‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 28 sur 130 · LIMITES OCCIDENTALES · texte numérisé non relu

LIMITES OCCIDENTALES

rentrer les survivants au Caire. Peut-être eutil encore d’autres moûfs pour changer de résolution ; bref, il entretint avec le sultan de Darfour des rapports de mauvais voisinage (1), mais 1l renonça à tout espoir de conquête (a)

De son côté, le sultan de Darfour veillait à l'indépendance de son pays.

Il cherchait à mettre le sultan de Constantinople dans ses intérêts : € Il paye de temps en temps un tribut à la Porte Ottomane, afin que celle-ci le protège contre les vues ambitieuses de l'Égypte (3). » IL isolait son pays. Il en avait interdit l'accès par la route qui part de Vieux Dongola, parce qu'elle est courte et qu'il s’y rencontre trop de points d’eau et de bons pâturages (4). Il estimait — et cette opinion a cent fois été justifiée par l'événement dans l'histoire contemporaine de l'Afrique — il estimait que l'explorateur européen qui se présente sous des dehors pacifiques et avec des apparences désintéressées n’est qu'un précurseur du conquérant.

C’est pourquoi, s'il n'était que malaisé pour un Européen d'entrer au Darfour, il lui était complètement impos-

sible d'en sortir. € Un voyageur pourrait gagner le

(1) Le gouvernement égyptien favorisait les incursions de la tribu des Dar Hammer sur le territoire du Darfour. Il exigeait des Dar Hammer un tribut de chameaux trop considérable pour que ceux-ci pussent s'acquitter sans aller en voler au Darfour. Le gouvernement le savait et même fournissait quelques cavaliers auxiliaires au cheik des Dar Hammer. Parce. Travels, p. 143. C£. p. 45.

(2) Ec Tous. /bidem, p: 394-5.

(3) Vaupey, consul de Sardaigne au Sennar. Lettre publiée par M. Antoine d'Abbadie. Bull. Soc. Géog., 1852, I, p. 387.

(4) Vauner. Zhidem.

Darfour mais il n’en sortirait pas parce que le sultan régnant regarde tout homme blanc comme un espion de Mohammed Ali (1). » Encore en 1874, Nachtigal, en arrivant du Ouadaï, trouva un vestige des anciennes mesures de rigueur contre les étrangers, et faillit être arrêté à la frontière orientale du pays (2).

L'instinct des populations s'accordait avec les soins des souverains pour défendre le Darfour contre toute curiosité. Quoique musulman, Mohammed el Tounsy faillit être assassiné dans les monts Marrah (3). Un observateur, cependant généralement superficiel, remarquait, en 1879, que & les Darfouriens fanatiques à l’excès ne sont pas encore habitués au contact des étrangers (4) ».

Soit que les précautions des sultans aient été efficaces, soit que les pachas d'Égypte n'aient pas eu un très vif désir de le conquérir, le Darfour conserva son indépendance

jusqu'en 1870.

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