‹ Le sottisier de VoltaireChapitre 5 sur 8 · L. Léouzon Le Duc · texte numérisé non relu

L. Léouzon Le Duc

LE

5[ On était bien sot autrefois Apulée rapporte dans ses notes A Paris, un petit cheval écossais qui faisait les mêmes tours que celui que nous avons vu à la foire Saint-Germain. Son maître fut accusé de magie, et son procès instruit. Songez à la Galigaï, Grandier, Goffredy.

51 Tout s'oublie : les intrigues de la Cour de Henri le Grand furent l'entretien de la Cour de Louis XIII. Sous Louis XIV on ne parlait que de la Régence. Tous ces petits événements les uns par les autres.

Dans la régence d'Anne.

5[ 1648. La Cour étant à Saint- Germain, on fut obligé de mettre en gage les pierreries de la Couronne.

Le roi manqua du nécessaire ; on fut obligé de congédier les pages de la chambre. C'est dans ce temps que la princesse Henriette se tenait au lit, faute d'un tapis. 5[ 1649. La noblesse française, qui ne s'assembla

point pour réformer l'État, s'assembla pour la

querelle d'un tabouret que la reine voulait donner à j^me (jg Pqj^5 gt ^ quelques autres. Le Gouvernement était rempli de faiblesses et de ridicules. Le cardinal Mazarin passait publiquement pour l'amant de la reine. Le marquis de Gersay osa faire une déclaration à , et M. le Prince voulait ôter à la reine

jusqu'à la liberté de s'en fâcher. Ces bagatelles causèrent de grands mouvements. Au milieu de ces sottises, on assassinait, on causait des assassinats pour exciter le peuple à la vengeance.

5[ Le prince de Condé fît la guerre aux Parisiens , la Cour faisant toucher publiquement son

chapelet à des reliques et baisant la châsse de sainte Geneviève

Des officiers pendus, par représailles, à Bordeaux.

La débauche et la gaieté régnent au milieu de ces horreurs.

5[ Colbert fît rendre un arrêt par lequel il osait défendre aux hommes d'affaires de prêter au roi, sous peine de mort. L'année d'après, il emprunta d'eux.

51 « Sire, dit M. de Vendôme au roi, je me flatte que vous me permettrez d'aller dans mon gouvernement. — Monsieur, quand vous saurez gouverner vos affaires, je vous donnerai à gouverner les miennes. »

5[ Le peuple regardait le Parlement de Paris comme un corps aussi ancien que la monarchie, fait pour servir de milieu entre le roi et ses sujets, tuteur des rois, père du peuple, etc. La Cour le regardait comme un tribunal de justice, rien de plus. La vérité est que l'autorité et les fonctions de ce corps n'ont jamais été bien réglées, qu'il n'a été puissant que sous les ministres faibles, et il est ridicule de dire qu'il représente la nation. Le mot seul de Parlement fait une partie de sa force. L'exemple du Parlement d'Angleterre, et le nom de Parlement, qui était autrefois en France tout l'État, est ce qui impose... Si on ne l'avait appelé que premier président, il aurait eu moins de crédit et moins d'ambition.

5[ Louis XIV se levait à huit heures et un quart.

Dès qu'il était habillé, il travaillait avec ses ministres jusqu'à midi et demi; ensuite il entendait une messe en musique.

Au sortir de la messe, il allait chez M"^^ de Montespan, puis dînait dans l'antichambre de M^^^ la Dauphine.

Les gentilshommes servants le servaient. Monseigneur, M"^^ la Dauphine, Monsieur, Madame, Mademoiselle, M^^ de Guise, quelquefois les princesses du sang, mangeaient avec lui.

Après dîner, il travaillait encore. A huit heures du soir, il allait chez M™^ de Maintenon, de là souper, puis chez M™^ de Maintenon jusqu'à minuit.

5[ Turenne disait : « Quand un général prétend n'avoir jamais fait de fautes, il me persuade qu'il n'a jamais fait la guerre longtemps. «

Parodie du roi au Conseil.

Le Conseil à ses yeux a beau se présenter, Sitôt qu'il voit sa chienne, il quitte tout pour elle. Rien ne peut l'arrêter Quand le beau temps l'appelle.

îf 1690, avril. A la mort de M^^^ la Dauphine, le roi dit à Monseigneur : « Voici ce que deviennent les grandeurs de ce monde; nous serons ainsi, vous et moi. »

5] Louis XIV, et par conséquent toute la Cour, porta le deuil pour le cardinal de Mazarin.

Ç[ La plupart des événements qui n'ont point amené de grandes révolutions sont comme des coups de piquet qui n'ont ruiné personne et que les joueurs oublient.

5| Le pape est une idole à qui on lie les mains et dont on baise les pieds.

5[ Louvois meurt soudainement, après avoir travaillé avec le roi; les médecins et les chirurgiens l'ont cru empoisonné. C'était le plus riche ministre. Le roi dit au roi d'Angleterre : « J'ai perdu un bon ministre, mais vos affaires et les miennes n'en iront pas plus mal. »

5[ Octobre 1691 . Le roi donna à M. de Turenne et à M. de Montmorency chacun mille louis d'or pour la nouvelle du combat de Avant ce temps, on donnait des pierreries.

5[ Le roi, en créant des maréchaux de France, introduit l'usage de donner sa canne au ministre secrétaire d'État qui lit le serment; le ministre met cette canne entre les mains du maréchal. Autrefois on leur donnait un bâton fleurdelisé, qu'ils porteni encore dans leurs armoiries.

5[ Il n'y a que les capitaines des gardes du corps qui prêtent serment l'épée au côté. M. de la Feuillade est le premier colonel des gardes-françaises qui ait eu ce privilège.

5[ Le roi d'Espagne traite comme grands d'Espagne les généraux des Cordeliers, des Capucins, des Dominicains. Il fait le même honneur aux Carmes, qui n'étaient pas moins humbles. Le roi les traite comme envoyés des têtes couronnées.

5f II n'y a qu'aux Gobelins qu'on travaillait en haute lisse; les autres manufactures étaient de basse lisse, comme on calque.

5[ A la mort de Louis XIII, il n'y avait que pour

700,000 fr. de pierreries de la Couronne. En 1696, il y en avait pour i i,33o,ooo livres.

5[ 1697. Qh^^^ Ruvigni sortit de France, il laissa un dépôt dont le roi avait le secret. Tant que Louis XIV fut le seul qui en fût informé, il ne le confisqua pas; mais il le confisqua dès qu'il en fut informé par d'autres. Il eût été plus beau de faire rendre le dépôt.

5[ Sur la nouvelle de l'élection du prince de Conti, le roi, en le présentant chez M™^ de Maintenon, lui dit : « Voilà un roi que je vous amène. »

5[ Lignes parallèles inventées depuis la paix des Pyrénées.

51 Le roi demanda en riant à M"^^ la Duchesse, à M"^^ la princesse de Conti et à plusieurs autres, quelles parts elles prendraient sur l'Espagne. « Quelque part que je prenne, dit le roi, je sais bien que beaucoup de gens me condamneront. »

5[ Après la prise du maréchal de Villeroi , le roi dit : « On le hait parce qu'il est mon favori », terme dont il ne s'était jamais servi auparavant.

5[ Marivaux dit au roi : « Sire, je voudrais avoir perdu ce bras-là lorsque je me suis mis à votre service. » Marivaux y aurait plus perdu que nous.

5[ Louis XIV a fait plus de bien que tous ses prédécesseurs par la longueur de son règne et par des vues de suite, mais pas la centième de ce qu'il pouvait faire.

51 Le Puget a bâti, peint et sculpté une église à Marseille.

51 Machiavel, dans son Principe, dit que la plus grande sûreté des rois est le Parlement. Cela était bon quand il y avait des seigneurs dangereux, que l'autorité du Parlement pouvait réprimer; mais, depuis, le Parlement est devenu lui-même très dangereux. Ce qui était alors une arme défensive devient aujourd'hui un trait dont on est blessé.

5[ Nota que le cardinal Mazarin, en mourant, conseilla au roi de ne jamais assembler le clergé que pour avoir de l'argent.

51 La bataille d'Hochstaedt perdue parce que les Français supposèrent que les ennemis ne pourraient passer, au mois de juillet, un marais qu'ils n'avaient pu passer en novembre.

5] Du temps des croisades, selon Anne Comnène, les seigneurs français logés chez l'empereur Alexis furent un jour les maîtres de la maison.

51 Haquin, roi de Norvège, dit au roi saint Louis : « Mes sujets sont railleurs, et les vôtres sont des brutaux; il faut les séparer. »

5[ Il ne faut qu'un génie très médiocre et un peu de bonheur pour être bon ministre, même dans une république; mais, dans un empire despotique, il ne faut que la faveur du maître. On estime de loin les favoris, mais de près ils sont des hommes bien communs.

5[ Le grand Gustave changea la manière de com-

battre. Le duc de Weimar, son disciple, fut le maître de Turenne. L'infanterie commença alors à se mettre en réputation. Des armes meilleures, ou un ordre de bataille supérieur, est ce qui donne l'avantage, et peut-être est-ce là tout le secret des conquérants. On attaqua en colonne : c'était l'usage des Romains. Machiavel est le premier des modernes qui ait conseillé d'attaquer en colonne. Machiavel dit aussi que l'infanterie doit décider à la longue du sort de la guerre, malgré l'opinion commune.

5f Ridicule de ceux qui comparent l'histoire de France à la romaine, Condé à César, Louis XIV à Alexandre.

5] Astrologues appelés dans le cabinet de la reine mère Anne au moment de ses couches,

5[ Pauvre chose que la France jusqu'à Louis XIV 1 Rois sans pouvoir avant Louis XI, Charles VI et Louis XII, conquérants malheureux; François P'", vaincu ; guerres civiles jusqu'à Henri IV ; sous Louis XIII, faiblesses et factions.

