14 du chap. X, où il est dit, au sujet du soleil
— loy —
arrêté par cet habile capitaine : Nullus alius sicuti ille dies fuit, nec antea neque postea, quo Deus [ita) obediret cuiquam.
Le livre des Juges n'est point l'ouvrage des Juges; il y aurait de l'absurdité à le penser. V Épilogue, au chap. XI, fait voir qu'il est d'une seule main; et d'ailleurs l'historien y dit souvent : Dans ce temps-là, il n'y avait point de roi en Israël, ce qui prouve qu'il a été écrit sous les rois d'Israël. Le livre de Samuel embrasse une infinité de choses arrivées depuis la mort de ce prophète : donc il n'est pas de lui. Le v. 6 du chap. IX, livre I, le prouve encore; l'historien dit, par réflexion : Antiquitus in Israël sic dicebat quisque quando ibat ad consulendum Deum : Age, eamus ad videntem : nam qui hodie propheta antiquitus videns vo~ cabatur.
Les livres des Kois ont été tirés des Annales de Salomon, des Chroniques des rois de Juda et des Fastes des rois d'Israël. [Kois, chap. XI, v. 5; chap. XIV, v. 19, 29.)
Enfin, si l'on examine l'ordre de ces différents livres, leur liaison et leur style, on ne doutera plus qu'ils n'aient été faits par un seul et même écrivain, et il y a bien de l'apparence que c'est Esdras, car l'historien pousse son histoire jusqu'à la délivrance de Joachim, et ajoute qu'il mangea toute sa vie à la table du roi, ce qui ne peut convenir qu'à Esdras, le seul juif illustre dont l'histoire rende ce témoignage, qu'il s'attacha à rechercher la loi de Dieu et qu'il fut prompt à copier
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les lois de Moïse : Scriptor promptus in lege Mosis, Esd. VII, V. 10, V. 6, etc. Or, non seulement le Livre de la loi fait par Moïse, ou du moins la plus grande partie, est contenue dans le Deutéronome, mais on y trouve plusieurs autres choses ajoutées pour l'intelligence de ce livre : d'où l'on peut conjecturer que le Deutéronome est l'ouvrage d'Esdras. La preuve en résulte encore de la différence qu'il y a du Décalogue rapporté dans VExode avec celui du Deutéronome ^ surtout dans le quatrième commandement.
En comparant les Paralipomenes avec le Pentateuque, on y trouve une infinité de variations. L'histoire de Joseph et de Jacob, son père, dans la Genèse, esi remplie d'anachronismes. L'historien commence ainsi celle de Juda et de Thamar [Gen., ch. XXXVIII) : Contigit autem in isto tempore ut Judas a suis fratribus discederet. Il faut nécessairement rapporter ce temps à un autre dont il a parlé auparavant, non à celui dont il parle immédiatement ici, car depuis ce temps, c'està-dire depuis que Joseph fut conduit en Egypte, jusqu'au temps que Jacob y alla avec sa famille, on ne •peut compter plus de vingt-deux ans, car Joseph avait dix-sept ans lorsqu'il fut vendu par ses frères, et trente ans lorsque Pharaon le fit sortir des fers; ajoutez à cela sept ans de fertilité et deux ans de famine, cela fait vingt-deux ans : or il n'est pas possible que, dans cet espace de vingt-deux ans, Juda ait eu successivement trois enfants d'une seule femme , qu'il épousa alors ; que l'aîné de ses enfants, devenu en âge de se
ÎOÇ —
marier, ait épousé Thamar ; que le second, après la mort de cet aîné^ ait épousé sa veuve et soit mort aussi, et que, longtemps après, ce même Juda ait eu affaire avec Thamar, doublement sa bru, sans la reconnaître, qu'il en ait eu deux enfants d'une seule couche, et qu'un d'eux ait eu lui-même aussi deux enfants.
On lit, au chap. XLVII de la Genèse, que Jacob avait cent trente ans lorsqu'il fut présenté pour la première fois par Joseph, son fils, à Pharaon. Otez de ces cent trente ans vingt-deux qu'il passa dans le deuil à pleurer la perte de Joseph; dix-sept ans, qui était l'âge de Joseph lorsqu'il fut vendu par ses frères; sept ans que Jacob servit chez son oncle Laban pour l'amour de Rachel : vous trouverez qu'il avait quatre-vingtquatre ans, lorsqu'il épousa Lia ; que, par conséquent, Dinah en avait à peine sept lorsqu'elle fut violée par les Sichemites,etqu'à peine Siméon et Levi, ses frères, en avaient onze et douze quand ils firent le massacre de Sichem.
