Le Soudan Égyptien sous Mehemet Ali
Mehemet Ali, fonctionnaire turc délégué du Sultan, mais de fait indépendant dans son pachalik d'Égypte, prit en 1820 l'initiative de conquérir les contrées qui s'étendent au sud de la première cataracte du Nil. Ses descendants et en même temps ses successeurs dans le gouvernement de l'Égypte reculèrent sans arrêt les limites de leur domination, si bien que sous les Khédives Ismaïl et Tewfik, elle s’étendit : au sud, jusqu'au lac Albert; à l’est, jusqu'à la mer Rouge et aux pentes du massif Abyssin ; à l’ouest, jusqu’au Ouadaï et aux régions arrosées par l’Ouellé-Oubangui et ses affluents.
Le Soudan égyptien a couvert une partie considérable du continent africain, et la décision prise en 1820 par Mehemet Ali a étrangement modifié la destinée de millions d'hommes.
L’occupation du Soudan oriental par les pachas d'Égypte constitue donc l’un des faits importants de l’histoire de l'Afrique au xix° siècle.
Cette contrée n’excite pas moins la curiosité du géo-
graphe que celle de l'historien.
vu PRÉFACE
Du nord au sud, le sol s’y présente sous des aspects fort différents : déserts dénudés, puis steppes à végétation rare, enfin savanes coupées de rubans de forêts, qui suivent les sinuosités capricieuses des rivières. Les habitudes de vie des habitants y affectent la même variété. Au nord, cohabitent pasteurs et cultivateurs ; au sud, pasteurs, agriculteurs, chasseurs, pêcheurs vivent dans des districts limitrophes.
En outre, cette immense contrée est traversée par le Nil, ce fleuve unique sur le globe, dont on étudiera sans lassitude et la nature et les effets bienfaisants.
A l'heure présente, le Soudan oriental préoccupe le diplomate et le politique.
En 1881,un certain Mohammed Ahmed, qui se donnait pour le Mahdi attendu depuis des siècles par les musulmans, souleva les Soudanais, massacra les soldats égyptiens et établit un régime théocratique.
Le Soudan fut perdu pour l'Égypte. En ce moment même el sous nos yeux, ce nouveau régime s'effondre. Quel sera l'avenir politique du Soudan oriental? Le gouvernement anglais, qui, depuis 1882, s’est octroyé la mission d'administrer l'Égypte, a déclaré que son œuvre ne serait pas achevée avant que le Khédive ait recouvré ses provinces perdues. Ces déclarations cachent-elles un prétexte pour prolonger indûment l'occupation de l'Égypte ? Sont-elles, au contraire, inspirées par la bonne foi? L'Europe entière est intéressée aux réponses que les faits donneront à ces questions.
On n'’exagère rien en disant que des décisions qui suivront le moment où le drapeau égyptien flottera de nou-