5[ Cromwell n'abusa jamais de son pouvoir pour opprimer le peuple ; il rendit la nation florissante au dedans et respectable au dehors. Usurpateur et non tyran.

5[ Le petit combat de Denain sauva Louis XIV, comme le petit combat d'Arqués sauva Henri IV. Souvent un petit succès chez soi prévaut sur vingt victoires des ennemis. Le combat qui chassa les Anglais sous Charles VII n'était rien.

5[ L'histoire ordinaire, qui n'est qu'un amas de faits

opérés par des hommes, et par conséquent de crimes, n'a guère d'utilité, et celui qui lit la gazette aurait même en cela plus d'avantage que celui qui saurait toute l'histoire ancienne. La curiosité seule est satisfaite,

5[ Je ne crois pas que le succès dans un ministère fasse un grand homme. Le cardinal de Richelieu a été le maître; mais est-on un grand homme pour être vindicatif, impérieux, sanguinaire, et pour avoir gouverné un roi faible? Un grand génie croit-il des sottises? RicheHeu était un théologien pédant et un poète ridicule.

5[ Du vivant de Louis XIII, on avait des évèchés sans être dans les ordres. Le duc de Guise, le Napolitain, était archevêque de Reims sans être tonsuré; et aussi le duc de Verneuil, à ce que je crois.

5[ Louis XIV abolit les duels, que tant d'autres rois avaient autrefois maintenus, et qui avaient été regardés longtemps comme le plus beau privilège de la noblesse et comme le devoir de la chevalerie. Le serment des anciens chevaliers était de ne souffrir aucun outrage et de venger même ceux de leurs amis; mais il n'y a de pays bien policé que celui dans lequel la vengeance n'est qu'entre les mains des lois.

51 Chez les philosophes, la justice consiste à choisir un parrain qui fait tirer les deux partis. Les Français n'ont été, pendant des siècles, que des philosophes.

51 Les évêques ordonnent quelquefois le duel.

Le pape Nicolas P"" appelait les duels combats légitimes, conflits ordonnés par les lois.

Quelques conciles l'ont appelé « le jugement divin ».

5[ Le maître à danser de Louis XV avait 7,600 livres, et le maître de mathématiques i,5oo.

5[ Les Jésuites, en 17 10, étaient au nombre de trente mille,

5[ Le cardinal Alberoni veut faire le corps italique à l'instar du germanique. Idée sublime.

5[ Charles XII, jouant aux échecs, faisait toujours marcher le roi.

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Si vous aviez été les trois déesses Qui de Paris avaient brigué la voix,

Belles princesses,

Sans aucun choix, On l'aurait vu couper la pomme en trois Et tour à tour caresser vos six fesses.

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51 Si on avait trouvé 5o écus au trésor royal pour envoyer un courrier au duc de Guise, il n'y aurait point eu de barricades, etc. Ce qui détermina LouisXIII , à l'âge de seize ans, à faire assassiner Concini, c'est qu'on lui avait refusé i,5oo écus. Concini, sur ce refus, avait dit au roi : « Sire, que ne vous adressezvous à moi ? »

5] La philosophie de Descartes proscrite par lettre de cachet, sous Louis XIV.

Ç[ La femme de saint Louis fît promettre à un chevalier français de la tuer en cas qu'elle tombât au pouvoir des Sarrasins. « J'y avais déjà pensé, Madame, » répondit le chevalier.

5f Aux derniers États de 1614, le cardinal du Perron eut l'insolence de dire à la chambre du Tiers état, de la part du Clergé, qu'on excommunierait ceux qui oseraient soutenir que le pape ne peut pas déposer le roi.

51 Louis le Jeune fut obligé de se faire couper la barbe, sur les remontrances de Pierre Lombard, évêque de Paris.

Depuis Louis le Jeune jusqu'à François I^'", tout menton français fut rasé. On voit encore une lettre de Henri II au chapitre de Reims pour le prier de recevoir un archevêque barbu, parce qu'il allait en ambassade dans un pays où la barbe était de mode.

5[ Tout a changé en France : gouvernement, langue, habits, manière de combattre.

5[ Notre roi Jean accorda une charte pareille à celle que Jean sans Terre donna ; mais les Français ne sont pas faits pour la liberté : ils en abuseraient.

5[ On portait, sous Henri II, des braguettes d'un pied, au fond desquelles on mettait d'ordinaire une orange qu'on présentait aux dames. Alors les dames baisèrent tout le monde à la bouche.

51 Pascal II demanda pardon à Louis le Débonnaire

d'avoir accepté le pontificat sans sa permission; mais, peu de temps après, les papes voulurent être souverains des empereurs mêmes.

51 Jean, roi de France, fit couper la tête à Raoul, connétable, à l'hôtel de Nesle, sans forme de procès. Henri III, pour avoir fait tuer le duc de Guise sans lui faire couper la tête avec un peu de cérémonie, passa pour assassin,

5] En une république, le tolérantisme est le fruit de la liberté et l'origine du bonheur et de l'abondance.

5] Les rois sont avec les ministres comme les cocus avec leurs femmes : ils ne savent jamais ce qui se passe.

5[ Lorsque Louis XIV porta la terreur dans Amsterdam et que cette ville imprenable craignit d'être prise, chacun s'empressa de retirer son argent de la Banque. Tout le monde fut payé. On retrouva les mêmes monnaies déposées au temps de la fondation de la Banque, et noircies encore du feu qui en avait approché lorsque la Maison de Ville brûla.

5[ Louvois faisait offrir de l'argent à tous les commandants des places ennemies avant de les assiéger, témoin du Leveaux, qui commandait au sac de Gand, à qui on offrit io,ooo écus, et qui en donna avis au roi Guillaume, alors prince d'Orange.

5] Il exigea des sommes immenses de toutes les villes, i6,ooo florins de celle de Vourde.

5[ Le chevalier Temple eut le courage de. dire à Charles II, roi d'Angleterre : « Sire, Gourville, le

Français le plus sensé que j'aie jamais connu, m'a dit qu'un roi d'Angleterre qui veut être plus que Thomme de son peuple n'est plus rien. »

5[ 1673. Un Écossais, nommé Jean Frazer, vint à Amsterdam pour mettre le feu à la flotte hollandaise, action qui Feût immortalisé en Angleterre, et qui le fit expirer sur la roue chez les Hollandais.

5[ Ruyter, en partant pour la Méditerranée, sur laquelle il fut tué, dit : « Quand les Etats m'ordonneront d'aller attaquer l'ennemi avec un seul vaisseau, je hasarderai toujours ma vie où l'Etat voudra hasarder sa bannière. »

5f Le prince d'Orange, mal secouru et souvent malheureux à la guerre, dit au pensionnaire, qui lui conseillait de céder et de faire la paix : « J'ai vu un batelier qui, avec un petit bateau, ramait contre le courant d'une écluse. L'eau l'a repoussé vingt fois; mais enfin, à force de patience, il a passé. » Ainsi fit le prince d'Orange.

5f Dans la guerre de Paris, le parti royal eut enfin le dessus, parce que ses ennemis furent toujours divisés d'intérêts. Personne ne combattit pour la liberté publique, et, le peuple n'ayant, dans cette guerre, ni le fanatisme de la religion ni l'enthousiasme de la liberté, tout fut bientôt calmé. En ce temps, les horreurs les plus honteuses à l'humanité se commettaient avec un esprit de plaisanterie, et on faisait la guerre au son des chansons et des vaudevilles.

5[ M. de Turenne disait : « J'ai appris la guerre

sous quatre maîtres : le prince Henri d'Orange m'a appris à camper et à conduire les projets d'une campagne; le duc de Weimar à faire beaucoup avec peu de forces, à réparer les fautes sans songer à les excuser, à me faire aimer des soldats; le cardinal de La Valette à oublier les plaisirs de la Cour, et le comte d'Harcourt de Lorraine à profiter de la victoire. »

Turenne, beaucoup plus faible que ses panégiristes ne le représentent, trahit le roi, dont il commandait l'armée, et il n'y eut d'autre raison de sa trahison que son amour pour M""^ de Longueville, qui se moquait de lui. Il trahit, en 1672, le secret du roi par une semblable faiblesse pour M'"^ de Coatquin, qui le paya du même mépris; il sauva, par sa prudence, l'Empire à Mariendal, à Wesel toute la France, à Cambrai l'Escurial. Lorsque la duchesse de Longueville et lui firent un traité avec l'Espagne, Turenne voulut débaucher l'armée qu'il commandait; mais il fut sur le point d'être arrêté, et le marquis de La Ferté tailla en pièces quelques troupes que le vicomte avait entraînées dans sa révolte.

.5[ Je crois qu'on ne peut guère juger du génie et des vues d'un ministre que dans le calme des affaires, parce qu'alors, étant le maître, il est coupable de tout le bien qu'il ne fait pas; mais, dans la tempête, il n'est point responsable du vaisseau dont on lui arrache le gouvernail : c'est ce qui me fait mépriser Mazarin sans trop admirer Richelieu.

5[ L'astrologie avait tellement infatué les princes

que le marquis de Saluces quitta le parti de la France pour celui de l'empereur sur une prédiction.

51 Henri VIII fît consulter notre Sorbonne sur son mariage avec Anne de Boulen et acheta leur avis (au rapport de De Thou). Cette digne Sorbonne a condamné Henri III et justifié l'assassinat du duc d'Orléans.

51 De Thou est un pauvre physicien; il dit que, le corps de Zuingle, tué dans la bataille de Saint-Gall, ayant été brûlé, son cœur ne put jamais être consumé, et il assure qu'il y a beaucoup de personnes qui ont une partie de leur corps sur laquelle le feu ne peut agir.

}[ Cette même Sorbonne vint au Louvre accuser l'évèque de Mâcon, Pierre Châtelain, d'hérésie, parce qu'il avait dit en son oraison funèbre que François I^'" n'avait point passé par le purgatoire ; sur quoi Jean de Mendoze , premier maître d'hôtel du roi, leur dit : « Messieurs, je sais, etc.; mais, s'il a passé par le purgatoire, ce n'a été que pour y boire un coup. »

51 Les prêtres sont aux monarques ce que les précepteurs sont à l'égard des pères de famille : il faut qu'ils soient les maîtres des enfants, mais qu'ils obéissent aux pères.

