OEUVRES A SOUTENIR; OEUVRES A CREER
—-Et pour l'avenir. quelles autres oeuvres avez-vous en vue?
—-Les oeuvres françaises déjà établies et qui ont besoin d'encouragement sont multiples. I1y en a d’autres dont la création s'impose si nous voulons, en même tetnps que stimuler la fierté, sur tant de points chancelante, de notre propre race, dissiper les préjugés de nos concitoyens anglais.
Que des tournées comme celles de M. Bourassa font un bien considérable, on me pardonnera bien de le constater avec le libéral et antinationaliste Soleil de l'Ouest.
Et que par des tournées de ce genre nous fassions déjà, pour la concorde nationale, plus que nos compatriotes anglais n’ont jamais fait et que rigoureusement nous ne serions nous-mêmes tenus de faire, voilà encore qui me paraît indéniable. Mais il faudra un effort beaucoup plus général
pour faire pénétrer un peu de lumière dans certains coins du Canada anglais. Un jeune Canadien-Français des Cantons de l'Est qui étudie l’agriculture à Guelph et que j'ai eu le plaisir de rencontrer à Sturgeon-Falls, m'affirme que dans les villages et les campagnes d’Ontario l’idée que nos orphelinats — oui, nos orphelinats!—sont remplis des bâtards de nos prêtres et de nos religieuses, est presque générale. J’avais déjà entendu dire la même chose, ou à peu près, par un Canadien-F rançais qu’une charge professionnelle appelle de temps à autre en Ontario. Une telle ignorance dépasse l'imagination. Dans les villes où on a pu voir à l'oeuvre le clergé et les con,munautés catholiques, et leurs admirables vertus sociales, on ne partage pas cette ignorance crasse et la haine anticatholique et francophobe se nourrit d’autres préjugés. Là aussi, cependant, beaucoup sont convaincus que M. Laurier, M. Bou-
rassa, Mi. Lemieux — différents par le caractère et par les idées, mais frères par le talent — sont des fleurs poussées dans
un champ d’orties: que le reste de la race se compose de demi-sauvages, immoraux et frustes. Si, quinze, vingt ou trente jeunes hommes rompus à l’usage des deux langues, nous pouvions tous les ans — à l'époque des vacances par exemple—aller Perter un peu de vérité”dans les campagÿnes comme dans les villes d'Ontario, les Canadiens-Français de cettre province, trop portés, comme tous les groupes d’un état économique inférieur, à prendre la supériorité intellectuelle des au-
tres races pour un fait acquis, s'en estimeraient davantage, et les Anglais protestants prévenus contre nous finiraient peut-être par réfléchir que, malgré ses défauts, l'école qui produit une telle jeunesse, l'école bilingue, peut au moins se comparer à la leur. Bourassa, Lavergne, Thibaudeau, Rinfret, Antonio Perreault, Guy Vanier, Edouar . Surveyer, Monet et vingt autres, les uns nationalistes, les uns libéraux et les uns conservateurs, pourraicnt, sans asliquer leurs idées politique: respectives, former cette phalange de la Parole française, dont l'oeuvre serait de faire corraitre ct de défendre en terre ennemic la Pensée française. Des hommes qui se chicunent chez nous se trouveraient unis dans ces glorieuses missions, et toute la race y gagnerait en force et en dignité. Je soumettrai ce plan au Conseil de ja Saint- Jean-Paptiste, et s’il l’approuve, l'an prochain ou une année prochaine le Sou sera recueilli au, profit des missions étrangères de la Pensée française.
“Les Missions Etrangères de la Pensée française”, voilà qui va paraître bien suspect à certaines gens. Ah! ils ne savent pas tout ce qui se cache sous ces formules savantes! [ls l'apprendront toujours assez tôt pour eux; comme disait M. Tarte :
ait till vou see us next Year! La Pense française, la Parole française, les crétins ne tiendront pas devant ces mots claironnants; malgré eux, l'union nationale deviendra chaque jour plus intime, et ils en seront bientôt réduits à croasser avec les envieux et les ratés du monde animal:
aid hé ces
bcimiéeaaih | Lébsidaieed 3 veu
C'est nous qui sommes les crapauds,
Nous crevons dans nos vieilles peaux.
En attendant, la guerre à la mortalité infantile dans les quartiers populeux de Montréal, l'établi sement de maisons pour nos sections, dix autres oeuvres dif férentes, sollicitent notre attention ; nous aurons à la Société Saint-Jean-Baptiste, d'ici au prochain 24 juin, une grosse année de travail, et de quelque partie de la province qu'ils soient, qu’ils croient ou non au Mouton, c'est le temps pour tous les patriotes qui veulent participer de loin ou de près à notre oeuvre d'entrer dans la Société.