A.U premier livre des Kois, chap. VI, il est dit que Salomon bâtit le temple quatre cent quatre-vingts ans après la sortie d'Egypte, et, parle seul texte, on trouve un bien plus grand nombre d'années :
Moïse gouverna le peuple dans le désert pendant quarante ans.
Josué, qui vécut cent dix ans, gouverna, selon Josèphe, vingt-six ans.
Kuzan tint le peuple en servitude huit ans.
Etniel, juge, gouverna pendant quarante ans.
— I lO —
Églon, roi des Moabites, tint le peuple en servitude dix-huit ans.
Échud et Samgas, juges, gouvernèrent l'espace de quatre-vingts ans.
Le roi de Chanaan tint encore le peuple en servitude vingt ans.
Le peuple fut tranquille quarante ans.
Il fut soumis aux Madianites sept ans.
Il fut sous l'empire d'Abimelech trois ans.
Chola fut juge pendant vingt-trois ans.
Isaïe le fut pendant quatre-vingt-huit ans.
Le peuple fut soumis aux Philistins et aux Ammonites dix-huit ans,
Jephté fut juge six ans.
Abzan, sept ans.
Élon, dix ans.
Halban, huit ans.
Le peuple fut une seconde fois soumis aux Philistins pendant quarante ans.
Samson gouverna vingt ans.
Héli, quarante ans.
Le peuple fut pour la troisième fois soumis aux Philistins jusqu'à ce qu'il fut délivré par Samuel, et cette dernière servitude dura l'espace de vingt ans.
David régna quarante ans.
Et Salomon, avant que de bâtir le temple, régna quatre ans.
Cela fait en tout cinq cent quatre-vingts ans, à quoi il faut ajouter tout le temps que fleurit la
République des Hébreux, depuis la mort de Josué jusqu'à ce qu'elle fut soumise par Kuzan, et cet espace renferme bien des années, car l'Écriture, au chap. XI des Juges, v. 7, 9 et lo, bronche sur plusieurs années de ce gouvernement, dont elle abrège l'histoire. Ajoutons encore le temps qu'a duré la judicature de Samuel, qui n'est point marquée dans l'Ecriture, et le temps qu'a régné Saûl, qu'on ne saurait constater par son histoire, car, quoiqu'au chap. XIII du livre des Rois il soit dit qu'il régna deux ans, on voit, par cette histoire, qu'il régna bien plus longtemps en effet. On lit au chap. XXVII que David....
5f Ces contradictions qui sont dans l'homme, ces délicatesses de l'amour-propre, ces élans de l'âme pour le souverain bien, ces guerres intestines de nos âmes, dont les Pascal, les Nicole, nous ont rebattu les oreilles, sont inconnus de la plus grande partie du genre humain : c'est le partage de quelques oisifs.
5[ L'Amour, chez Hésiode, est représenté avec une grande barbe, comme père de la Nature.
5[ Comment le Saint-Esprit a-t-il inspiré aux évangélistes si peu d'ordre et de raison?
5[ Evangile de saint Jean, fait par des chrétiens platoniciens, au 11^ siècle.
5[ La fable de la donation de Constantin vient de ce
que Charlemagne donna au pape l'exarchat de Ravenne, du temps de Constantin; mais c'était Constantin Copronyme. Erreur de nom, origine de beaucoup de choses.
5f Pépin avait donné aux papes Etienne et Zacharie Ravenne, Bologne, Ferrare, Rimini, Urbino, Comachio, et les clefs des villes furent mises sur le tombeau des Apôtres.
Charlemagne leur donna Rome, Pérouse, etc., mais il s'en réserva la souveraineté et le droit de confirmer comme souverain l'élection des papes, ses sujets.
Charles le Chauve, son petit fils (un peu différent), prit le titre de Conseiller du pape.
51 Point de prêtres dans les parlements des rois lombards. Seigneurs de fiefs, et magistrats avec les rois, les Italiens n'ont rien emprunté de la langue lombarde.
