LIMITES OCCIDENTALES TOI
à ce sujet une ordonnance impériale », lit-on dans le Firman du 13 février 1841 (1).
On n'ignorait pas à Constantinople que le Darfour était indépendant. Ce n'est certainement pas par inadvertance que les fonctionnaires du Divan l'ont cité parmi les pays annexés à l'Égypie. IL faut donc admettre que si Mehemet Ali en a obtenu mention dans le firman, c’est qu'il en escomptait la future possession.
Une circonstance sembla favoriser l'intervention de Mehemet Ali au Darfour. En 1833 arriva au Caire un individu nommé Abou Madian. Il se donnait pour le fils d'Abd el Rahman, et par conséquent pour le frère de Mohammed Fadl, sultan alors régnant. Il disait s’être évadé d'El Facher où il était interné, et venait demander à Mehemet Ali de l'aider à rentrer en possession du sultanat de Darfour, qu'il prétendait devoir régulièrement lui appartenir.
Bien que cet Abou Madian fut très vraisemblablement un imposteur, Mehemet Al l’accueillit favorablement et à maintes reprises lui renouvela ses promesses de protec-
ton (2). Il comptait s’en servir.
(x) On sait que par le firman du 1er juin 1841, le gouvernement de l'Égypte et de ses dépendances fut accordé à Mehemet Ali avec le privilège de l'hérédité.
(2) Ec Touxsx. Voyage au Darfour. Appendice par le D° Perron, p. 370-383. — Perron ne croyait pas qu'Abou Madian fût le fils d'Abd el Rahman : « À juger de son âge par l'apparence, il ne me semble pas avoir plus de 30 ans. Il est impossible qu'il soit fils du sultan Abd el Rahman, car celui-ci mourut il y a 40 ou 41 ans », p. 155. El Tounsy n'avait pas entendu parler de ce prétendu prince ; il dit nettement : « Abd el Rahman n'avait eu que deux enfants mâles, Mohammed Kadhl et Mohammed Boukhary »,
Dans l'Appendice qu'il a ajouté au Voyage d'El Tounsy, le D: Perron proclame, ilest vrai, le désintéressement des intentions de Mehemet Ali. « Nul ne cherchera à s’immiscer dans le gouvernement d’Abou Madian. Aussitôt qu'il le désirera, les troupes égyptiennes se retireront au Kordofal (1) ». Mais ce n’est plus le savant qui parle 1er. « Perron était une nature bienveillante et imaginative, ses attaches avec l’école Saint-Simonienne le disposaient à des illusions en faveur de l'Orient (2). » En fait, si Abou Madian était rentré à El Facher sous la protection des troupes égyptiennes, 1l aurait perdu toute liberté, et le Darfour serait devenu une province du Soudan Égyptien.
Vers 1840, le gouverneur du Soudan Achmed Pacha entretenait fréquemment F. Werne de la prochaine campagne: il avait réuni tout spécialement un corps de sept cents chameaux dont il était très fier et attendait beaucoup de services (3).
En 1843, 1l y eut même un commencement de concentralion des troupes. Huit cents hommes, dont quatre cents Arnautes et quatre cents cavaliers Roumeliotes furent dirigés du Cuire sur le Soudan. Deux régiments soudanais devaient être mobilisés à Khartoum (4).
Mais soudain tout fut arrêté. Pendant qu'il cantonnait à Siout, le corps des Arnautes se divisa en deux factions, qui se livrèrent un combat meurtrier : et Mehemet Al fit
(1) Ec Touxsyx. Voyage au Darfour, p. 396.
(2) Renan. Revue politique et littéraire, 31 août 1878, p. 200.
(3) Were. Feldzug von Sennar nach Taka, p. 6-7.
(4) Mehemet Ali dit à Abou Madian : « Prépare-toi à partir, l'expédition du Darfour s'apprête. » Ec Tounsyx. Voy. au Darfour, p. 383-686.