5[ Il était ridicule autrefois d'être savant, parce que les sciences étaient ridicules en elles-mêmes. . Un homme qui savait tout ce que l'École enseigne ne savait que des impertinences; mais aujourd'hui il est permis même à une femme de savoir, parce qu'en

effet la lecture des bons livres et les vérités mathématiques n'ont rien que de respectable. Le goût manquait en France jusqu'à Louis XIV, parce que le royaume n'était pas assez florissant, pour que les arts, qui sont enfants de l'abondance, de la société et de l'oisiveté, fussent à la mode.

51 Les pauvres gens, qui prétendent qu'on doit se gouverner à Paris comme à Lacédémone, et que les mêmes lois sont bonnes également pour nos Parisiens voluptueux et pour des Hollandais!

5[ Quand il plaît au roi de créer des charges, il plaît à Dieu de créer des fous pour les acheter.

5[ Les Jésuites font commerce de diamants aux Indes; ils les enferment dans les talons de leurs souliers, et écrivent qu'ils foulent aux pieds les richesses de l'Europe.

5[ Le cardinal de Fleury a dit à l'ambassadeur d'Espagne que , pour rendre les Jésuites utiles, il faut les empêcher d'être nécessaires.

5[ « Il est doux d'être gouverné, me disait M. de F... — Oui, lui dis-je, c'est un plaisir de roi. »

5f Le docteur Swift dit que les Anglais, pour faire accroire qu'on est riche en Irlande et qu'on peut taxer les Irlandais sans les fouler, viennent chier à leurs portes, et font ainsi courir le bruit qu'on a en Irlande de quoi manger.

51 Descartes écrit à la princesse Elisabeth que le roi Charles I^"" est fort heureux d'être mort par la main du bourreau, que cela est fait tout d'un coup, et que

ce sont ceux qui meurent dans les douleurs des maladies qui meurent en effet par la main du bourreau.

Contradictions.

5[ Un échevin est anobli, un lieutenant général paye la taille. La femme d'un colonel entre dans les carrosses de la reine, celle du chancelier n'y entre pas. Un président est méprisé à la Cour pour la même charge qui l'honore dans le royaume. Les jours de la semaine sont païens, et les mois aussi; mais nous sommes chrétiens. On défend les spectacles la semaine sainte, et on permet la foire. Les bouchers ne peuvent étaler le vendredi, mais bien les rôtisseurs. On vend des estampes le dimanche, et point de tableaux. Les comédiens sont excommuniés par le roi, un lieutenant général non anobli paye la taille, un échevin est noble.

On a fait imprimer Lucrèce , cours d'athéisme

complet; on a brûlé Vanini comme athée, lui qui n'a écrit qu'en faveur de l'excellence de Dieu, et l'incrédule La Mothe Le Vayer a été précepteur du roi et de Monsieur. La pédérastie enseignée à la jeunesse. Un religieux, le premier homme du monde, dit la messe pour quinze sous et mange avec les laquais; s'il est général, il est traité comme envoyé des têtes couronnées. Le pape n'est sans pouvoir que depuis

Léon X, époque de la grandeur temporelle des papes: on les chassait de Rome quand ils donnaient des empires. Si on écrivait comme Salomon, on serait brûlé.

Mahométisme.

51 Selon Mahomet, il y a eu cent treize prophètes : il est le cent quatorzième.

îf Une secte des Persans dit qu'Adam et Eve furent créés au quatrième ciel, où il n'était pas permis de chier, mais qu'Eve ayant fait une galette et en ayant donné au bonhomme, il fallut aller à la garde-robe sur la terre, qui est la chaise percée de l'univers. Mais pourquoi un cul dans le quatrième ciel?

5[ Mahomet est cocu, puis meurt en band. . . . Il était si ignorant qu'il appelle Marie, la mère de Jésus, sœur d'Aaron. C'est une chose plaisante que de voir avec quelle subtilité les théologiens turcs défendent cette ânerie.

5[ Il y eut une grande dispute à Constantinople, chez les chrétiens, pour savoir si la lumière du Thabor était créée ou incréée.

51 La loi mahométane ordonne de se laver le cul avec la main gauche, et défend de se servir de papier.

Cette loi ordonne l'aumône : deux et demi pour

cent quand on a 3oo écus de rente, le dixième quand on a au-dessus. Passe pour cela.

|[[ Grotius s'est laissé tromper comme un autre au sujet de la colombe, et il dit bien des sottises.

5f On baisse les yeux, on s'anéantit devant le prodigieux mérite de ceux qui gouvernent : on approche d'eux, on est étonné de leur médiocrité. On voit que les affaires de ce monde sont un jeu que tout le monde joue à peu près également. On voit que Richelieu et Ximenès étaient des hommes fort communs.

5f II faut se garder des expressions triviales « pousser sa pointe, rompre en visière, servir sur les deux toits, aller son train, battre à plate couture, s'enfuir à vauderoute ».

Anecdotes concernant l'histoire des lettres et des spectacles.

51 Le marquis de Sourdeac, les sieurs Champeron, Perrin et Cambert, eurent d'abord le privilège de l'Opéra; on paya un louis d'or par place aux loges, un écu au parterre, où l'on était assis.

Perrin, mis au Châtelet pour dettes et poursuivi par Sourdeac, vendit son droit à Lulli , qui se fit confirmer le privilège par le roi.

5[ 1672. les Peines et les Plaisirs de l'Amour, représentés au jeu de paume de Bel-Air, près du Luxembourg. Le comte d'Armagnac, le duc de Monmouth, le marquis de Villeroi, y dansèrent.

51 Le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois refusa la communion aux demoiselles Aubry, Verdier et Caillou, les trois premières actrices. L'archevêque de Harlay la leur fit donner. Ces filles étaient fort sages et de bonne famille.

5f Cambert se réfugia à Londres et y établit un Opéra français ; mais il fut mis en prison pour ses dettes, et ses acteurs, qui voulurent le sauver, furent obligés de s'enfuir déguisés.

5[ Au jubilé, Lulli se confessa et eut l'absolution; mais son valet fut refusé, parce qu'il avait fait le serpent Pithon et le dragon.

5[ On fit contre Quinault :

La beauté la plus sévère N'est pas un couplet fort bon; L'auteur commence à déplaire Avec son tendre jargon.

Ah ! que la rime lui coûte !

II va partout la chercher; Morbleu! que l'aze lef....

Avec son plus dur rocher.

5[ La salle de l'Opéra du marquis de Sourdeac était rue Mazarine, et ce fut là qu'il s'établit, après la mort de Molière, une troupe de comédiens qui joue aujourd'hui sur les Fossés.

5[ Le roi choisissait lui-même les sujets que lui proposait Quinault. Tous les prélats assistaient alors à l'Opéra et à la Comédie.

5[ Lorsqu'on maria Anne d'Autriche, il vint des comédiens espagnols à Paris.

5J Lorsqu'on maria Mademoiselle à Charles, roi d'Espagne, un nommé Guichard voulut établir un Opéra français à Madrid. Il y mourut de faim.

5[ Le roi donnait 3,ooo livres à Quinault par opéra, et Lulli lui en donnait 2,000. Quinault en voulut avoir 4,000, et ils se brouillèrent. Lulli eut recours à Thomas Corneille, qui fit Psyché et Bellérophon. Fontenelle travailla à ce dernier poème.

Le roi donnait aux acteurs de l'Opéra, quand ils venaient à Versailles, 3 livres 10 sous par jour, une bougie, un pain, etc.; un demi-louis à chaque actrice et leurs habits,

Lulli donnait à Perrin 4,000 livres d'appointements, après avoir dissous la société avec Vigarani.

5[ Béraux, de l'Opéra, dit à l'archevêque Harlay : « Monseigneur, je parie 10,000 écus que vous ne donnerez pas telle abbaye à mon fils? — Parions! » dit l'archevêque. Béraux eut le bénéfice, et le prélat les 3o,ooo livres.

5f M. le duc de Nevers fit les paroles d'un opéra

nommé Orontée; Laurenzani fit la musique. L'opéra fut joué au Petit-Luxembourg et sifflé. On donna de l'argent à Leclerc, pauvre académicien, pour donner son nom à ce malheureux enfant.

5[ Nos tragédies admirables, mais nos spectacles ridicules et barbares; nos salles ingrates pour la voix; nulle connaissance, jusqu'à présent, de l'architecture théâtrale.

Quelle honte de n'avoir, pour jouer Mithridate et le Tartufe, que le jeu de paume de l'Étoile, avec un parterre debout et des petits maîtres confondus avec les acteurs! En Hollande même, il y a un théâtre convenable.

J[ L'histoire de la Matrone d'Éphèse se trouve dans un vieux livre chinois.

Le lettré Ouang rencontre une jeune femme éplorée, au bord de la mer; elle était sur le tombeau de son mari et remuait un grand éventail. « Pourquoi cet éventail, Madame? — Hélas! mon cher mari m'a fait promettre que je ne me remarierais que quand ce tombeau serait sec, et je l'éventé pour le sécher. » Ouang raconte cette histoire à sa femme, qÔi frémit d'horreur et qui lui jure qu'elle ne se servira jamais de l'éventail. Ouang feint une maladie et contrefait le mort; on le met au cercueil. Aussitôt paraît un jeune homme fort joli, qui vient pour étudier chez le lettré, etc. Il plaît, on l'épouse. Il tombe en convulsions; son vieux valet de chambre fait accroire à la dame qu'il faut la cer-

velle d'un mort pour le guérir, et la bonne femme va fendre la tête à son mari Ouang, qui sort de son tombeau.

