CHAPITRE PREMIER
Le Soudan avant l'occupation égyptienne
Le Soudan, tel qu’il est aujourd’hui etentant qu’objet d’études pour un juriste et même pour un historien, est une création de l'Égypte, ou, si l’on veut, une partie de l’histoire de l'Égypte contemporaine.
C’est seulement pendant la période de formation de l'Égypte que le Soudan, devenant territoire égyptien, apparaît comme un pays riche, susceptible de colonisation. Comme pour la plus grande partie de l'Afrique, il est en effet difficile de remonter bien haut dans l’histoire pour connaitre ce que fut le Soudan.
Avant la conquète égyptienne, c’est-à-dire avant 1820, les renseignements qu’on a sur le Soudan sont des plus intermittents et des plus inconsistants. Comme sources de documentation, nous ne possédons, à quelque soixante et dix, vingt, dix ou trois ans d'intervalle, que des récits de voyageurs. La rareté même de ces renseignements accentue la dif-
ficulté d’en contrôler l’exactitude. Au surplus, ce
D travail serait des moins nécessaires : aucun intérêt politique, aucun intérêt économique notable ne s’attachent à la connaissance du pays avant la conquête égyptienne. Il suffit d’avoir voyagé au Soudan de nos jours, avec tout le confort d’un excellent chemin de fer, pour s’en convaincre. Il suffit d’avoir vu le désert s'étendre à perte de vue à quelques kilomètres seulement du cours du Nil, quelquefois affleurer ce cours ; il suffit d’avoir rencontré tous les vingt, cinquante, parfois cent kilomètres, quelque misérable village nègre, fait de huttes, de cabanes, de maisons en torchis, et d’où se dégage, saisissante, une impression de désolation, pour pouvoir se figurer ce qu'a dû être le Soudan avant 1820, c’est-à-dire avant que l'intérêt politique, stimulé par l’intérêt économique, ne s’en mêlât. C’étaient des « pays vaguement connus « par les rapports de quelques marchands », habités par « des populations dont les plus savants géogra- « phes d'Occident ignoraient mème le nom » (1). « Jus- « qu’à la conquête égyptienne le Soudan reste à peu « prèsignoré du monde civilisé. Les monarchies indi- « gènes s’y élevaient et s’y défaisaient sans que per- « sonne, hors du pays, connût ces événements (2). »
Ainsi donc, puisque, de 1820 à nos jours, il n’y a eu dans l'occupation égyptienne, qu’une:solution de
continuité, d’une quinzaine d’années seulement, du-