‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 107 sur 130 · LES DÉBUTS DE L’'EXPLOITATION DE L'IVOIRE SUR LE HAUT-NIL · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DE L’'EXPLOITATION DE L'IVOIRE SUR LE HAUT-NIL

Le journal de route tenu par Werne pendant la deuxième expédition ne fut publié qu'en 1848, celui de d’Arnaud resta inédit (1).

(1) Il faut cependant faire observer que d'Arnaud communiquait très libé-

H. DEHÉRAIN. 22

Néanmoins leurs récits oraux (1) et ceux de leurs compagnons sur le pays, dont ils revenaient, et surtout le spectacle, encore plus démonstratif que les discours, des dents d’éléphant qui emplissaient la cale des barques, convainquirent les habitants de Khartoum qu'il y avait des profits lucratifs à réaliser.

Dès 1843, des campagnes commerciales commencent à être dirigées régulièrement de Khartoum sur le Haut- Nil.

Quelques années après son retour en Égypte, d’Arnaud y fait allusion comme à une coutume établie. « Le gouverneur [du Soudan] et des négociants européens font chaque année ur#e expédition aux dents d’éléphants sur le Bahr el Abiad » (2), écrit-il en 1847, et en 1848 : « On continue chaque année à faire des expéditions commerciales sur le fleuve Blanc jusqu’au 7° chez les Elliabs » (3).

Les époques de départ et de retour de ces expéditions dépendaient des conditions météorologiques. Elles partaient de Khartoum au début de novembre pour remonter

ralement les résultats de ses voyages. Il s'empressa de donner des renseignements et des conseils à d'Escayrac de Lauture pendant qu'il organisait, en 1856, son expédition, et il autorisa plus tard le voyageur Lejean à jeter les yeux sur ses Journaux de route.

(x) « Le rapport de ces messieurs (d'Arnaud et Thibaut) sur les tribus qu'ils avaient visitées et qui jusqu'alors étaient restées inconnues m'avait fait comprendre qu'on pourrait établir avec elles des rapports lucratifs [et] du plus haut intérêt pour la géographie » B. Rorrer. Le Nil Blanc, p. 33.

(2) Lettre de d'Arnaud à Jomard, 16 mars 1847.

(3) Zd., 1e août 1848. — Junker dit : « Le Dr Knoblecher se joignit en novembre 1849 à une expédition commerciale qui tous les ans (alljährlich) partait de Chartoum pour le Haut-Nil. » Reisen, I, 228.

EXPLOITATION DE L’IVOIRE 3h le Nil blanc à la faveur des vents du Nord qui s’y établissent régulièrement à cette époque (1).

Elles reprenaient la direction de Khartoum dans les derniers jours de février ou dans les premiers de mars, c'est-à-dire à un moment où les pluies commencent à tomber dans la région du Haut-Nil. Les barques et les dahabiés qui servaient à ces expéditions ressemblaient à celles avec lesquelles les premières explorations de 1839-42 avaient été accomplies et à celles qu’on voit maintenant naviguer entre Assouan et le Caire.

Ces barques étaient montées par un équipage de seize à vingt hommes, commandés par un reïs ou patron (2). Ce personnel se composait en grande partie de natifs de la Nubie ou du Dongola. Les habitants de ces pays émigrent facilement : tendance qui fut encouragée de 1825 à 1840 par des épidémies successives de typhus (3).

Pendant les dix années, qui suivirent la découverte du pays du Haut-Nil, ces expéditions commerciales furent armées concurremment par les gouverneurs généraux du Soudan (4) et par deux Européens, Brun Rollet et Lafargue.

Les premiers s’efforcèrent de se réserver le monopole du commerce de l’ivoire. Mais ils eurent à lutter contre ces rivaux obstinés et adroits.

Brun Rollet se plaint vivement des mauvais procédés

(x) Cf. ci-dessus.

(2) Brux Rorcer. Le Nil Blanc, p. 35-36.

(3) Harrwanx. Die Nigritier, p. 160.

(4) En 18/4, le gouverneur général du Soudan envoie six barques sur le Haut-Nil. Lararcue. Bull. Soc. géogr., IV, 1845, p. 360.

de l’administration égyptienne à son égard (1). On essaya, ditil, de le décourager par tous les moyens possibles : tentatives d’'intimidation exercées sur son personnel, auquel on représentait le Haut-Nil comme dangereux ; menaces adressées aux nègres qui lui apportaient de l'ivoire; mainmise sur une partie de sa récolte. En 18/44, ayant rencontré les barques du gouverneur général avant d'arriver au lac N6, il fut obligé pour être autorisé à continuer sa route, de promettre le quart du produit de son voyage (2). En 1845, ce fut pis encore. Brun Rollet navieuat sur un bras du Nil dans le pays des Nouerres. Les agents du gouverneur, dit-il: «s’emparèrent de ma barque et me firent subir mille avanies, m'injurièrent et me forcèrent de rebrousser chemin jusque près des frontières des Chelouk. Non contents de cela, ils s'emparèrent de l’ivoire que j'avais acheté et maltraitèrent les nègres qui voulaient nous approcher » (3). Une autre année, on déroba à Brun - Rollet un lot de plusieurs pointes dont un chef Barri lui avait gracieusement fait présent (4).

Il faut observer que si Brun Rollet était un concurrent désagréable pour les fonctionnaires égyptiens, de leur côté les fonctionnaires égyptiens gênaient Brun Rollet. Il devait done, de toute façon, avoir tendance à les décrier. Toute-

fois, comme on l’a vu plus haut, la violence et l'arbitraire

(1) Le Nil Blanc, passim.

(2) Le Nil Blanc, p. 151-2.

(8) Zbid', p.185:

(4) & Avant que M. Rollet n'en ait pris livraison, elles furent vendues aux agents du gouvernement par un habitant de Bellinia ». Bull. Soc. géogr.,

1852, IV, p.414.

Page 1