‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 108 sur 130 · EXPLOITATION DE L’IVOIRE · texte numérisé non relu

EXPLOITATION DE L’IVOIRE

étant des procédés habituels aux fonctionnaires du Soudan, Brun Rollet, courant à côté d'eux dans la même carrière, a dû souffrir de leur contact, et ses plaintes même en faisant la part de la jalousie commerciale, doivent être partiellement fondées.

IL est impossible de fixer le chiffre de quintaux d'ivoire importés chaque année du Haut-Nil à Khartoum, car le gouvernement égyplen, à toutes les époques, s’est montré avare de statistiques, et à plus forte raison est-on dépourvu de documents pour cette période lointaine de l’histoire du Soudan.

Brun Rollet donne bien quelques indications, mais avec si peu de précision qu'on n'en saurait rien conclure (1).

Il est bien certain cependant que ces expéditions commerciales ont été fructueuses. Lafargue en 1845 se déclarait «content » de la campagne de 18/44. Plus tard Lejean rappelait par allusion et comme une chose non douteuse que Brun Rollet et Lafargue avaient fait fortune. Si ces campagnes n'avaient rien rapporté, on n'aurait pas vu chaque année à Khartoum les barques du gouvernement

(1) Par exemple : « L'expédition turque a récolté une des dernières années quatre cent quarante dents d’éléphants, c'est à dire le tiers du produit du pays des Kiks ». Le Nil Blanc, p. 145. — « Dans les premières années de mes plus longues courses, c’est-à-dire en 1843. 44 et 45, ce commerce (de l’ivoire) ne s'élevait pas à plus de 180 ou 200 quintaux, cette année (1855) il s’est accru et est monté à 800 ou 400 quintaux ». ({bid., p. 38-39). Mais ce chiffre de 180 ou 200 quintaux représente-t-il la totalité de l'ivoire exporté annuellement ou seulement celui qui était acheté par B. Rollet et

Lafargue son associé ?

et les barques des particuliers remettre à la voile, dès l'établissement des vents réguliers du nord, et reprendre la route du Haut-Nil.

D'ailleurs comment ne seraient-elles pas revenues chargées d'ivoire? Le pays était peuplé de quantité d’éléphants. Les renseignements rapportés à cet égard de 1839 à 1842 furent pleinement confirmés par les témoignages ultérieurs (1).

Puis, ce ne fut pas seulement les dents d'animaux fraîchement tués que les premiers traitants achetèrent aux indigènes. [ls acquirent certainement aussi les vieilles pointes, « l'ivoire mort » comme on dit en langage commercial. On a vu plus haut que les naturels ignorant la valeur marchande des défenses, les alignaient en clôtures. les convertissaient en piquets d'attache pour les animaux. Combien à une certaine distance à l’ouest et à l’est du Nil devait-1l y en avoir de cachées sous les herbes ou dans les bois que personne avant l’arrivée des Égyptiens ne s’avisait de ramasser? Les premiers traitants bénéficièrent des réserves accumulées par le temps.

Un phénomène analogue s’est passé sous nos yeux. Les Belges pénétrant dans les districts du vaste État indépendant du Congo, où aucun Européen ne les avait précédés, ont ramassé des réserves d'ivoire, dont jusqu'alors

les indigènes n'avaient pas su trafiquer. C’est ainsi que le

(1) Vous dirai-je le nombre prodigieux d'éléphants que nous avons vus maintes fois paitre tranquillement à cinquante pas de nos barques ? Lettre de Lafargue. Bull. Soc. géogr., 1845, IV, p- 161-2.

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