‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 39 sur 130 · ROLE COMMERCIAL · texte numérisé non relu

ROLE COMMERCIAL

Pour les échanger contre ces produits indigènes, le bazar de Khartoum recevait d'Égypte, du Levant, d'Europe, des marchandises de toute nature : étoffes brutes et ouvrées : cotonnades, mousselines, lainage, vêtements, chemises, mouchoirs, tarbouches : comestibles : riz, sucre, amandes et noix, abricots, figues et raisins secs, huile d'olive, biscuits et confitures, et surtout des alcools, dont les distillateurs empoisonnent présentement les peuples d'Afrique, comme ils ont fait ceux d'Europe. On importait encore à Khartoum des objets usuels : bougie, chandelle et savon, cuvettes, seaux, tasses en cuivre, papiers, outils et coutellerie, allumettes, verrerie : toutes denrées de qualité en général très inférieure.

Marno et Stewart insistent sur l'importance de ce trafic. On voudrait savoir ce qu'il représentait en numéraire : mais outre que les documents ne donnent que des chiffres globaux pour l’ensemble du Soudan et non détaillés pour chaque ville, 1l se commet dans les services des douanes orientales trop d'irrégularités et de fraudes pour qu'on puisse avoir confiance dans les chiffres qu'ils hvrent à la publicité (1).

L'importance de Khartoum se mesura surtout aux conséquences immédiates qu'entraîna sa conquête.

Quand en décembre 1884, les Mahdistes occupaient déjà le Kordofan, le Darfour et Berber, la position du gouvernement khédivial au Soudan élait sans doute fort

compromise. Elle pouvait cependant encore se rétablir.

(1) Statistique de l'Égypte, 1873, p. 134-137.— Mano. Oest. Monatsch. f. d. Orient, 1877. — Blue books Egypt., 1883, no 13 ; 1887, n° 2.

1h KHARTOUM

Supposons en effet que dans cette circonstance capitale de sa carrière d’officier, lord Wolseley se fût montré un véritable homme de guerre, que de Metemmeh 1l eût envoyé en temps opportun les deux bateaux, qui portaient le général Wilson et les troupes anglaises, enfin que le siège de Khartoum eût été levé. Quelle subite transformation de la situation politique! La foi s’éloignait du Mahdi. La défaite désagrégeait ces troupes que la victoire avait jusqu'alors unies. Dans l’histoire de l'Afrique, le Mahdi descendait au rang d'un insurgé quelconque, au heu d’être connu à travers les siècles comme le vainqueur de Gordon Pacha, et le destructeur d’un régime.

Mais, on le sait, Wilson arriva deux jours trop tard ; 1l trouva les Mahdistes maîtres de Khartoum, et cet officier général de Sa Majesté britannique subit l’affront d’être contraint de se retirer sous le feu d’une troupe de barbares.

Le Soudan était bien définitivement perdu pour le Khédive. Les populations qui conservaient quelques hésitalions se rallient autour du Mahdi: les garnisons égypliennes qui tenaient encore ferme à Sennar et à Kassala capitulent successivement : la chute de Khartoum, pierre angulaire de l'édifice, entraînait l’écroulement général.

Le Mahdi Mohammed Ahmed fit preuve dans ces CIrconstances de beaucoup de clairvoyance. Quelle était au vrai la psychologie de cet homme ? Fut-il un illuminé de bonne foi, ou simplement un charlatan émérite ? Fut:l successivement l’un et l’autre? Nous ne le saurons probablement jamais. Mais 1l paraît avoir obéi à quelques idées simples, dont il ne se départit jamais. L'une d'elles se formulait

manifestement ainsi: @ IL faut à tout prix prendre Khar-

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