5f Le marquis de B... dit, lorsqu'on pouvait marcher sur Vienne : « N'allons pas plus avant, l'Empereur ne dépendrait plus de nous. » Parole indiscrète, qui a perdu nos affaires.
5[ Quand le roi de Prusse eut fait sa paix, le roi de Pologne dit : « Savez-vous pourquoi? Par poltronnerie! »
f\ Un vieux lieutenant d'infanterie. Gascon, amené au roi, auquel on avait fait l'opération : « Sire, je tremblais de peur. Mon valet Antoine me dit : « Quoi ! « Monsieur, vous avez peur, vous qui avez été à telle
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« bataille, en telle année, à tel siège, à telle sortie, « qui, etc. » Il eut une pension.
5f On demandait à quelqu'un qui fondait en larmes auprès du corps de son frère comment il voulait qu'il fût enterré : « Ah ! Monsieur, mon frère me disait : « Mon cher frère, le moins de dépenses que vous « pourrez. »
5[ M. de Gaufredi pleurait sa femme : « Avait-elle de l'esprit? — Ah! Monsieur, pas le sens commun. »
51 Un janséniste, disputant contre Blondin qui prenait le parti de la Constitution, lui dit : « Est-il possible que vous, qui ne croyez pas en Dieu, vous souteniez une telle cause? — Monsieur, je suis un athée moliniste, et vous un athée janséniste. »
5f Si on était libre, on ne serait jamais fou, car personne ne veut l'être. On serait toujours le maître des passions incommodes , on changerait de caractère : personne n'en change. Il est certain que dans une passion on agit sans liberté, parce qu'on suit l'idée dominante : or personne ne se donne ses idées ; on suit toujours l'idée dominante. Donc, dans tous les cas, on est emporté, tantôt violemment et avec chagrin, tantôt doucement et avec joie.
5[ Le roi de Prusse a écrit que M. de Paulmy avait plus d'esprit que de taille, et plus de connaissances que d'années.
51 A vos souhaits! dit l'abbé de Voisenon à l'auteur des Souhaits, qui éternuait, etc.
5f Un colporteur criait : « Déclaration du roi très chrétien contre le roi de France. »
5[ M. Hudde, fameux géomètre, qui avait fait un excellent Traité de l'équation des courbes^ et des maximis et minimiSj les oublia entièrement quand il fut bourgmestre. Leibnitz l'alla voir et lui parla de géométrie. Hudde lui donna son livre, en lui disant : « Je ne l'entends plus. »
5[ M. de La Suze a mis envers burlesques l'Oraison dominicale.
5[ « Où as-tu gagné ce sabre-là.? — A la guerre. — A quelle occasion? — En trente occasions. »
5[ Les Arabes ont été invincibles par dévotion. Aboubeire, dans un combat, est cru mort par ses troupes : elles fuient. Omeirah leur crie : « Qu'importe qu' Aboubeire soit mort ou non? Dieu est vivant et vous regarde. »
5] Chacun se croit quelque chose. Quand j'arrivai en Angleterre, la femme d'un procureur se tua et fît mettre dans les gazettes qu'elle protestait, à la face de toute la terre, qu'elle n'avait jamais couché qu'avec son clerc.
5[ M. d'Argenson me disait : « Henri HI n'eût pas été détrôné s'il avait eu un premier ministre; et Louis Xin l'eût été s'il n'en eût pas eu.
5[ Louis XIV dit au père Bourdaloue : « J'aime à prendre ma part d'un sermon, mais je n'aime pas qu'on me le fasse. »
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î[ Varillas dit que les guerres civiles et les fluxions tombent toujours sur les parties faibles.
Mémoires de Mademoiselle.
Ils paraissent écrits par une femme de chambre.
Elle finit par dire qu'en 1 688 on habilla ses gens de neuf.
Elle dit que, le feu ayant pris au Louvre, il cessa tout d'un coup à la procession du Saint Sacrement.
5[ « J'avais Segrais auprès de moi , manière de savant tourné sur le bel esprit. »
5[ « Puisqu'il faut que la plume fasse l'office de la langue, je vous fais ces lignes. »
5f « Dieu me garde d'être jamais maîtresse du roi! disait M^^ de Montespan : si j'étais assez malheureuse pour cela, je n'aurais pas l'effronterie de me présenter devant la reine. » Elle allait souvent à confesse avec M"^ de La Vallière.
