CHAPITRE V
Conclusions
La conclusion que l’on doit tirer de ce que nous ve nons de voir est la suivante : le Soudan au point de vue etnnographique,- historique et géographique doit être considéré comme le prolongement de :’Egypte.
Lord Milner dans son rapport sur la commission d'’enquête sur les troubles d'Egypte en 1920, n'est pas de cet avis. Il dit notamment l'impossibilité qu'il y a « à solutionner la question du Soudan d’après les principes, sur lesquels on veut résoudre la question égyptienne ». Et lord Milner explique « que la grande majorité des habitants d'Egypte forme un tout homogène dans son ensemble ; tandis que le Soudan est divisé en arabes et noirs. Et dans ces deux grandes divisions qui ne sont point homogènes, il existe des tribus qui diffèrent les unes des autres à tous les points de vue et qui sont hostiles les unes aux autres ie plus souvent. Les arabes du Soudan parlent la même langue que ceux d'Egypte et se rapprochent par la religion de l'Islam, qui d’ailleurs se propage bien vite même entre les habitants qui ne sont pas de race arabe. Ceci atténue en partie les divergences qui séparent les habitants des deux pays, mais les renforce sur un certsin point, en ce qui concerne le souve-
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ni du gouvernement des Egyptiens, qui fut dur et tyrannique. Quant aux liens politiques qui ont rattaché l'Egypte au Soudan, dans le passé, et à certaines époques déterminées, ils ont toujours été factices, car l'Egypte n’a jamais soumis effectivement le Soudan et ne l’a jamais assimilé à elle par une incorporation parfaite à tous les points de vue » (1).
Cette insinuation de lord Milner ne résiste pas à l’examen des faits. S’il prétend démontrer au point de vue ethnographique, que le Soudan et l'Egypte diffèrent par la race, ce qui n’est pas précisément l'opinion des savants qui ont recherché l’origine des anciens égyptiens, il ne peut nier que effectivement le Soudan a été soumis et rattaché à l'Egypte sous Mehemet-Ali et Ismaïl. Il ne peut nier non plus que ces territoires ont été reconnus par l’Europe, comme faisant partie de l'Egypte et des possessions de la Sublime-Porte en Afrique. Il ne peut nier enfin, que la convention du 19 janvier 1899, qui reconnaît à l'Angleterre des droïts spéciaux sur le Soudan, va à l’encontre de toutes les règles du droit. Si l'Egypte n’a aucun droit sur le Soudan, ni au point de vue ethnographique, ni historique, ni géographique, il serait bien intéressant de nous démontrer les droits de l'Angleterre reposant sur cette pauvre convention, se basant uniquement sur leur théorie de la conquête. Ceci est inadmissible.
Le docteur Mahgoub bey Sabet, qui nous a fourni tous les éléments de notre partie sur les liens historiques qui ont rattaché l'Egypte au Soudan, a fait une intéressante
(1) Cité par le D' Mahgoub Bey Sabet.
étude sur le Soudan, parue en 1920, 1921 et 1922, dans le journal Ahram, en une série d'articles, qui démontre au contraire que des liens ethnographiques rattachent l'Egypte au Soudan.
Il est d’abord incontestable que la majorité des habitants du Soudan est de race arabe. D’après lui, les habitants d'Egypte, ou du moins les anciens égyptiens sont de race arabe ou sémitique qui ont émigré jadis de l’Arabie vers l'Ethiopie et la Vallée du Nil en traversant la terre de « Ponte ». Cette terre amena jadis des controverses entre les savants qui cherchaient à la situer tantôt en Asie, tantôt en Afrique.
D'après Maspéro et Edouard Naville, la terre de « Ponte » se trouve en Afrique à une grande distance du sudest de l'Egypte, sur la rive ouest de la Mer Rouge, de sorte que les conquérants arabes du vrr° siècle et les habitants d'Egypte ne faisaient qu'un. Et cette émigration des anciens égyptiens venus d’Asie, a dû se faire à travers l'Ethiopie et le Soudan, avant de s'installer définivivement en Egypte. Telle est l'opinion de certains savants qui trouvent des ressemblances frappantes entre la civilisation égyptienne et l’ancienne civilisation de l'Ethiopie.
De plus, d’après le docteur Mahgoub bey Sahet, les tribus égyptiennes arabes ont encore à l’heure actuel'e des liens de parenté avec celles du Soudan. Et il cite des exemples fort typiques. Il insiste en outre sur les ressemblances frappantes qui existent entre les Anciens Egyptiens et les Ethiopiens en ce qui concerne les animaux qu'ils adoraient comme symboles de leurs divinités, notamment l’ibis, le serpent, la pintade, et qui or-