5[ L'histoire de Berthe, assiégée par Adalbert. Elle fait appeler en secret chaque officier, et couche avec chacun d'eux en lui faisant jurer qu'ils ne porteront jamais les armes contre elle. Adalbert, à son tour, est obligé d'y venir lui-même.

Bergère, détachons-nous

De Newton, de Descartes :

Ces deux espèces de fous N'avaient pas vu le dessous Des cartes, des cartes.

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C'est une pomme infortunée De qui jadis la destinée Causa le céleste courroux ; Mais, en voyant les traits si doux, Iris, dont vous êtes ornée, Adam l'aurait prise de vous.

Et Paris vous l'aurait donnée.

A force de forger, on devient forgeron. Il n'en est pas ainsi du pauvre Campistron : Au lieu d'avancer, il recule; Voyez Hercule.

Quand vous chantez, petits oiseaux, Tout notre Opéra doit se taire :

Car vous faites des airs nouveaux, Et l'Opéra n'en saurait faire.

L'Imagination, amante du Bonheur,

Toujours le désire et l'appelle;

Mais il la fuit avec rigueur, Et, fait pour ses désirs, il n'est point fait pour elle. Dans sa tendre jeunesse, elle alla le chercher

Jusque dans l'amoureux empire; Mais en vain du Bonheur elle crut s'approcher :

Les soupçons, le jaloux martyre,

La délicatesse encor pire.

Des bras de ce Bonheur la vinrent arracher. Dans un âge plus mûr, du même objet charmée.

Au palais de l'Ambition

Elle porta sa passion; Mais elle n'y trouva qu'une ombre, une fumée, Fantôme du Bonheur et pure illusion.

Enfin, dans le pays qu'habitent les richesses.

Séjour magnifique et charmant, Elle va demander son fugitif amant :

Elle y voit l'abondance, elle y voit la mollesse,

Même le plaisir séducteur;

Elle y voit tout, hors le Bonheur.

La voilà donc encor qui cherche et se promène. Lasse des grands chemins, elle trouve à l'écart Un sentier peu battu, qu'on découvrait à peina;

Une beauté, simple et sans art.

Du lieu presque désert était la souveraine (C'est, dit-on, la Sagesse), et notre amante en pleurs

Lui raconte son aventure.

« Il ne tiendra qu'à vous de finir vos malheurs ; Vous verrez le Bonheur : c'est moi qui vous l'assure, Lui dit cette déesse. Il faut, pour l'attirer, Demeurer avec moi, s'il se peut, sans l'attendre, Sans le chercher, au moins sans trop le désirer. Il arrive aussitôt qu'on cesse d'y prétendre Ou que dans sa recherche on sait se modérer. » L''Imagination à l'avis sut se rendre :

Le Bonheur vint sans différer.

Quand, d'un esprit tendre et discret.

En tout l'un à l'autre on défère; Quand on ne cherche qu'à se plaire Et qu'ensemble on n'est point distrait ,

Quand on n'eut jamais de secret Dont on pût se faire un mystère; Quand on se cherche sans affaire, Quand on se quitte avec regret;

Quand, prenant plaisir à s''écrire,

On en dit plus qu'on ne doit dire

Et beaucoup moins qu'on ne voudrait :

Qu'appelez-vous cela, la belle?

Entre nous deux, cela s'appelle S'aimer beaucoup plus qu'on ne croit

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J'aime à railler, mais sans médire, A réjouir sans faire rire,

Parler sans me faire écouter ; Je cherche à plaire sans flatter.

A l'abbé d'Aumont.

Abbé, vous avez la naissance, La bonne mine, l'air des grands.

Ces avantages apparents Cachent beaucoup d'insuffisance.

Nature, en formant votre corps, Lui prodigua tous ses trésors.

Et lui donna tant d'avantage Que celui qui forma l'esprit En fut jaloux, et, de dépit.

Refusa d'achever l'ouvrage.

Quand je revis ce que j'ai tant aimé, Peu s'en fallut que mon feu rallumé N'en fît le charme en mon âme renaître , Et que mon cœur, autrefois son captif, Ne ressemblât l'esclave fugitif A qui le sort fit rencontrer son maître.

Je ne suis point oiseau des champs, Mais je suis oiseau des Tournelles, Où, sans choix des saisons nouvelles, On fait l'amour en tous les temps.

Et nous plaignons les tourterelles, Qui ne se baisent qu'au printemps !

Sur l'abbé di la Trappe.

Cet abbé, qu'on croyait pétri de sainteté. Vieilli dans les déserts et dans l'obscurité. Orgueilleux de ses croix et fier de ses souffrances, Rompt ses sacrés statuts en rompant le silence. Et, contre Fénelon s'animant aujourd'hui. Du fond de ses déserts déclame contre lui, Et, moins humble de cœur que fier de sa doctrine, Il ose décider ce que Rome examine.

Quand je goûte avec toi la volupté suprême. Oui, je te jure, crois qu'attaché sur tes yeux, Occupé de toi seule et m'oubliant moi-même, Ton plaisir est celui que je ressens le mieux.

Dans mes jours fortunés, au printemps de mon âge. Je cherchais une nymphe, illustre, belle et sage, Et qui pût m'inspirer mille ouvrages divers. Telle, et plus merveilleuse, Olympe est arrivée; Mais le Ciel m'a trop tard ces trésors découverts : Je ne cherchais plus rien lorsque je l'ai trouvée.

t/Tu

D'abord, pour vivre, vous chantâtes Quelques messes ajuste prix; Bientôt après, vous ennuyâtes De Mars un des grands favoris, Chez qui pourtant vous engraissâtes.

Puis au parterre vous lassâtes Les sifflets, par nous renchéris; Pour récompense vous entrâtes Chez les Quarante beaux esprits, Et sur eux-mêmes l'emportâtes A faire de méchants écrits.

Ami lecteur, sans l'expliquer Entre Chapelle et La Chapelle, Ce qui pourrait t'alambiquer Dans cette édition nouvelle.

Lis leurs vers et vois sûrement , Que celui qui si sottement Fait parler Catulle et Lesbie, N'est point cet aimable génie Qui fit ce Voyage charmant, Mais quelqu'un de l'Académie.

On peut louer dignement un grand roi.

Un cardinal semant partout l'effroi; Votre discours m'a pourtant ennuyé, Monsieur l'abbé Fraguier!

Cvlr»

Si tu veux, tu m'aimeras; Si je veux, je t'aimerai;

Comme tu t'aviseras, Aussi bien m'aviserai ; Si tu dis que non feras, Je répondrai que non ferai.

Si tu veux.

Quand mon ami tu seras, Le tien aussi je serai; Tout aussi m'en passerai.

Comme tu t'en passeras.

Si tu veux.

Cette femme fut comme Troie :

Mille héros, sans aucun fruit, Cherchèrent en vain cette proie :

Un cheval n'y fut qu'une nuit.

Que ta voix si douce me touche.

Et que je serais fortuné Si je pouvais rendre à ta bouche Le plaisir c|u'elle m'a donné !

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Pour la princesse de Conti, dont on disait le roi de Maroc amoureux.

Pourquoi refusez-vous l'hommage glorieux D'un roi qui vous attend et qui vous croira belle ?

Puisque l'hymen à Maroc vous appelle, Partez! C'est peut-être en ces lieux Qu'il vous garde un amant fidèle.

Des gouvernantes vénérables , En te tenant sur les genoux.

Autrefois te contaient des fables De spectres et de loups-garous ; Mais avec des flèches cruelles Ta mère t'a peint les Amours

Terreur qu'on prend sans connaissance L'une est la fable de l'enfance, L'autre est la fable des beaux jours.

Bissy, dans la cabane Où Joseph le reçoit.

Est placé près de l'âne, Qui rit quand il le voit.

« Si, comme vous, mon frère, Lui dit cet animal.

Dieu m'avait fait braire, Je serais cardinal. »

Je pensais que la destinée, Après tant d'injustes malheurs, Vous a justement couronnée De gloire, d'éclat et d'honneurs, Mais que vous étiez plus heureuse

Lorsque vous étiez autrefois,

Je ne veux pas dire amoureuse...

La rime le dit toutefois.

Je pensais (nous autres poètes

Nous pensons extravagamment)

Ce que, dans l'humeur où vous êtes,

Vous feriez si, dans ce moment,

Vous avisiez en cette place

Venir le duc de Buckingham,

Et lequel serait en disgrâce

De lui ou du père

Je pensais si le cardinal, J'entends celui de La Valette, Pouvait voir l'éclat sans égal Dans lequel maintenant vous êtes, J'entends celui de la beauté :

Car auprès je n'estime guère (Cela soit dit sans vous déplaire) Tout celui de la majesté.

Un Florentin, voulant d'après nature

Peindre à plaisir un saint Sébastien,

Prit un blondin de gentille figure,

Le mit tout nu, puis le lia très bien.

En le liant, un goût vénérien

Saisit le peintre; il pousse, il se fait brèche.

Le saint cria. « Chut! dit l'Italien,

Ce n'est encor que la première fîèche. »

A quatre pas d'un aveugle en prière.

Au coin d'un bois, Jean, du malin poussé.

Pressait Alix, gentille chambrière, Et l'exploitait dans le fond d'un fossé. L'aveugle écoute, et d'un ton plus baissé Va marmottant VAve de Notre-Dame. Alix disait : « Je me meurs, je me pâme! — Et moi, disait Jean, je suis trépassé! » L'aveugle dit : « Dieu veuille avoir votre âme ! Kequiescat in pace. »

Masqué du froc d'un des fils d'Elisée, Damon prêchait pour Alix, et d'abord Par cet habit Alix humanisée Avec Damon fut aisément d'accord.

Lui, pour l'honneur du froc, fît maint effort ; Mais six exploits mirent bas le gendarme. « Quoi ! dit Alix, cet homme-ci s'endort Après six fois!... Le traître n'est pas carme. »

La lune, par un trou tout à fait obligeant, Fournissait à la Sainte une lampe d'argent.

De Pezénas un citadin fidèle

Disait avoir à certaine donzelle.

