LA NUBIE
Nubiens (1); ils payaient rarement le tribut (2). Bref les liens qui les unissaient à l'Égypte étaient fort distendus.
Mais avant 1820 Mehemet Ali les avait déjà resserrés.
Le pouvoir appartenait alors à trois frères que Burckhardt nomme « les gouverneurs de Nubie ». D'une extrême avarice, 1ls ne négligeaient aucun profit. Quand Burckhardt les vit, ils portaient des robes si déguenillées qu’un soldat ture aurait eu honte d’être aussi misérablement habillé (3).
Ils se transportaient sans trêve du sud au nord et du nord au sud de leur territoire pour lever des impôts (4) et leur avidité leur avait suggéré des procédés fiscaux dont quelques-uns ne manquaient pas d’ingéniosité. Dès qu'un personnage riche avait une fille nubile, ils la demandaient en mariage ou pour eux-mêmes, ou pour leurs fils. Le père flatté et intimidé tout ensemble n’osait guère se dérober, mais alors le gendre tout puissant exigeait sans merci cadeaux sur cadeaux et faisait à son beau-père l'honneur de le ruiner (5).
Mehemet Ali envoya en 1814 et en 1815 ses troupes en Nubie pour lever lui-même l'impôt qui lui était dù en qualité de représentant du Sultan en Égypte. D'après
(1) Cosraz. Mém, cité, p. hot.
(2) BurcknarpT. Travels, p. 195.
(3) 1bidem, p. 136-7.
(4) Leur vie matrimoniale avait été disposée conformément à ces habitudes d’instabilité. Leurs femmes ne vivaient pas groupées dans des harems, mais étaient réparties dans les différents villages qu'ils venaient successivement habiter, si bien qu'en tout lieu de leurs états, ils trouvaient sinon bon souper et bon gîte, au moins le reste. Zbidem, p. 55.
(5) Burcknarpr. Travels, p. 139.
Ruppel, il sut même se servir habilement de la passion dont ces gouverneurs de Nubie étaient possédés. Il les prit à ses gages, leur accorda un traitement mensuel de quinze bourses (1,875 francs), et substitua son autorité à la leur (1).
Jusqu'à l’île de Say, les Égyptiens n'avaient donc aucune hostilité à redouter. Ils avançaient en pays ami.
C’est au delà que commençait véritablement la terre à conquérir.
Ïls allaient rencontrer trois dominations :
Celle des Nomades Chaïqiés ;
Celle des Rois de Sennar :
Celle des Sultans de Darfour.