5f Madame avait été très malade. Avant son passage en Angleterre , elle prenait du lait. Ce qui fit croire qu'elle avait été depuis empoisonnée, c'est que Monsieur lui avait dit durement : « On m'a prédit que j'aurais plusieurs femmes » ; et que, dans l'agonie de sa femme , il dit : « Qui pourrait-on trouver qui eût bon air, à mettre dans la gazette pour avoir assisté ma femme? Consultez M"^^ de Lafayette. »
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5[ Mademoiselle exilée pour n'avoir pas voulu épouser ce fou de roi de Portugal.
Il est prouvé que Lauzun ne fut à la Bastille que pour l'avoir épousée, malgré la défense du roi, et prenait si bien les airs de mari que, quand elle voulut lui donner quarante mille livres de rente, il en demanda cent mille.
5[ Mademoiselle obligée de donner Dombes au duc du Maine pour faire revenir Lauzun.
Mœurs du temps.
Nulle police; quarante mille mendiants dans la banlieue.
Portiers tués aux comédies de Scudéry. Cyrano de Bergerac interdit. Corneille commençait à instruire une nation barbare.
Fausses réputations : Bussy, Saint-Évremond.
5f « Comment a-t-il trouvé ma terre? disait Monseigneur en parlant du duc de Biron , qui comptait en hériter. — Comme la terre promise. »
M'"*^ de Maintenon écrivait à M. de Fontenelle : « Je le renvoie toujours affligé et jamais désespéré. »
51 Le peuple reçoit la religion , les lois , comme la monnaie, sans les examiner.
5] Il faut qu'il y ait des comédiens et des curés , comme des cuisiniers et des médecins.
5[ L'art de la guerre est, comme celui de la médecine, meurtrier et conjectural.
5j La langue la plus parfaite est celle où il y a le moins d'arbitraire : c'est comme dans le gouvernement,
5f Molière, Racine, Corneille, dans leurs pièces, enseignaient la France : ils disaient ce qu'on ne savait pas. Aujourd'hui, quelque bien qu'on fasse, on ne dit que ce que nous savons.
51 M. Brion, échevin, propose de marier cent filles au mariage de M. le Dauphin. « C'eût été une belle fête, mais ce n'est pas l'usage », dit Bernage.
5] « Faites nourrir les enfants trouvés par des chèvres : les femmes manquent, et ils meurent. — Mais elles ne sont pas baptisées ! » dit le Bouc.
5[ Les Anglais qui n'ont pas voyagé croient que le roi de France est le maître des biens et de la vie de ses sujets, et que, quand tel est son bon plaisir, il ôte les rentes d'un de ses sujets pour les donner à un autre. Il n'y a point de tel gouvernement sur la terre. Les lois sont observées, personne n'est opprimé. Un homme à qui un intendant ferait une injustice a droit de s'en plaindre au Conseil. On ne force personne à servir, comme en Angleterre ; et si les ministres abusent de leur pouvoir, le cri public leur est funeste. C'est quand les rois n'étaient pas absolus que les peuples étaient malheureux : ils étaient la proie de cent tyrans.
Il est dit qu'un bon roi peut faire en France plus de
Il» —
bien qu'en Angleterre, parce qu'il n'est pas contredit. Il peut faire aussi beaucoup plus de mal; mais il n'est pas dans la nature humaine d'être méchant quand il n'y a rien à gagner à l'être.
5[ Jamais, dans la dernière guerre, nous n'avons manqué de respect aux têtes couronnées ; aucune satire contre nos ennemis. La Hollande, PAllemagne, l'Angleterre, étaient inondées de pièces scandaleuses contre le roi. Voilà une grande supériorité que nous avons.
5[ En 1 635, le cardinal de Richelieu voulut faire un régiment de laquais pour pousser les Espagnols.
Descartes dans ses Lettres.
Qu'il a écrit sur les passions, mais pour les approuver, et qu'il les trouve toutes bonnes, surtout l'amour ;
Que le premier sentiment de l'âme, c'est la joie, en entrant dans son corps;
Que la reine de Suède était plus faite à l'image de Dieu qu'une autre, parce qu'elle faisait plus de choses à la fois ;
Qu'il veut renoncer à écrire, puisqu'un jésuite l'a accusé d'être pyrrhonien , pour avoir écrit contre les pyrrhoniens, et un ministre d'être athée, pour avoir écrit contre les athées.