En une nuit, donné dix fois l'assaut.

Alix écoute : « Ah! mon Sauveur! dit-elle,

Que je voudrais avoir ce qui s'en faut. «

Jadis logeait près d'un couvent femelle Un jeune gars, friand de tel gibier, Qui tous les soirs y voyait sans chandelle, Par l'huis secret, entrer maint cordelier. « Si faut-il bien, dit-il, de cette porte User aussi. » Pour ce prit, une nuit.

L'habit claustral, et parmi la cohorte Dessous ce froc fut sans peine introduit.

Dans le chapitre était le rendez-vous.

Là nos reclus se glissaient à la file.

Et, comme au chœur, par rang se nichaient tous.

Or il advint que frère Théophile,

Rude ouvrier, resta sans établi.

Il va d'abord tout le long de la salle,

Comptant, tâtant... Il trouve tout rempli;

Tout était double, et d'une ardeur égale

Tous travaillaient en fils de saint François.

Lors il leur dit, en élevant la voix :

« Il est ici du mécompte, mes pères ! »

Mais de ce bruit nos couples peu distraits

Crièrent tous, sans Cjuittcr leurs affaires :

« Allons toujours, nous compterons après. »

Alors qu'on f... son confrère, Est-il un plaisir plus grand?

Avez-vous fait son affaire, Aussitôt il vous le rend.

Mais quand vous f dans un c.

On a beau tourner le derrière, Personne ne vous répond.

Monsieur l'abbé Des Farges

En la Créqui ;

Son c. est à la marge, Qui crève de dépit, D'être si près du c.

Et n'être pas f....

Ce qui fait tant de trouble en France, A ce que dit Sa Sainteté, C'est le V.. de Son Eminence Et le c. de Sa Majesté.

Lorsque les deux anges blondins Aux Sodomites apparurent.

Deux des plus nobles citadins En rut aussitôt accoururent.

Les anges eurent beau voler.

Ces messieurs, pour les enc ,

A leur dos si fort se lièrent, Qu'étant emportés tout brandis,

En d géant ils s'écrièrent :

« Ah! nous sommes en paradis. »

Le rossignol, la chèvre et le baudet Passaient auprès d'une noce champêtre.

Le rossignol ouït un coup d'archet,..

« De la musique! Allons, je veux en être, » La chèvre aussi du mulet se dépêtre.

Voyant danser. Chacun suivait son goût.

« Pour moi, dit l'âne, en ce pré je vais paître... Vous m'avertirez si l'on f.... »

Terrât a tort assurément

De payer pour f la Montauban;

Mais Son Altesse ne ferait pas bien

De f avec Terrât pour rien.

En tisonnant, Alix, un soir d'hiver, Contait à Jean les exploits du vieux Biaise. « A cinquante ans c'est être encor bien vert, Aller à trois ! — A trois ! dit Jean ; fadaise ! Je doublerais. Gageons, et qu'il te plaise. Argent sur table... — Oh! oh! va, dit Alix... » Jean part : un, deux, trois, quatre, et cinq, et six, Et court saisir les enjeux sur la planche. Alix y court : « Non, pas cela, mon fils; Tiens, je remets!... Allons, va, ma revanche. >>

Dans un verger, Lubin avec Nicole, Pour n'être pris tandis qu'il l'exploitait, Contre un poirier, tout debout, la bricole, Si que chacun de son côté guettait.

Or, dans le temps que plus il se hâtait, Nicole pâme, et puis, toute éperdue.

Dit à Lubin, qui toujours rabotait :

« Guette tout seul, car j'ai perdu la vue. »

t/JV»

Monsieur Fabio, que voilà, Nous peint des raisins et des belles.

Quel étrange peintre est-ce là Qui mange et qui f... ses modèles!

Pour M. le duc de Vendôme.

Ce héros que tu vois ici représenté, Favori de Vénus, favori de Bellone, Prit la vérole et Barcelone, Toutes deux du mauvais cçté.

De Vénus aux belles fesses, ' Et de Bacchus et de Mars, Vendôme, dans sa jeunesse, A suivi les étendards.

Vénus, quelquefois friponne.

Respecta peu sa personne, Et Bacchus l'enivra; mais Mars ne lui manqua jamais.

D'un v.,, d'un c. et de deux cœurs Naît un mélange de douceurs Que les dévots blâment sans cause.

Belle Philis, pensez-y bien,

Aimer sans f est peu de chose,

F sans aimer, ce n'est rien.

Il ne faut pas qu'on s'étonne Si souvent elle raisonne De la sublime vertu Dont Platon fut revêtu, Car, à bien compter son âge,

Elle doit avoir f

Avec ce grand personnage.

F..... un seul coup sans y faire retour, C'est proprement d'un malade le tour.

Deux bonnes fois à son aise le faire, C'est d'homme sain suffisant ordinaire.

L'homme galant va même jusqu'à trois, Le moine à quatre, et cinq aucunes fois. Pour six ou sept, ce n'est pas dans les lois D'homme d'honneur : c'est pour monsieur Dubois.

cor»

Qu'un beau pigeon à tire-d'aile Vienne aborder une pucelle, Rien n'est surprenant en cela:

On en voit autant en Phrygie, Et le beau cygne de Lydie Vaut bien le pigeon de Marie.

Le prêtre vit de l'autel, Et la putain du bordel.

Loth, voyant sa ville en feu

D'un haut lieu, But et coucha, grâce à Dieu, Avec sa progéniture.

Oh! oh! vertu Dieu!

Quel onguent pour la brûlure !

Ce monsieur l'évêque d'Autun N'est pas un prélat du commun, Car, pour lui, c'est toujours tout un De f quelqu'une ou quelqu'un.

Je ne chante point la pomme, Par qui notre premier homme Et le genre humain fut perdu.

Dont s'ensuivit un dieu pendu, Mais cette pomme charmante Pour qui mainte déesse gente Au beau Paris montra son c.

Dont s'ensuivit un dieu cocu.

Après avoir vécu vingt lustres, Ci gît la fameuse Ninon,

Qui s'est mise, en dépit du c, Dans le rang des hommes illustres.

Ot\t

Les dieux nous ont formés sur leur divine image; Ils ne nous ont point faits pour être malheureux. Vivons contents; reposons-nous sur eux Du soin de sauver leur ouvrage.

Un galant le fit et refît

A une dame en s'ébattant,

Et puis après la satisfit

D'un bel écu d'or tout comptant.

« Monsieur, je n'en aurai pas tant,

Reprit la belle; c'est beaucoup.

— Serrez cela, dit-il à coup.

— Lors, reprit la fille au corps gent. Faites-le donc encore un coup Pour le surplus de votre argent. »

Quand le Seigneur (non sans remords) De la Dutot forma le corps.

Voyant qu'une âme raisonnable N'y pouvait loger sans dégoût.

Il en fit la prison d'un diable.

Et c'est le plus damné de tous.

Prince, en parlant de vos exploits.

Soit dans la paix, soit dans la guerre.

On vous compare quelquefois A celui qui donne des lois Au maître de toute la terre.

De votre honneur je suis jaloux; Ce parallèle me fait peine :

César, à le dire entre nous,

Fut bien aussi b que vous,

Mais jamais si grand capitaine.

Quand tu punis le Sodomite, Grand Dieu ! ta haine alla trop vite, Et la colère t'aveugla.

La flamme était peu nécessaire Pour détruire ces peuples-là :

Tu n'avais qu'à les laisser faire.

Tandis que Madame dormait, Monsieur f. ..ait sa chambrière.

Or, elle, qui la danse aimait.

Remuait bien fort le derrière.

Puis la galande, toute fière, Lui dit : « Monsieur, par votre foi, Qui le fait mieux, Madame ou moi?

— C'est toi, dit-il, sans contredit.

— Saint Jean! dit-elle, je le croi, Car tout le monde me le dit. »

Ne nous moquons point des païens :

La Fable vaut la Bible;

Jamais prêtre chez les païens

Ne crut être infaillible.

Comme nous, ils avaient trois dieux,

Mais leur mère Cybèle Ne crut point, en accouchant d'eux,

Rester encor pucelle.

A Jacques disait Louis :

« De Galle est-il votre fils ?

— Oui-da, par sainte Thérèse,

Comme vous de Louis treize. »

Si j'ai quitté le fameux nom de Chaulne, Après avoir pris celui de Tournon, C'est qu'Hauterive a le v.. long d'une aune. Et qu'à mon c. j'ai préféré mon c...

Margot et le Cordelier.

Margot, sur la brune, En attendant fortune, Margot, sur la brune, Vit passer le Père Anfoux.

(C Bonsoir, mon Père.

— Bonsoir, ma chère.

De cette affaire Parlerons-nous?

— Entrez, entrez, tout est à vous!

Montez, lui dit-elle.

— Quoi ! monter sans chandelle ?

— Montez, lui dit-elle :

Vous faites Técolier.

— Monter me gêne; C'est trop de peine.

Allons, ma reine, Cet escalier Est un lit pour un cordelier. «

Aux cris de sa fille Une vieille en guenille.

Aux cris de sa fille, Accourut, et trouva Fille par terre.

Moine qui serre.

« Est-ce une guerre Que je vois là?

— Non, c'est un duo d'opéra. »

L'Exorciste.

Martin, moine de mise,

Petit Père noir, En sortant de l'église.

Fit rencontre, un soir.

D'une fille en simple chemise,

Sortant d'un dortoir.

La voyant fraîche et blonde, 11 hésite un peu

Si c'est l'esprit immonde Ou celui de Dieu, Ou si c'est la chair et le monde Qui le met en feu.

« Certain mal me tourmente,

Dit-elle à Martin, Et nuit et jour je tente

Tout remède humain, A présent je mets mon attente

Au secours divin,

« Le démon qui m'agite

Ne se peut chasser; Il faut de l'eau bénite Pour l'exorciser, Et je viens, d'une âme contrite, M'en faire arroser.

