TRAITÉE DES ESCLAVES
toum pour des pays à esclaves. Après avoir franchi la limite de la domination égyptienne, Werne demandait par facétie aux Turcs et aux Arabes avec qui il voyageait : &« Quels sont les gens qui habitent au sud? » Et ils répondaient d'une seule voix : « Ce sont tous des esclaves ». Et comme Werne essayait de leur expliquer qu'ils n'étaient pas plus qu'eux-mêmes de condition servile, il excitait leur colère et leurs railleries (1).
Diverses circonstances concoururent au succès de la traite des esclaves sur le Haut-Nil.
Les populations étaient, on l’a vu plus haut, fort accueillantes de caractère. Si au lieu de recevoir les étrangers, avec des chants, des danses, et des marques d’allégresse, elles avaient commencé par les attaquer et par s'opposer au passage des barques, les chasseurs d'esclaves auraient hésité avant de se lancer dans un pays d'accès si difficile. Plus tard, elles tentèrent bien de résister à leurs ennemis, mais ceux-ci étaient déjà solidement établis dans le pays.
Par sa configuration topographique, la contrée se prêtat mal d’ailleurs à la défense. Les nègres du Haut-Nil n'avaient que leurs bois où se cacher; ils ne possédaient pas de refuges naturels comme ceux du Nouba ou du Fazoql, qui se sauvaient dans leurs montagnes escarpées, du plus loin qu'ils apercevaient dans la plaine les tarbouches rouges des Égyptiens.
Leur état de division constituait encore pour ces
naturels une cause de faiblesse. D’Arnaud avait remarqué
(1) Expedition zur Entdeckung, p. 80.
combien les diverses tribus vivaient en inimité les unes vis-à-vis des autres: il avait même tenté d’en réconcilier quelques-unes ensemble. Les chasseurs d'esclaves au contraire exploitèrent cet état d'hostilité. is trouvèrent toujours une tribu prête à s’allier avec eux contre une autre tribu et le nègre n'eut pas de pire ennemi que son frère nègre.
Enfin il était facile d'exporter les captifs. Au lieu de les chasser devant eux pendant des semaines à coup de fouet, les négriers les jetaient dans les barques, et les emmenaient par le Nil.
Les détestables conditions sanitaires, dans lesquelles les esclaves étaient placés, causaient bien quelques décès ; les pertes restaient cependant inférieures à celles que subissaient les chaînes de piétons.
Bien que la traite des esclaves sur le Haut-Nil ne se soit pas développée dans de grandes proportions avant 1803 ou 1854, elle commença dès 1843 ou 1844, et dès ce moment aussi les causes de son futur succès sont perceptibles.
Ainsi immédiatement après les expéditions égyptiennes les destinées économiques des pays du Haut-Nil sont fixées: dorénavant ils pourvoiront les pays du nord d'ivoire et d'esclaves. Certaines habitudes de trafic s’établissent si fortement, que toute l'énergie déployée par les Européens, pour faire disparaître celles qu'ils désapprouveront seraimpuissante. Les efforts de Baker, Gordon, Emin et Gessi pour anéantir la traite des nègres ont été vains.
Les habitudes ont survécu à la chute du gouvernement