Mémoires de Sully.
Il se plaint beaucoup des Parlements.
Il dit que, si la raison et la justice peuvent être sur la terre, c'est plutôt dans un seul homme que dans une multitude d'hommes.
Il n'accuse point Marie de Médicis de la mort de Henri IV, mais il lui reproche de s'être trop tôt consolée.
Il était grand homme de détail, non pas homme à grandes vues ; par conséquent il n'était pas grand homme.
Il s'opposa aux établissements de la soie et des tapisseries, que Henri IV fît malgré lui.
Il y avait tant de grands seigneurs alors, et ils étaient si à craindre, que le roi n'osait les refuser en face ; il avait la faiblesse d'accorder à la reine et à eux des grâces préjudiciables à l'État, et il était convenu avec les Parlements qu'ils ne vérifieraient point ces grâces, à moins d'une lettre particulière.
Vers envoyés par Henri IV à M"« d'Entragues :
Je ne sais par où commencer A louer votre grande beauté,
Car il n'est rien, ni a été, Que vous ne puissiez effacer.
Ainsi, par un serpent, de la terre élancé,
L'oiseau de Jupiter est quelquefois blessé.
Il s'élance dans l'air, il emporte, il dévore
L'ennemi menaçant, qui le combat encore;
Il le perce, il le tient sous ses ongles vainqueurs,
Il déchire sa proie, il venge ses douleurs.
Le monstre, tout sanglant, se débat, se replie;
Il exhale en poisons les restes de sa vie...
Et l'aigle, tout sanglant, fier et victorieux,
Le rejette, s'envole, et plane au haut des cieux.
5[ J'aime encore mieux Cicéron, qui se plaint tendrement de ses amis infidèles , que César, qui dit dans ses Commentaires que c'est Pompée qui ne veut point la paix, et qui avoue dans une de ses lettres que c'est lui-même qui ne la veut pas.
5[ Rome occupe encore toute la terre. Un homme se croit quelque chose quand il a déchiffré une inscription dans ses ruines, et l'Italie d'aujourd'hui n'a de gloire que celle de découvrir les décombres de l'ancienne.
5f Cicéron eût été guerrier s'il avait voulu, car il était vigilant et habile. Il gagna une bataille au même endroit où Alexandre avait vaincu les Perses, à Issus.
5[ Du temps de Henri IV, les postillons sonnaient du cor, comme en Allemagne ; cela vaut mieux que notre hoë !
5[ Henri IV à Créteil, des procureurs lui refusent un poulet ; il les fait fouetter.
5[ Le compte par livres substitué au compte par écus en 1602. Monnaies haussent, faute très grave, parce qu'elle n'était pas nécessaire.
5[ Cicéron n'a pas été exilé , comme Démosthènes , pour s'être laissé corrompre, mais pour avoir sauvé l'Etat. Il a gagné une bataille et a méprisé cette gloire : il voulait celle de son vrai talent. Il était ami tendre, citoyen zélé, le meilleur philosophe de son temps, intrépide au temps de la conjuration. Il mourut avec fermeté, mais il ne se donna pas la mort, comme Démosthènes. Ce fut un courage différent : Tun aime mieux disposer de sa vie ; Tautre en laisse le maître un ingrat à qui il l'avait sauvée, pour qui il avait plaidé.
C'est le sort de tous les hommes publics de trouver toujours des ingrats.
Il dit à Atticus : Non mei inimici^ sed invidi perdiderunt. Il faut faire usage de cela.
5[ Et surtout bien faire sentir que le succès des pièces au théâtre est dans le sujet et dans les acteurs.
5[ Le peuple aime toujours la superstition et les pointes.
51 Les miroitiers ont pour patron saint Clair ;
Les paveurs, saint Rue ;
Les vergetiers, sainte Barbe ;
Les carrossiers, saint Fiacre.
Commerce.
Peu de commerçants entendent le commerce général. Une boutique veut décréditer sa voisine; Lyon veut singer Tours ; l'homme public soutient, loue.
Le but du commerce, chez un législateur, est de donner aux citoyens tout ce que leur climat leur refuse et d'enrichir l'État.