— De cette eau fortunée,

Dit le Père noir, J'en ai toute l'année

Un plein réservoir; Et Dieu sait sur vous quelle ondée

Bientôt va pleuvoir. »

Sans autre repartie,

Le dévot profès Prit en cérémonie

Son grand aspergés.

Celui-là qu'aux jours de férié

Il portait exprès.

Quoi voyant, la chrétienne Si fort s'étonna

Qu'elle dit une antienne, Trois fois se signa, Et trois fois, sans reprendre haleine, Martin l'aspergea.

Le démon, voyant comme

On le va chassant.

Dit : « Seigneur Dieu ! quel homme !

Quel exorcisant !

Non, jamais le pape de Rome

N'en ferait autant. »

En dépit du sort jaloux Qui m'a séparé de vous, Un doux souvenir Saura nous unir, Et mon amour fidèle Par ma mort ne pourra finir, Si l'âme est immortelle.

Trois faquins fort à leur aise Ont troublé tout l'univers :

L'un, le Père de La Chaise; L'autre, le Père Péters, Et le bon pape Innocent.

Tous ont bien servi Guillaume :

Jacque en est pour son royaume, Et Louis pour son argent.

5[ M"^^ Dacier, dans sa préface d'Aristophane, dit que les Athéniens étaient bien sages de souffrir qu'Aristophane se moquât de leurs superstitions. Plût à Dieu que certains peuples que nous connaissons en usassent ainsi !

5[ On était aussi ignorant en bonne physique du temps du Tasse que du temps de Virgile. Le Tasse, ayant perdu la mémoire dans une maladie de langueur, pria son médecin de lui donner une drogue pour lui rendre la mémoire. Son bon Vieillard d'Ascalon dit que le mont Carmel est si haut qu'il voit les comètes tout auprès. Cela ressemble au soleil du Baron de Fœneste, qui revenait la nuit, etc.

5[ Ceux qui ne lisent que les anciens sont des enfants qui ne veulent parler jamais qu'à leurs nourrices.

5[ Un mariage, un testament, un caprice, une méprise, changent tout d'un coup, et pour des siècles, les intérêts de l'Europe.

Ç[ L'avantage d'Homère sur le Tasse est d'avoir eu des héros véritables ; tous les chefs de l'armée d'Egypte, chez le Tasse, sont imaginaires.

51 Marivaux imprima qu'un âne avait mangé un quarteron de beurre enfermé dans une feuille d'Homère. Danchet, son approbateur, ajouta : travesti.

5[ Parmi tous les sophismes et toutes les absurdités dont Platon a farci son Traité de l'immortalité de l'âme, on trouve qu'il croyait que l'on perd les yeux en regardant une éclipse de soleil ailleurs que dans un

seau d'eau. Une de ses preuves de l'immortalité de âme est que le dormir naît de la veille, et la veille du dormir.

5[ Roberval et sa clique firent imprimer les imaginations de Descartes sous le nom d'Aristarque de Samos, pour lui imprimer la tache de plagiaire.

51 Le bon Platon, dans sa République, assure que Dieu n'a pu créer que cinq mondes, parce qu'il n'y a que cinq corps réguliers.

5[ Borelli assure que le cœur exerce une force de cent trente mille livres, et Reil de huit onces.

5[ Jean de Palissy, potier de terre au XVI^ siècle, est le premier qui ait dit que la terre était pleine de monuments que les eaux y avaient laissés. Les coquillages de Touraine, nommés falun, en sont une bonne preuve; ils démontrent que ce n'est point un déluge subit qui les a amoncelés, mais que l'eau de la mer les a formés insensiblement par couches, dans un grand nombre de siècles.

5j Les abeilles mâles meurent, après avoir couché avec la reine.

5[ Les Français n'ont point de part aux inventions de la poudre, des moulins à eau , de l'imprimerie, de l'horlogerie, de la chimie, de l'algèbre, de la géométrie transcendante , des manufactures de soie et de faïence, des lunettes, des télescopes, des fortifications, des glaces, de la boussole, à la découverte du nouveau monde, etc.

Ç[ Un bon augustin, nommé Skiller, donna aux

douze signes les noms des douze Apôtres; un autre imbécile de l'Académie des inscriptions assure que les patriarches ont nommé les douze signes : Gemeni , Esaû et Jacob, Rébecca, la Vierge, le Bélier.

5[ Palme dit que les étoiles tombantes sont des étoiles qui se mouchent.

5f C'est^le père Schallet Verbiest qui ont saintement appris à la Chine l'usage du canon; on n'y connaissait que les feux d'artifice.

5[ Heuvenhook a vu des animaux dont un pouce cubique contenait quatorze millions de millions.

51 Gassendi dit que le monde cache son âge.

5[On s'est mocqué de Pythagore pour avoir dit que Dieu avait arrangé le monde suivant des proportions harmoniques; mais Kepler, au bout de trois mille ans, l'a justifié. Les proportions dans lesquelles les sphères célestes se meuvent peuvent être harmoniques, sans que pour cela on doive penser que ce soit un concert de musique.

La proportion harmonique est celle par laquelle, de trois nombres, les deux derniers ont entre eux la même différence dont le premier surpasse celui du milieu : 3o, 20, 10. La moitié désigne l'harmonie de ces trois nombres, de sorte que la proportion du plus grand au plus petit est la même que la différence du plus grand au moyen, etc. C'est ce que dit le Dictionnaire de Trévoux; il ne sait ce qu'il dit. La proportion harmonique est celle par laquelle trois nombres sont tellement disposés, que le plus grand est au plus petit

comme la différence du plus grand au moyen est à la différence du moyen au petit, etc.

5[ Boerhave assure qu'il est impossible de tirer du mercure du plomb; Grosse assure qu'il en a tiré.

51 Le hasard fait tout : c'est un cordonnier qui, en s'imaginant qu'il trouverait de l'argent dans la pierre de Boulogne, s'avisa de la calciner, et trouva cette lumière qu'on a depuis trouvée dans tous les métaux.

Le phosphore d'urine, trouvé à peu près de même. Mehus, auteur des télescopes; Goya, des lunettes; Gutenberg, de l'imprimerie; Bacon, de la poudre; Finiguerra, de la gravure des estampes; Jean de Bruges, de la peinture à l'huile; Otto Guérik, delà machine pneumatique; Copernic, du vrai système; Galilée, de la rotation du soleil, de la chute des corps, etc. (Marius, dit Brandebourg, vit les satellites de Jupiter en 1609, avant Galilée, qui ne les vit qu'en 1610); Huygens, des pendules (disputée par Hautefeuille); Neper, des logarithmes; Newton, du calcul intégral- Descartes, de l'application à l'algèbre; De Dominis, de l'explication de l'arc-en-ciel ; Galilée, et non Balthazar Kapra, du compas de proportion ; Kepler, de la lanterne magique; Pastrolabe, sous le règne de Don Juan, et chez les Chinois, par Martin de Boeme, et par un juif.

51 Le son parcourt, entre Montmartre et Mont- Ihéry, 173 toises par seconde.

51 Le mille romain est plus court que li'a cru

M, Cassini père; deux colonnes milliaires trouvées près de Nîmes en font foi.

5[ Le Baron de Fœneste dit que la terre est ronde , mais que le soleil revient sur ses pas, et, si on ne le voit pas, c'est qu'il marche de nuit.

5f En 1572, année de la Saint -Barthélémy, il parut pendant six mois une étoile nouvelle, plus grande que Jupiter, et on ne cria point au miracle.

5[ Il me paraît que toutes les vérités de morale, de physique, d'histoire même et de mathématique, sont également certaines, également vérités; preuve : le roi ne reçoit ni plus ni moins. Les vérités mathématiques sont éternelles : jamais un triangle ne sera égal à trois angles droits, mais bien toujours à deux. Les vérités historiques peuvent changer : Rome peut demain n'être pas; mais, tandis qu'elle est, son existence est aussi vraie que les propriétés du triangle, car elle ne peut pas être et n'être point, et voilà le seul fondement des vérités mathématiques.

De Louis XIII, par Corneille.

Sous ce tombeau repose un monarque sans vice,

Dont la seule bonté déplut aux bons François,

Et qui, pour tout défaut, ne fit qu'un mauvais choix,

Dont il fut trop longtemps innocemment complice.

Vainqueur de toutes parts, esclave dans sa cour,

A peine*son tyran cesse de voir le jour.

Que jusque dans la tombe il le force à le suivre...

Après trente-trois ans sur le trône perdus, Commençant à régner, il a cessé de vivre.

Il eut cent vertus de valet, Et n'en eut pas une de maître.

r\yy cT-»

Pour le pape Clément XL

Il ressemble à saint Pierre : il pleure, il prêche, il renie, il se repent.

51 A Saragosse on voit cette épitaphe :

Ci-gît Cabeça, chantre du roi mon seigneur. Quand il arriva en paradis, les anges chantaient; Dieu leur dit : « Taisez-vous, coquins, laissez chanter Cabeça, chantre du roi mon seigneur! »

Ci-gît, sous ce marbre usé.

Le vieux président Ruzé, Auquel il coûta maint écu Pour être déclaré cocu.

A son frère il n'en coûta rien , Et toutefois il le fut bien.

De telles gens il est assez.

Priez Dieu pour les trépassés.

Iris, que ton portrait m'enchante !

Mais il redouble mon tourment; Et plus tu me parais présente, Plus je sens ton éloignement.

Pour le portrait du roi Guillaume.

Par quel destin faut-il, par quelle étrange loi, Qu'aux héros qui sont nés pour porter la couronne,

Ce soit l'usurpateur qui donne L'exemple des vertus que doit avoir un roi !

t/îv»

Sonnet sur M"^^ de Maintenon.

Que l'Éternel est grand! Que sa bonté puissante A comblé mes désirs, a payé mes travaux ! Je naquis demoiselle et je devins servante : Je lavai la vaisselle et frottai les bureaux.

