CHAPITRE III
La campagne.
La conquête du Soudan fut accomplie par deux armées égyptiennes commandée l’une par Ismaïl Pacha, fils de Mehemet Ali, l’autre par son gendre, Mohammed Bey le Defterdar. La première opéra dans la vallée du Nil, conquit le Dongola et le Sennar, la seconde soumit le Kordofan.
Nous possédons trois récits, plus ou moins complets, de la campagne d’Ismaïl Pacha. Celui qui a le moins de valeur émane des deux anglais Waddington et Hanbury, fellows l'un de Trinity College, l’autre de Jesus College à Cambridge. Déjà en ce temps-là, les routes battues d'Italie parurent un peu trop banales à ces deux « touristes ». En quête d'impressions nouvelles, ils poussèrent leur voyage jusqu'au Soudan.
Malheureusement, les autorités égyptiennes les soutinrent faiblement et leurs louables efforts pour se renseigner avec exactitude ne furent que médiocrement récompensés.
D'ailleurs leur Journal(r) contient seulement la pre-
(1) G. Wappmwcerox and B. Hangury. Journal of a visit to some parts of Ethiopia. Londres, 1822, in-4.
7h LA CAMPAGNE 1820-1822
mière partie de la campagne, la conquête du Dongola. Prétendant qu'ils n'étaient point en sûreté, en réalité pour se débarrasser d'eux, Ismaïl leur ordonna le 24 décembre 1820 de retourner en Égypte.
L’Américain anonyme, auteur de A narrative of the Expedition to Dongola and Sennar (1), a suivi Ismaïl jusqu'au Sennar. Mais c’élait un fonctionnaire de Mehemet Al, et l’historiographe officiel perce trop souvent sous le voyageur. Il y a dans son récit trop d’éloquence de « Moniteur » pour reprendre une piquante expression, dont Ernest Renan caractérisait jadis un texte par trop adulauüf. On ne saurait négliger cet exposé des événements par un témoin oculaire, mais il faut s’en servir avec précaution.
Reste enfin un document qui, par l'intérêt comme par la véracité, l'emporte de beaucoup sur les précédents : le récit de voyage de Frédérie Caillaud. Notre compatriote accompagna l’armée égyptienne aussi loin que possible, jusque vers le dixième degré. Il est vrai qu'il arriva au camp d’Ismaïl seulement après la conquête du Dongola. Mais 1l en tint le récit d'Abdin bey, le plus distingué des officiers turcs de l’armée, et qui joua en quelque sorte, du moins au début de la campagne, le rôle d’un chef d'état-major général.
D'ailleurs, quand il partit pour le Soudan, Cailhaud n'élait pas un nouveau venu, fraîchement débarqué à
(1) À narrative of the expedition to Dongola and Sennar under the Command of his Excellence Ismaïl Pasha, undertaken by ordre of his Highness Mehemmed Ali Pasha, vice roi of Egypt, by an American in the service of the vice roy. Londres, 1822, in-8.
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