Un État ne peut s'enrichir qu'aux dépens d'un autre. Si vos voisins en savent autant que vous, la balance du pouvoir est égale.
Dans la situation présente de l'Europe, l'industrie ne donne pas à un peuple une trop grande supériorité sur un autre.
Elle a seulement égalé les Hollandais à de plus grandes puissances, mais elle ne les rend pas dangereux.
La discipline militaire est comme le commerce : elle s'est étendue également partout à peu près.
5| Un historien est un babillard qui fait des tracasseries aux morts.
Dans les Pensées de Pascal.
Pascal s'imagine que tous les hommes sont, comme lui, dévorés des idées incertaines de la métaphysique.
C'est le partage de quelques atrabilaires inutiles.
Le bonheur est un mot abstrait, composé de quelques idées de plaisir.
Le plaisir vient, on ne se le donne pas.
Théâtre.
Peu d'excellents ouvrages ; beaucoup qu'on représente.
Est-ce un mérite de réussir par un fond intéressant ? N'est-ce pas plutôt un bonheur?
Le mérite est de bien conduire et de bien écrire ; mais le bonheur est le choix du sujet.
Il y a plus de mérite dans quatre beaux vers que dans Inès.
Le succès et la réputation sont choses différentes.
Il en est du théâtre comme de la guerre : il y a des généraux qui ont gagné des batailles sans se faire un nom.
Le mérite, le succès et la réputation sont toutes choses fort différentes.
Corneille dit toujours tout ce qu'il peut, plutôt que ce qu'il doit.
5f Bourdaloue à Despréaux : Si vous me chantez, je vous prêcherai.
« Qu'est-ce que ce père Séraphin? — Sire, c'est un homme qui fait rendre les bourses qu'on vole à mes sermons. »
« Je ne fais point de compliments à Votre Majesté : je n'en ai point trouvé dans l'Evangile. »
5] En Italie, on croyait et on empoisonnait; en France, on assassinait les rois.
Ici on est incrédule : tout est sage et tranquille.
La religion n'est point un frein; c'est, au contraire, un encouragement au crime. Toute religion est fondée sur les expiations.
En Moscovie, quand on embrasse leur rite grec, on dit : « Maudits soient mon père et ma mère, qui m'ont élevé dans une fausse religion ! Je crache sur eux et sur leur religion.
5] Sur la gonorrhée, 2^ édition.
5[ Sur la pollution, i 3^ édition.
51 Les idiots : disent quelquefois de fort bonnes choses.
5f Schah Nadir disait : « Le vainqueur attrape au petit pas les vaincus qui fuient au galop. »
5f « Le malheur des autres doit vous consoler. -=-Mais,
quand je suis heureux, dites-vous : « Le bonheur des autres doit vous intéresser » ?
5f Les Incas avaient des palais incrustés d'or et couverts de paille : emblème de bien des gouvernements.
51 La véritable éloquence n'a pu jamais être connue en Asie, car qui aurait-on à persuader? On obéit en esclave à un signe. Où la force seule règne, l'éloquence n'a point d'empire.
5[ C'est une superstition de l'espèce humaine d'avoir imaginé que la virginité pouvait être une vertu.
5[ Il est honteux pour notre nation d'avoir souffert V Electre de Crébillon.
Il ne faut pas disputer des goûts , c'est-à-dire il faut permettre d'être plus touché de la passion de Phèdre que de la situation de Joas, d'aimer mieux être ému par la terreur que par la pitié, de préférer un sujet romain à un grec.
Mais quand il s'agit de savoir si un sujet est bien travaillé, bien écrit, etc., c'est alors qu'il ne peut y avoir qu'un goût qui soit bon.
Si Sophocle vous avait montré son Œdipe, vous lui eussiez dit : « La pièce est finie à pied percé, au quatrième acte, etc. » Si Electre : « Jeux pythoniens, déclamation, longueur, mais grandes beautés. »
Pièces anciennes , sans épisodes , sans amour. La seule Athalie et Mérope dans ce goût. Athalie, longueurs, plus majestueuse que vive et animée; Nabal, Josabet, inutiles ; iTiais le tout admirable.
Chœurs , lieux communs , espèces de prières , de
psaumes, mieux à Téglise. Chœurs dans le Catilina de Ben Johnson.