J'eus bientôt des amants : je ne fus point ingrate; De Villarceaux longtemps j'amusai les transports; Il me fit épouser ce fameux cul-de-jatte Qui vivait de ses vers, comme moi de mon corps.

Il mourut. Je fus pauvre, et, vieille devenue, Mes amants, dégoûtés, me laissaient toute nue , Lorsqu'un tyran me crut propre encore au plaisir.

Je lui plus, il m'aima; je fis la Madeleine,

Par des refus adroits j'irritai ses désirs ;

Je lui parlai du diable, il eut peur... Je suis reine.

JiS»

Pour la reine Marguerite de Navarre, logée chez l'archevêque de Sens.

Comme reine, elle devait être Logée en royale maison; Mais, comme putain, c'est raison Qu'elle fût au logis d'un prêtre.

Sur M'"« Deshoulières.

Vos vers, qui ravissent la cour.

Touchent les cœurs les plus sauvages:

J'aime pourtant mieux voir l'amour Dans vos yeux que dans vos ouvrages.

Ci-gît, dont Dieu veuille avoir l'âme, Paul, batteur d'or et de sa femme.

dis»

Pour une chienne.

La chienne qu'aime tant Julie

A de fort bonnes qualités :

Qu'on la batte, elle s'humilie ;

Elle mord si vous la flattez;

A qui lui donne, débonnaire;

Aux mains vides, montrant les dents :

C'est assez là le caractère

De force chiennes de ce temps.

Épitaphe de Benserade.

Ce bel esprit eut trois talents divers, Qui trouveront l'avenir peu crédule :

De tout railler il ne fit point scrupule , Sans qu'à la cour on le prît de travers; Vieux et galant, sans être ridicule, Il s'enrichit à composer des vers.

Sur le duc de Villars, qui aimait, dit-on, une femme fort mal en c...

La tendresse du duc me paraît un problème : On dit qu'il aime Iris, et je ne le crois pas...

Elle a trop peu de ce qu'il aime,

Et trop de ce qu'il n'aime pas.

Sur le portrait de M. de Lasse et de M"« de Baune.

La mort seule les sépara.

Leur amitié tendre et fidèle Au monde à jamais servira Ou de reproche, ou de modèle.

5[ On fait toujours trop d'honneur aux desseins des hommes. L'établissement des Jésuites semble le chef-

d'œuvre de la politique : c'était l'ouvrage d'un fou et d'un imbécile fanatique ; mais toutes les circonstances se sont réunies en faveur des Jésuites, Ils ont tous les tourments de l'ambition, sans en avoir les agréments. Un jésuite gouverne presque un royaume, mais il n'a pas un valet, et sa cellule est sans cheminée; il passe sa vie dans la politique et dans la misère, et se sert de tous les ressorts de la prudence pour conduire sa folie.

5[ On pourrait (au moins poétiquement) comparer deux hommes puissants, qui paraissent ennemis en public et qui en secret sont réunis, à deux arbres plantés à grande distance l'un de l'autre, mais dont les racines se joignent sous terre.

5f Apprendre plusieurs langues, c'est l'affaire d'une ou deux années; être éloquent dans la sienne demande la moitié de la vie.

5f On ne craint point les ridicules que personne ne peut découvrir : voilà pourquoi nous faisons hardiment des vers latins et nous chantons des motets, parce que la cour d'Auguste n'est pas là pour se moquer de nous.

5[ Jules César subjugua trois cents nations en Gaule; s'il n'y en avait eu qu'une, il n'eût rien subjugué peut-être.

5| La religion juive, mère du christianisme, grand'mère du mahométisme, est battue par son fils et par son petit-fils.

51 La plupart des hommes sont comme la pierre

d'aimant : il ont un côté qui repousse et un autre qui attire.

5f Pour avoir quelque autorité sur les hommes, il faut être distingué d'eux. Voilà pourquoi les magistrats et les prêtres ont des bonnets carrés.

5[ Les deux plus grands protecteurs des belleslettres ne savaient pas le latin : Colbert et Louis XIV.

5[ Dans la passion, on reçoit un bon conseil d'un homme très peu sage, comme un corps robuste attaqué de maladie peut être guéri par un médecin infirme.

51 Les pensées d'un auteur doivent entrer dans notre âme comme la lumière dans nos yeux, avec plaisir et sans effort; et les métaphores doivent être comme un verre, qui couvre les objets, mais qui les

laisse voir.

51 Le Télémaque est une espèce bâtarde : ni vers ni prose. Qu'est-ce qu'un style qu'il serait ridicule d'imiter?

5[ Un historien français ou anglais est, à Pégard de Tite-Live et de Tacite, ce qu'un homme qui conte les nouvelles de son quartier est à un ministre qui parlerait des affaires de l'Europe.

51 On n'est de bonne compagnie qu'à proportion qu'on a de la coquetterie dans l'esprit.

5[ La plupart des partis qu'on prend ne sont guère que des ressources.

51 L'Académie française est comme l'Université : l'une et l'autre étaient nécessaires dans un temps

d'ignorance et de mauvais goût ; elles sont aujourd'hui ridicules.

5f On ne voit en France que des contradictions. Le chancelier est le premier officier de la Couronne, et ne mange pas avec le roi ; le Parlement lui écrit : Monseigneur, et au premier prince du sang : Monsieur. Un gentilhomme qui écrit à M. de Bouillon : Monsieur, écrit à un secrétaire d'État : Monseigneur, et le secrétaire d'État : Monseigneur, à M. de Bouillon.

Les comédiens sont entretenus par le roi et excommuniés par le curé.

Les magistrats ordonnent le carnaval , et les religieuses se fouettent pour en demander pardon à Dieu.

L'Opéra cesse la semaine sainte, et les danseurs de corde jouent.

Le dimanche, qui est le jour du Seigneur, il y a opéra et comédie; il n'y en a point le jour de la Vierge.

Vendredi païen, samedi juif, dimanche chrétien.

5[ Quand on ne voyage qu'en passant, on prend les abus pour les lois du pays.

5f Si les prêtres s'étaient contentés de dire : « Adorez un Dieu et soyez justes », il n'y aurait jamais eu de guerres de religion.

}[ Nous sommes malheureux par ce qui nous manque, et point heureux par les choses que nous avons : dormir n'est point un bonheur; ne point dormir est insupportable.

5f II n'y a que les faibles qui fassent les crimes : le puissant et l'heureux n'en ont pas besoin.

}[ Tous ceux qui ont écrit pour prouver la religion sont les mouches du coche : ils disputent sur la matière et sur l'esprit. C'est se battre de la chape à l'évêque.

5f Toutes les religions, hors la nôtre, sont l'ouvrage des hommes : c'est pourquoi elles diffèrent. La morale est la même ; elle vient de Dieu, et est une comme lui.

5[ Si la lumière vient des étoiles en vingt-cinq ans, Adam fut vingt-cinq ans sans en voir.

5[ Ceux qui ont trop scrupuleusement recherché les principes d'un art s'éloignent quelquefois tellement du vulgaire qu'ils ne peuvent plus juger de l'effet qu'un ouvrage fera sur le commun des hommes: car, à force de méditations, on ne sent plus, et on ne peut plus, par conséquent, deviner les sentiments des autres.

5[ Les gueux et les voleurs ont un argot (en Angleterre, ils appellent ce langage cont) ; mais quel état n'a pas le sien? Les théologiens et surtout les mystiques n'ont-ils pas leur argot? Le blason n'en est-il pas un? Et est-il plus beau de dire gueules et s'mople, au lieu de rouge et vert, que pitancher du pivois, au lieu de dire boire du vin ?

5[ D'où vient que les Italiens sont de si mauvais philosophes et de si fins politiques, les Anglais au contraire? N'est-ce point que, la politique étant l'art de tromper, de petits esprits en sont plus capables ?

5[ Ceux qui ont écrit sur Thomme n'ont jamais con-

sidéré l'homme en général. Le père Malebranche regarde Phomme comme une âme chrétienne; La Bruyère, comme un Français qui a des ridicules, etc. Celui qui ferait un traité des chiens devrait-il ne parler que des épagneuls? Il y a des hommes noirs, blancs, jaunes, barbus, sans barbe; les uns nés pour penser beaucoup, les autres pour penser très peu, etc.

5[ On appelle avare celui qui garde son argent; non celui qui le met en meubles riches et les garde. Cependant celui qui garde cent mille écus en espèces, ou des lustres et des tableaux pour la même somme, est également avare; mais l'un est utile au public, l'autre non.

51 La mémoire et l'esprit sont comme de la pierre d'aimant, qui devient plus forte en augmentant petit à petit le poids qu'on lui fait porter.

Sermon prêché devant les puces.

« Mes chères puces, vous êtes l'ouvrage chéri de Dieu, et tout cet univers a été fait pour vous. Dieu n'a créé l'homme que pour vous servir d'aliment, le soleil que pour vous éclairer, les étoiles que pour vous réjouir la vue, etc. »

5[ Il paraît que la Nature nous a donné l'amourpropre pour notre conservation, et la bienveillance

pour la conservation des autres. Et peut-être que, sans ces deux principes, dont le premier doit être le plus fort, il ne pourrait y avoir de société.

5[ Le splendide peccato des païens (dans saint Augustin) est l'origine de cette impertinente opinion que les vertus des païens étaient des crimes.

}[ Quand on cherche à traduire, il faut choisir son auteur, comme on choisit un ami, d'un goût conforme au nôtre.

}[ Voulez-vous avoir, en écrivant, delà réputation? Imitez les négociants qui se gardent bien de se charger de marchandises communes. Choisissez un genre nouveau, et, s'il n'y en a point, ne faites rien, car il n'y a point de réputation pour vous.

5[ Le scepticisme détruit tout et se détruit luimême, comme Samson accablé sous les ruines du temple.

5[ On admire Marot, Amyot, Rabelais, comme on loue des enfants quand ils disent par hasard quelque chose de bon. On les approuve parce qu'on méprise leur siècle, et les enfants parce qu'on n'attend rien de leur âge.

