‹ Le Soudan ÉgyptienChapitre 18 sur 47 · PR A · texte numérisé non relu

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pacha, avait été dispersée à Tel-El-Kébir et que depuis le 13, son gouvernement se disposait à rappeler une partie des troupes britanniques. Le Sultan répondit en félicitant l’Angleterre, de ce qu’elle avait fait en Egypte, en écrasant les officiers rebelles à l’autorité du Khédive et à la sienne, pour assurer le respect du traité de 1841 et des Firmans qui consacrent les droits de l’empire Ottoman et la pria « de vouloir bien lui faire savoir à quelle époque devrait s'effectuer l'évacuation des troupes anglaises dont lord Dufferin lui avait annoncé en partie le renvoi ».

Les Anglais rappelèrent en fait une partie de leurs troupes ; mais pour ce qui est de l’évacuation complète, lord Dufferin informa le Sultan, qu’elle ne pourrait avoir lieu que lorsque « le Khédive serait en mesure de déclarer l’ordre entièrement rétabli » parce que ajoutait-il, « le licenciement de l’armée égyptienne imposait au gouvernement de Sa Majesté britannique le devoir et l'obligation de prolonger l'occupation par ses troupes ».

Cependant, le 19 octobre 1882, le Sultan revenant à la charge, de nouveau proposa d'ouvrir des négociations pour régler la question de l’évacuation complète. Mais le Sultan, s’il avait encore des illusions là-dessus, allait bientôt les voir s’évanouir. L'opinion anglaise montrait des velléités d'occupation définitive et elle ne reculait que devant les engagements antérieurs.

Voici, en effet, ce qu'’écrit l'ambassadeur français Tissot, de Londres au Ministre des Affaires Etrangères à la date du 1° novembre 1882 :

« Le parti qui est au pouvoir proteste, et sincèrement, nous voulons bien le croire, contre cette résolution radi-

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cale. Elle ne s’impose pas moins par la force des choses dans la pensée du parti conservateur et dans la conviction des hommes politiques de l’Angleterre qui sont le plus au courant des affaires égyptiennes. C’est l'opinion qu'émettait ces jours-ci M. Rivers Wilson. L’annexion lui paraît chose fatale. Elle peut être ajournée par les whigs : elle se fera par les mains de leurs adversaires le jour où ces derniers arriveront au pouvoir ».

Gladstone pourtant, déclara le 14 novembre à la Chambre des Communes que le corps expéditionnaire avait été réduit de beaucoup et que l'occupation n'était que provisoire. Aussitôt, presque toute la presse anglaise protesta contre cette parole et le Times en particulier semblait dire que ce n’était pas encore le moment de l’annexion et que par le cours des événements, cette occupation provisoire, deviendrait définitive.

L'opinion publique toute puissante ne tarda pas à influer sur le Foreign Office lui-même, qui entra dans la voie où le poussaient ses désirs secrets. Lord Granville, en effet, dans une note adressée le 30 décembre 1882 au gouvernement français, proposa à la France, le remplacement du contrôle franco-anglais (1) des finances égyptiennes, par un contrôleur unique anglais. C'était l’affirmation de la situation prépondérante et exclusive de l'Angleterre en Egypte. Et lord Granville fit prévaloir qu'ayant eu seule la mission de rétablir l’ordre en Egypte et ayant consenti de lourds sacrifices, il était juste que la Grande-Bretagne eût une situation privilégiée à

(1) Voir Anatole Leroy-BauLreu : « Le contrôle anglo-français en Egypte », Revue des Deux-Mondes, 1* avril 1882.

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l'encontre de toute autre puissance. Il obtint gain de cause.

Mais il n’en fut pas de même, quand il voulut toucher à la commission de la Dette Egyptienne, institution organisée et garantie par l'Europe. Il fut donc obligé de demander le 19 avril 1884, la réunion d’une conférence pour examiner la question. Jules Ferry, fort habilement, demanda que la conférence fût appelée à examiner d’autres questions connexes et il amena ainsi lord Granville à faire une grave déclaration au sujet de l'évacuation de l'Egypte :

« Le gouvernement de Sa Majesté, afin d'écarter toute espèce de doute à l’endroit de cette affaire, et en égard aux déclarations faites par la France, s'engage à retirer ses troupes au commencement de l’année 1888, à condition que les puissances seront alors d'avis que l’évacuation peut se faire sans compromettre la paix et l’ordre en Egypte ».

Gladstone, premier ministre, fait la même déclaration à la Chambre des Communes, le 23 juin 1884 :

« Nous prenons l'engagement de ne pas prolonger notre occupation militaire en Egypte au delà du 1‘ janvier 1888, si les puissances déclarent alors que l’état du pays permet notre départ, sans risque pour l’ordre de l'Egypte ».

Quand on approcha du terme fixé, l'Angleterre proposa au Sultan, en 1887, la conclusion d’un traité, par lequel l’Angleterre se retirerait d'elle-même complètement, sous la réserve que la Grande-Bretagne serait autorisée par la Porte, à reprendre possession de l'Egypte, au cas où des désordres y surviendraient. La combinai-

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son était ingénieuse : d’une part l’Europe n'aurait plus rien à réciamer ; d'autre part maîtresse de revenir au inoindre désordre, dont elle seule jugerait la gravité, l’Angleterre s’implanterait de nouveau en Egypte du consentement du suzerain, écartant ainsi et les protestaüons du Sultan et celles des puissances. Le projet échoua grâce à l'intervention de la France et de la Russie auprès du Sultan, lui signifiant leur veto absolu. Et l’année 1888 passa sans que l'évacuation intervint.

Que s'est-il donc passé pour que l’Angleterre manquât ainsi gravement à sa parole ?

Tout simplement, le Soudan avait été évacué par l'Egypte sous la pression de la Grande-Bretagne en 1385 et celle-ci ne cessa de signaler dès lors, que cet abandon était une menace perpétuelle pour la paix de l'Egypte (1).

La réserve qu'avait faite dans leur déclaration, lord Granville et Gladstone, entrait en jeu. Les puissances ne pouvaient se mettre d'avis sur ce point que l'évacuation pouvait se faire sans compromettre la paix de l'Egypte, puisque l’abandon de la région du Haut-Nil créait une menace redoutable pour l'Egypte elle-même. Et le Soudan, devint ainsi jusqu’en 1899, un prétexte pour retarder l’évacuation si solennellement promise.

Pourquoi et comment l'Egypte a-t-elle abandonné le Soudan ? C’est ce que nous allons expliquer.

‘ Au lendemain de l'occupation anglaise, un vaste mouvement insurrectionnel éclata au Soudan. A la tête de ce

(1) DEsPacneT, R. D. I. P., année 1899. Tome VI, p. 169 et süivantes.

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