Grandes fautes dans VŒdipe et V Electre de Sophocle. Le nom seul d'Œdipe devait le faire reconnaître : Pieds percés. Jocaste lui avait fait percer les pieds. Déclamation dans Electre; simplicité, mais longueur ».
« Au-dessus de Polyeucte il n'y a rien », dit F... Il y a pourtant beaucoup de choses : Athalie, Phèdre, tout ce qui est écrit noblement.
Le théâtre toujours en proie à l'amour. Les vrais juges ne vont point au spectacle, mais la seule jeunesse : de là la corruption du théâtre.
Racine mit en vers l'esprit des romans. Campistron affadit ce qu'il avait embelli. Fontenelle et la Bernard ont fait le consul Bru tus amoureux ! Il faut faire Electre amoureuse, et, cet amour ne servant ni à avancer ni à retarder la mort d'Égiste, celui dlphionasse n'était pas plus nécessaire.
Si l'auteur d'Athalie avait traité Electre, Iphigénie en Tauride, Œdipe, point d'amour. Il rougissait, sur la fin de sa vie, d'avoir amolli la scène.
Il n'y a point de sujets tragiques qui souffrent que l'amour y soit introduit. Il faut qu'il y soit nécessaire ; qu'il en soit la base; qu'il en soit l'âme unique. Furieux, terrible, auteur des crimes accompagnés de remords, il est tragique : ainsi dans Phèdre, dans Roxane, dans le Cid; mais, étranger dans la pièce, il devient galant et froid. Il est alors insupportable, et cependant on en voulait toujours. On me força, dans
Œdipe, à gâter ce sujet par je ne sais quel ressouvenir
d'un ancien de Jocaste pour Œdipe, et je ne me
suis jamais consolé d'avoir
Mémoires de Sully.
Sully n'avait qu'un esprit d'ordre, et point de génie; Henri IV, du génie et de l'ordre.
Dorures défendues, preuve qu'on les tirait d'ailleurs, ou preuve de sottise.
Espèces étrangères défendues, autre bévue.
Défense de transporter des espèces, comme si on les transportait pour rien : c'est faire hausser le change contre nous. Les sommes qu'il saisissait lui appartenaient : il en saisit une fois pour cinquante mille écus.
Il en coûta trente-deux millions de ce temps-là au roi pour acheter les ligueurs. Est-ce là vaincre et pardonner? Il n'en coûta rien après la Fronde.
Sully croyait à l'astrologie.
Electre.
Préface de Crébillon aussi ridicule que sa pièce ; mais n'en disons rien.
5[ Les grands hommes ont toujours aimé les lettres.
Vauvenargues dit qu'il ne reste à ceux qui les négligent que ce qui est indigne d'être senti et d'être peint.
5[ Dans notre nation, on n'aime pas véritablement la littérature. Une pièce réussit pleinement : cinq à six mille personnes la voient; dans Paris, douze cents l'achètent. On lit à Londres.
5J Ces ouvrages des Grecs sont comme la Grèce : pleine de défauts, de superstitions, de faiblesse, mais le premier peuple de la terre.
5[ (Voilà bien l'esprit français! Conférence de Fontainebleau.) « Voilà neuf passages que j'ai gagnés, dit Du Perron. — Qu'importe, pourvu que celui de Saumur nous reste. »
5f On respecte un préjugé, on en brave un autre; tel manquera à sa promesse, qui n'osera violer son serment. Tel fripon méprisé garde une place honorable, à qui on n'en donnerait pas une d'archer. On souhaite cordialement la mort d'un homme; on ne l'empoisonnerait point, etc.
5f Les comédiens, esclaves à Rome, magistrats à Athènes, excommuniés chez nous.
5[ Cardinal de Médicis. — Celui qui était chargé de le représenter dit : « Depuis que je me suis fait traiter de la vérole... »
51 A l'inventaire de M. Couet, fameux directeur, le crieur disait : « Œuvres de Brantôme ! Je dois avertir
que les douze tomes des Femmes galantes sont un peu usés. »
Vers du roi de Prusse à son Esprit :
Dites que j'ai subi , bravé l'adversité , Mais que parmi les rois depuis on m'a compté; Que je fus l'écolier des plus grands capitaines ; Qu'à Sparte, cultivant les douces mœurs d'Athènes,
Que je sus distinguer l'homme du souverain; Que je fus roi sévère et citoyen humain , Et, quoiqu'admirateur de César et d'Alcide, J'aurais suivi par goût les vertus d'Aristide.