5[ La science de la cour est comme la chirurgie, qui s'apprend par les blessures d'autrui.

5[ Le père Malebranche apportait les résurrections des insectes en preuve de la résurrection prétendue de nos âmes. Il se trompait sur le premier fait aussi bien que sur le second.

5] Les termes les plus bas sont souvent les exprès-

sions les plus nobles. On appelait le maréchal de Luxembourg tapissier de Notre-Dame.

5[ Les calomniateurs sont comme le feu , qui noircit le bois vert, ne pouvant le brûler.

5[ Un vieillard est un grand arbre qui n'a plus ni fruits ni feuilles, mais qui tient encore à la terre.

5[ Les paroles sont aux pensées ce que l'or est aux diamants; il est nécessaire pour les mettre en œuvre, mais il en faut peu.

5[ Un imitateur est un estomac ruiné, qui rend l'aliment comme il le reçoit.

5[ Les pensées usées sont les haillons du Parnasse ; mais à présent il y a bien peu d'étoffes neuves.

5[ Un imbécile a dit : « J'ai envie de me faire appeler Virgile ou Cicéron, afin que la postérité parle toujours de moi. » Il avait plus raison qu'il ne pensait : la renommée, qui n'est rien, lui appartenait comme à ceux qui ne sont plus, et réellement n'est à personne.

5[ Il y a à présent une inquisition sévère sur les livres ; mais un ministre, en défendant un livre, l'accrédite. Le vrai secret serait de le faire réfuter par un auteur sage et homme de bien.

Un livre défendu est un feu sur lequel on veut marcher et qui jette au nez des étincelles.

5[ Il en est de la conversation comme des licences : tout est devenu lieu commun.

51 Descartes et Bayle ont été les apôtres de la raison, mais en nous apprenant à combattre leurs erreurs.

5[ Un livre doit être, comme un homme sociable, fait pour les besoins des hommes,

5f Quand un homme se porte bien, il lutte avec les passions : c'est un vaisseau qui a toutes ses voiles; dans la maladie, il n'a que la passion de guérir, tant la nature est sage.

5f Les politiques ne sont pas les inventeurs de la religion. Ceux qui ont mis les taureaux au joug ont trouvé leurs cornes toutes faites.

5f II n'y a que les ouvriers qui sachent le prix du temps : ils se le font toujours payer.

5[ Rousseau, Ravaillac, Chausson, Gruer, Desfontaines, sont des hommes livrés à Tinfamie. L'arrêt qui les condamne permet à tous les particuliers de les punir en les délaissant; ce sont des morts livrés par la justice pour qu'ils soient disséqués.

5[ Les réformateurs indiscrets sont comme les filles d'Eson, qui tuèrent leur père en voulant le rajeunir.

5f II semble que les Européens sont tous médecins : tout le monde demande comment on se porte.

5[ Un simple mécanicien, comme l'abbé Noilet, qui ne sait autre chose que les expériences nouvelles, est meilleur physicien que Démocrite et Descartes; il n'est pas si grand homme, mais il sait plus et mieux.

5[ Les grandes affaires entre les princes, les guerres, les révolutions, sont des orages dont on sent les coups sans connaître les vapeurs qui les ont formées.

5[ Les bienfaits font sur le cœur le même effet que le feu sur nos corps : il échauffe, et, quand il est

éteint, on sent encore un peu de chaleur, qui s'évanouit bientôt.

51 L'Empereur est assez puissant pour faire la guerre aux Turcs, et il ne l'est pas assez pour faire venir un vaisseau à Ostende.

î[ La reine d'Espagne a conquis Oran et la Sicile, donne des lois à l'Amérique, et ne peut jouir de la ville de Gibraltar.

5[ Jésus-Christ envoya ses apôtres pour chasser les démons expressément, et les ordonnances de France et d'Angleterre empêchent de croire aux démoniaques.

5f En France, les femmes sont régentes, et non reines; ailleurs, reines, et non régentes.

5[ Dans l'âge avancé, la sagesse est donnée de Dieu pour cacher son peu d'esprit.

5[ Je crois que les Romains, avec leur urbanité, n'avaient rien de notre politesse. Des magistrats venaient demander leur dîner à la porte des riches. On ne buvait point du même vin. Les convives avaient chacun leur portion. Horace loue son ami de ce qu'il ne se fâche point parce que son ami a pissé sur ses meubles, etc.

Jf Le plaisir donne ce que la sagesse promet.

5[ Les passions sont au goût ce que la faim canine est à l'appétit.

51 Les États, les lois, tout est fait de pièces et de morceaux.

5] Ceux qui ne sont qu'éloquents se moquent vo-

lontiers des savants : Cicéron osa se moquer de la correction du calendrier par César.

5[ Les fables les plus anciennes sont des emblèmes de physique. Saturne, même caractère que le plomb, chez les Égyptiens, Perses, et encore parmi nous; il dévore ses enfants, c'est-à-dire les autres métaux.

5[ Une chose très remarquable, c'est que, dans toutes les disputes qui ont partagé les chrétiens, Rome a toujours pris le parti le plus opposé à la raison humaine.

Juifs.

5[ Dans leur Talmud, il est dit que Dieu se maudit trois fois toutes les nuits pour avoir abandonné son peuple;

Qu'il n'y aura de damnés pour l'éternité que ceux qui ont voulu se faire Dieux.

51 On fait, tous les ans, à Saint-Jean en Grève, une procession en mémoire d'une prétendue hostie qu'un Juif perça à coups de couteau et qui resta toute sanglante. Même chose à Bruxelles.

51 Peuple grossier et qui a imité dans ses livres les fables ingénieuses des Chaldéens et des Égyptiens, comme les auteurs barbares de la Légende dorée ont attribué à leurs saints toutes les fables des Grecs. Par exemple, la boîte de Pandore, inventée en Egypte,

l'œuf créé par Orosmade et couvé par Arimane, qui y introduisit le mal moral et le mal physique, sont les tableaux d'après lesquels on a fait la copie misérable d'Eve et de la pomme.

Nota que les peuples de la Thébaïde reconnaissaient un seul Dieu, un seul principe, nommé Knef, et qu'ils sont les premiers qui aient imaginé le système de l'immortalité de l'âme. Cependant Moïse, qui admet un seul principe, à l'imitatîon de ce Knef, n'osa jamais admettre cette immortalité. Il y a grande apparence qu'il était fort mal instruit, et qu'il mena un peuple plus grossier que lui.

5[ Ils se coupaient le prépuce en l'honneur de Dieu, chose très conséquente. Les Hottentots sont bien plus dévots : ils se coupent une couille.

5[ Nous cherchons tous le bonheur, mais sans savoir où, comme des ivrognes qui cherchent leur maison, sachant confusément qu'ils en ont une.

5f Sobiesky, en partant pour secourir Vienne, embrassa le prince Constantin au berceau; sa femme pleurait : « Pourquoi pleurez-vous ? — De ce que cet enfant ne peut vous suivre. » Cela vaut bien les adieux d'Hector.

Physique.

5f Le mouvement des corps est toujours le produit de leur vitesse par leur masse.

5f Les fluides résistent aux solides, comme le carré des vitesses.

5[ Les corps ne peuvent peser que selon le plus ou moins de matière.

5] La gravité agit en proportion de la matière : c'est pour cela qu'une plume et un louis d'or tombent en même temps dans le récipient purgé d'air. Si c'était la matière subtile qui les fît tomber, comment cette matière subtile, supposée remplir tout espace, ne repousserait-elle pas autant qu'elle pousserait?

51 La lumière a une vitesse dix mille fois plus grande que celle d'une balle de canon. Elle vient du soleil environ en huit minutes; des étoiles fixes, environ en six mois. Huygens et Hortsocker ont imaginé de déterminer la distance des étoiles fixes, en diminuant à leurs yeux la grandeur du disque du soleil, jusqu'à ce qu'il ne fût pas plus grand qu'une étoile, etc.

5f La ligne de direction des corps pesants va au centre de la terre.

5[ Par l'expérience d'une chandelle, on fait voir que la loi de la gravitation agit en raison inverse du carré des distances, c'est-à-dire agit neuf fois moins si je suis trois fois plus loin, quatre fois moins si je suis

deux fois plus loin, etc. On met un cube d'un pouce, à un pied de la lueur d'une chandelle, un cube de deux pouces à deux pieds : celui qui est deux fois plus loin reçoit quatre fois moins de lumière.

5[ Les espaces des corps tombants sont comme i, 3, 5, 7, non comme i, 2, 3, 4, 5, 6, 7, Pourquoi? Parce que la gravité agit sans intermission. Au premier instant elle donne un degré; pour le second instant, un autre degré : cela fait deux degrés; mais pendant ce second instant elle a donné un degré, puisqu'elle agit sans intermission; donc au second instant le corps a trois degrés. Et cette progression en nombres impairs dure jusqu'à ce que la résistance de l'air soit égale à la gravitation. Mais d'où vient que l'air acquiert à la longue cette résistance? En voici la raison : un corps mû écarte de toutes parts les particules du nombre qu'il traverse. S'il a huit pouces de vitesse en une seconde, il écartera deux fois plus de matières que s'il n'en avait que quatre et frappera deux fois plus fort : donc il écartera seize particules qui auront deux degrés de vitesse de plus. Multipliez ces deux degrés de vitesse par ces seize particules, elles feront trentedeux de mouvement, puisque le mouvement est la multiplication de la masse [par la vitesse. Or huit est contenu quatre fois dans trente-deux : donc la résistance est quadruple quand la vitesse du corps mû est double; donc les milieux résistent comme le carré de vitesse, puisque quatre est le carré de deux.

Nota. Où il n'y a point d'air, les corps accélèrent

continuellement leur mouvement, en venant de l'aphélie.

5[ Quand les forces centrales sont en raison réciproque des carrés des distances , les carrés des temps périodiques sont comme les cubes de leurs distances.

Trois grandes lois du mouvement.

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