‹ Le Soudan ÉgyptienChapitre 12 sur 47 · OT ES · texte numérisé non relu

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naient les couronnes des Pharaons. Ce qui a amené certains savants à se demander si la civilisation égyptienne a été empruntée à l'Ethiopie ou si l'Ethiopie a copié les Anciens Egyptiens. En tout cas, il est évident œue ce contact entre l'Ethiopie et l'Egypte ancienne, qui est incontestable, n’a pu se faire qu’à travers le Soudan.

Lord Milner semble ignorer aussi, ou du moins atténuer la valeur des liens historiques qui ont rattaché l'Egypte au Soudan. Le témoignage de l’historien latin Pline, cité par le docteur Bedg dans son livre « Egyplian Sudan » page 193, est significatif à ce sujet. Pline rapporte que le Soudan était florissant à l’époque des Pharaons et « n’était qu'une province égyptienne ».

Tous les historiens s’accordent aussi pour dire que les Ptolémées ont eu des relations avec le Soudan. Et les Césars ont essayé, eux aussi, de conquérir le Soudan et ont été aux prises fort longtemps avec les tribus des « Yagas ». Ce qui fait dire d’ailleurs au docteur Bedg : « que le Soudan a été considéré dès l’aube de l'Histoire Egyptienne, comme le prolongement de l'Egypte ».

Et à propos de cette domination effective que nie lord Milner, il est incontestable qu'elle a été accomplie en 1275, par le Sultan d'Egypte El Zaher Bibars. Après la conquête turque par le Sultan Sélim, l'Egypte tomba dans l'anarchie et les liens qui la rattachaïent au Soudan se sont relächés. Mais au dix-neuvième siècle, quand Mehemet-Ali a abattu l’anarchie féodale des Mameluks, il a entrepris de soumettre le Soudan et a conquis effectivement la Nubie et le Kordofan en 1818 et 1820. Mehemet-Ali qui ignorait certainement l’histoire des Pharaons, des Ptolémées et des Césars, a pourtant suivi leur

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chemin, guidé par l'instinct et l’affinité qui relie les deux contrées et qui a fait que de tout temps le Soudan a été considéré comme le prolongement de l'Egypte.

Son petit-fils Ismaïl, après la découverte des sources du Nil, a poussé plus loin encore ses conquêtes, pour s’assurer le cours du fleuve en entier.

Il est faux de dire que le Soudan se rappelle la domination égyptienne comme un fâcheux souvenir. Le Soudan, à l’heure actuelle, ne demande que le retour à l'Egypte. Le gouvernement égyptien est celui qui lui convient le mieux, à cause des affinités de langue et de religion qui existent malgré tout entre l'Egypte et le Soudan.

Le mouvement du Mahdi en 1883, n'était pas un mouvement politique, mais un mouvement de fanatisme religieux (1). Le Mahdi s'était déclaré prophète et voulait imposer sa nouvelle religion par les armes. La révolte d’Arabi pacha et sa défaite ont contribué beaucoup à son soulèvement. Ce n’était pas une riposte et une conséquence fatale de la manière dont les Egyptiens gouvernaient le Soudan. La présence des anglais en Egypte a contribué beaucoup aussi à exciter le fanatisme religieux des Derviches.

Telle n’est pas aujourd’hui l'opinion des Anglais qui prétendent que le gouvernement des Egyptiens était tyrannique et brutal vis-à-vis du Soudan. Ces allégations ae sont que mensongères et ne sont soutenues au Soudan que par quelques tribus arabes qui se sont enrichies grâce à la protection et à l’aide des Anglais. Et le cas

(1) Voir Pexs4, L'Egypte et le Soudan Egyptien, p. 245 et suiv.

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existe en Egypte même, où certaines personnes aujourd'hui encore célèbrent les bienfaits que l'occupation anglaise en Egyÿpie leur a valus. Pour ce cas comme pour l’autre, il s’agit d'intérêt d’abord.

Mais il n’est pas douteux que depuis 1899, les Anglais travaillent au Soudan à montrer les Egyptiens comme des tyrans, dont le gouvernement est intolérable, parce que barbare et injuste, en un mot à dénaturer le gouvernement de l'Egypte pour empêcher le retour du Soudan.

C'est ainsi que les faits suivants se répétaient chaque jour autrefois. Ün fonctionnaire supérieur anglais ordonnait verbalement à un fonctionnaire subalterne égyptien d’emprisonner un tel qui n'avait pas payé l'impôt par exemple, pour lui faire subir une contrainte par corps. Le fonctionnaire égyptien exécutait son ordre. Mais le soir même le fonctionnaire supérieur anglais allait voir le prisonnier dans sa prison et ordonnait son élargissement, non sans lui avoir dit qu'il n'avait jamais donné un tel ordre et qu’au contraire il payerait l’impôt quand il le pourrait. L'individu, qui était souvent un chef de tribu ou un notable, sortait de prison en rendant grâce à la justice dés Anglais et en maudissant la tyrannie des Egyptiens.

Dans l’armée, pareil fait se passait tous les jours. On a vu des soldats soudanais condamnés par des conseils de guerre égyptiens pour indiscipline ou autres motifs plausibles, se voir grâciés totalement par je gouverneur général qui est toujours Anglais.

Ces faits ne sont pas fantaisistes ; ils sont rapportés

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par tous ceux qui ont été au Soudan et qui les ont constatés.

Pour essayer de détacher encore la population soudanaise de l'Egypte, les Anglais ont fondé à Khartoum un collège pour élever l'élite de la population dans l’amour de l'Angleterre ; ils l’ont baptisé Collège Gordon, bien faible horimage à celui qui a été, nous le verrons, si bien sacrifié. Cela n’empêche pas les Soudanais de venir nombreux en Egypte, surtout à l’Azhar.

Malgré tout, le Soudan reste fermement attaché à l'Egypte. En 1919, le mouvement nationaliste égyptien a eu sa répercussion au Soudan. En 1924, sous le gouvernement de Zaghloul pacha, des manifestations se sont déroulées à Khartoum en faveur de l'Egypte. Des manifestants ont été condamnés pour avoir crié : « Vive Fouad 1°, roi d'Egypte et du Soudan ».

En conclusion, trop de liens rattachent l'Egypte au Soudan, pour que celui-ci ne préfère point son retour à l'Egypte. D'autant plus que les Soudanais savent qu’en retournant à l'Egypte, l'Egypte entend les associer effectivement à elle, et les incorporer sans aucune distinction de couleur, à leur gouvernement commun, dans un but de civilisation et de progrès.

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