CHAPITRE V
Le Soudan après le Protectorat de 1914 et la Déclaration de 1922
Nous avons vu que la convention du 19 janvier 1899 ne donnait aucun droit spécial à l'Angleterre sur le Soudan. Au regard du droit international, le Soudan continue à être considéré comme faisant partie intégrante de l'Egypte, puisque la convention ne repose sur aucun droit juridique et qu’à moins de dénoncer les engagements antérieurs il ne peut être considéré que comme tel. On peut donc définir la situation internationale de l'Egypte, en disant que l'Egypte et ses dépendances (le Soudan) continuent à faire partie des possessions de la Sublime-Porte, tout en étant occupée par les troupes britanniques. L’occupation du Soudan reste, au point de vue du Droit international, comme faisant suite à l'occupation de l'Egypte, ce pays étant une dépendance de cette dernière, mais sans aucun droit spécial pour la Grande-Bretagne. La convention de 1899 ne peut être que nulle et d’une nullité imprescriptible, comme contraire à tous les principes du Droit des gens. La théorie de la conquête ne peut être admise et ne peut s'appliquer au cas qui nous intéresse. Et si par hasard elle était admise à propos du Soudan, pourquoi ne le serait-elle
pas en ce qui concerne l'Egypte elle-même, qui à plus forte raison a été occupée par le seul effort anglais ? L'Angleterre n'avait qu’à déclarer rompus les liens qui rattachaient l'Egypte à la Sublime-Porte et annexer au même titre et l'Egypte et le Soudan comme étant une dépendance de la première, en application de sa théorie de la conquête. Mais ceci aurait été trop risqué, même en face de puissances paralysées par leurs divisions et leurs convoitises. Elle attendit donc et cette attente allait bientôt être récompensée.
A la faveur de la grande tourmente européenne, la Grande-Bretagne déclare le 18 décembre 1914 son protectorat sur l'Egypte. Voici les documents qui instituèrent ce singulier protectorat :
Extrait du Journal officiel Egyptien, Extraordinaire du Vendredi 18 décembre 1914. — N° 170.