Duc d'Orléans.
11 voulait renouveler le Système. La mort l'en empêcha. Quand le Parlement était à Pontoise,.... forma le projet d'y mener le roi et d'ôter la régence au duc d'Orléans.
Pour le Siècle de Louis XIV.
Après les véritables grands hommes, on peut compter une foule de beaux esprits et de littérateurs, qui ne répandirent pas de nouvelles lumières, mais qui conservèrent le feu sacré. Les mauvais livres furent moins mauvais, parce que le siècle passé fut le précepteur du suivant.
Les ouvrages galants, les chansons, les épigrammes, furent, pour les Corneille et les Bossuet, ce que sont nos belles tabatières et nos étuis de côté pour les Girardon et les Bouchardon.
Corneille honora son siècle, malgré tousses mauvais ouvrages, comme Homère le sien, malgré ses défauts.
Henri IV eût été perdu s'il avait eu un premier ministre; Louis XIII, s'il n'en avait point eu; Louis XIV, affermi, pouvait en choisir un, ou s'en passer.
5] Qui le croirait ? Les carrosses ont contribué à la tranquillité de Paris. Quand on allait à cheval, on était armé en guerre : les querelles étaient plus aisées à faire et à vider. Le carrosse rend tranquille.
5[ Mon esprit est, comme ces climats, chaudàmidi, froid le soir.
5[ On sert les rois d'Espagne et d'Angleterre à genoux; et moi aussi quand on me déchausse, quand on me donne un lavement. Les soldats se mettent à genoux quand ils tirent : apparemment pour demander pardon du meurtre.
5[ Les protestants de la Silésie proposèrent au roi de Prusse d'égorger les catholiques. « Mais si eux vous égorgeaient? — Oh! cela est bien différent : notre religion est la véritable. »
Leibnitz, près d'être jeté dans la mer, tire un chapelet. « Oh ! il n'est pas juste de le noyer, puisqu'il n'est pas hérétique. »
Richelieu.
André Duchesne avait d'abord dans ses recherches fait la généalogie de la maison de Richelieu, qui descendait d'un bâtard d'un évêque de Poitiers (sous Louis XI) et d'une fille d'un apothicaire nommé Genouillac, famille fort étendue à Poitiers. Quand le cardinal de Richelieu fut rentré au Conseil, en 1624, Duchesne fit une autre généalogie : il fit descendre le cardinal d'une Laval, mais il fut détrompé. Il voulut sa retraite ; le cardinal l'en empêcha.
Le cardinal de Richelieu était fils de François Duplessis de Richelieu, roué en effigie à Chatelleroux pour avoir assassiné le sieur de Mouzon.
Il est faux que ce François de Richelieu ait été envoyé à Cracovie par Charles IX, comme le dit Aubrey.
Le Richelieu que cite le président de Thou était Richelieu le moine, voto ejecto, omni licentiœet libidinis génère contaminatiis, perditœ vitse. Voilà ce qui coûta la vie à Auguste de Thou.
François de Richelieu, ayant eu peine à obtenir des lettres d'abolition de Henri III, se maria avec Suzanne de La Porte, fille de François de La Porte, avocat.
Il eut trois fils : Henri, tué en duel; Alphonse, le chartreux, et le cardinal Armand-Jean. Celui-ci, étant à l'Académie, était faible et hargneux, hautain, querelleur. On lui conseilla de se faire prêtre, de peur d'être tué.
Françoise, sœur du cardinal, mariée d'abord à Jean de Pimpeau, devenue veuve, se fit faire un enfant par Vignerot, joueur de luth, fils d'un garde-chasse. Elle l'épousa; il acheta la terre de Pontcourlay.
La fille de ce René de Vignerot, nommée Marie, fut mariée au sieur de Combalet, neveu du connétable de Luynes.Elle fut duchesse d'Aiguillon et n'eut point d'enfants. C'était d'elle que le cardinal de Richelieu était amoureux.
O VOUS qui recherchez les faits de Richelieu, Pourquoi vous donner la torture
Pour savoir s'il était homme, ange, diable ou dieu? Sa nièce vous dira quelle était sa nature.